Droits
de l'Homme / Human Rights
Un "climat de terreur" pèse sur la justice en Turquie selon un expert
Un "climat de terreur" pèse sur la justice en Turquie empêchant la
tenue de procès équitables après le putsch raté, a affirmé à l'AFP le
juge français Marcel Lemonde chargé dans le passé d'aider à moderniser
le système judiciaire turc.
Magistrat international durant quatre ans (2006-2010) au Tribunal
chargé de juger les crimes des Khmers rouges au Cambodge, M. Lemonde a
participé entre 2012 et 2014 à une mission du Conseil de l'Europe pour
réformer la justice turque. Avant de démissionner pour ne pas
cautionner des décisions du pouvoir "contraires à l'intérêt de la
société et de la démocratie".
Q: Plus de 2.700 juges ont été limogés depuis le coup d'Etat raté,
selon des ONG. Quelles conséquences auront ces purges sur la justice
turque?
R: La justice est considérée comme dangereuse parce qu'elle est là par
définition pour montrer les dérives. Les chiffres paraissent énormes
mais il faut les rapporter à l'ensemble de l'effectif de la
magistrature. L'appareil judiciaire quantitativement est encore en
mesure de fonctionner mais il le fera encore plus mal qu'avant.
Il faut remonter en arrière à l'arrivée au pouvoir de l'AKP, le parti
du président turc Recep Tayyip Erdogan. Pendant les dix premières
années, de 2002 à 2012, il y a eu des réformes qui allaient dans le bon
sens et qui ont amélioré considérablement la situation: la ratification
du Pacte des Nations unies pour les droits civils et politiques,
l'abolition de la peine de mort, l'adoption d'un nouveau code de
procédure pénale.
Puis, en 2013, il y a eu cette enquête sur la corruption d'un certain
nombre de proches d'Erdogan qui a déclenché un cataclysme. A partir de
ce moment-là, tout ce qui avait été fait antérieurement a commencé à
être systématiquement démoli. Il y a eu un certain nombre de lois
scélérates et la situation n'a fait qu'empirer. De décembre 2013
jusqu'à aujourd'hui, après la tentative de coup d'Etat, on assiste à
une régression sans précédent de l'Etat de droit. L'impact des mesures
qui sont prises actuellement n'est que la caricature de ce qui a
précédé.
Q: Dans ce contexte, peut-on s'attendre à des procès équitables pour les milliers de personnes arrêtées?
R: Il est hors de question de parler de procès équitables en ce moment.
L'indépendance de la justice qui est la première condition pour son
fonctionnement normal n'est absolument pas garantie, au contraire, elle
est systématiquement battue en brèche. L'exercice des droits de la
défense est devenu en soi suspect, pour ne pas dire criminel.
Il y a eu ces dernières années des avocats mis en prison, certains
pendant leur garde à vue se voyaient reprocher d'avoir conseillé à
leurs clients de garder le silence. Tout individu émettant la moindre
critique sur le processus de purge en cours ou se montrant réservé sur
les méthodes employées est accusé de terrorisme. Donc c'est absolument
inconcevable de parler de procès équitables dans ces conditions.
Q: Le pouvoir évoque le rétablissement de la peine de mort. Est-ce ce qui vous inquiète le plus aujourd'hui pour la justice?
R: Ce serait le point culminant de la dégradation en cours. Dans
l'esprit de ceux qui en parlent, il est évidemment question de rétablir
la peine de mort rétroactivement pour l'appliquer à ceux qui ont commis
la tentative de putsch, ce qui serait une violation des droits
fondamentaux.
Ce qui me préoccupe le plus, c'est la terreur qui se répand dans tout
le monde judiciaire, chez les magistrats, les avocats, les policiers.
Il y a une emprise maintenant qui est telle que les gens ont peur et
n'osent plus se manifester de quelque façon que ce soit. L'ensemble des
institutions sont sous la coupe du gouvernement: de l'Académie de
justice (le centre de formation des juges) au Haut Conseil des juges et
des procureurs (équivalent du Conseil supérieur de la magistrature). Il
n'y a aucune protection des juges, selon la décision qu'ils rendent,
ils peuvent se retrouver en prison ou au contraire être promus dans les
premiers cercles du pouvoir, c'est le contraire d'une justice
démocratique.
(AFP, 30 juillet
2016)
Intensification des purges en Turquie : ce que l'on sait
Près de 16.000 personnes en garde à vue, environ 50.000 limogées: après
le putsch raté du 15 juillet, le pouvoir islamo-conservateur du
président turc Recep Tayyip Erdogan n'en finit pas de purger de larges
secteurs de la société, armée et médias en tête.
Ankara a intensifié ces derniers jours "le grand ménage" destiné à
mettre hors jeu les partisans du prédicateur Fethullah Gülen, exilé aux
Etats-Unis, que le pouvoir accuse d'avoir fomenté le coup d'Etat, ce
que réfute fermement l'ex-imam.
- Morts dans le coup d'Etat -
Selon les autorités, la tentative de coup d'Etat s'est soldée par la
mort de 179 civils, 62 policiers et cinq soldats, soit un total de 246
personnes.
Toujours selon la même source, 24
putschistes ont en outre été tués, ce qui porte le nombre total à 270 morts.
- Près de 16.000 gardes à vue -
A ce jour, 15.846 personnes ont été placées en garde à vue, selon un
bilan publié mercredi par le ministre de l'Intérieur Efkan Ala.
Ce chiffre comprend 10.012 soldats, 2.901 policiers et 2.167 juges et procureurs.
Selon le ministre de l'Intérieur, 8.113 des personnes en garde à vue
ont été placées en détention préventive en attendant leur procès.
Ce chiffre comprend 5.266 soldats, 1.019 policiers ainsi que 1.684 juges et procureurs.
La garde à vue a été prolongée de 4 à 30 jours maximum sous l'état d'urgence.
- Plus de 50.000 personnes limogées -
Selon l'agence de presse progouvernementale Anadolu, 51.322
fonctionnaires ont été démis de leurs fonctions, la plupart - 42.767 -
dans le secteur de l'éducation, personnels enseignant et administratif
confondus.
Des centaines de personnes ont également été limogées dans les principaux ministères.
Le gouvernement a en outre exigé la démission de presque 1.600 doyens d'universités publiques ou privées.
Quelque 21.000 personnes travaillant dans le secteur éducatif privé devraient voir leurs licences révoquées.
- Dans l'armée -
Cent quarante-neuf généraux et amiraux ont été exclus de l'armée pour
leur "complicité dans la tentative de coup d'Etat", selon un décret
officiel.
Parmi eux, 87 hauts gradés de l'armée de terre, 30 de l'armée de l'air
et 32 de la marine. En outre 1.099 officiers ont été exclus pour cause
d'indignité.
Au moins 178 généraux ont été placés en garde à vue --soit environ la
moitié des 358 généraux que compte la Turquie-- et 151 sont d'ores en
détention préventive.
Selon les médias d'Etat, l'ancien chef de l'armée de l'air, le général
Akin Ozturk, ainsi que l'ancien commandant de la Seconde armée, le
général Adem Huduti, figurent parmi les principaux haut-gradés détenus.
- Dans les médias -
Les autorités ont ordonné la fermeture de trois agences de presse, 16
stations de télévision, 23 stations de radio, 45 journaux, 15 magazines
et 29 maisons d'édition, en vertu de l'état d'urgence.
Parmi ces interdictions figurent plusieurs titres nationaux, notamment
l'agence de presse Cihan et le quotidien d'opposition Taraf.
Le régime islamo-conservateur a en outre lancé en début de semaine des
mandats d'arrêt contre 42 journalistes et mercredi contre 47 membres de
l'ancienne équipe du journal Zaman, pro-Gülen jusqu'à sa remise au pas
en mars.
(AFP, 28 juillet
2016)
Amnesty International évoque des "preuves crédibles" de détenus torturés
L'organisation de défense des droits de
l'homme Amnesty International a affirmé dimanche avoir réuni des
"preuves crédibles" de cas de tortures de détenus dans des centres de
détention en Turquie après la tentative de coup d'Etat du 15 juillet.
"Amnesty International dispose d'informations crédibles selon
lesquelles la police turque à Ankara et Istanbul maintient des détenus
dans des positions douloureuses pendant des périodes pouvant aller
jusqu'à 48 heures", affirme l'ONG dans un communiqué évoquant également
privations de nourriture, d'eau et de médicaments, injures, menaces et,
"dans les cas les plus graves", coups, torture et viols.
"Les informations faisant état de coups et viols en détention sont
extrêmement alarmantes, en particulier au regard du nombre de
détentions" constatées depuis la tentative de putsch, déclare le
directeur Europe d'Amnesty, John Dalhuisen, cité dans le communiqué.
"Il est absolument impératif que les autorités turques cessent ces pratiques abjectes", ajoute-t-il.
Selon Amnesty, certains détenus n'ont pas non plus accès à un avocat ou
à leurs familles, et ne sont pas suffisamment informés des accusations
pesant contre eux.
Deux avocats d'Ankara ont également rapporté à Amnesty le récit de
détenus affirmant que des officiers de l'armée avaient été "violés avec
une matraque" par la police.
Amnesty International exhorte en conséquence le Comité européen pour la
prévention de la torture (CPT) à se rendre "d'urgence" en Turquie pour
"surveiller les conditions de détention".
Les affirmations avancées par Amnesty ont été vigoureusement démenties
par un haut responsable turc. "L'idée selon laquelle la Turquie, pays
qui cherche à adhérer à l'Union européenne, ne respecterait pas la loi
est absurde", a-t-il dit.
"Nous nions catégoriquement ces allégations et encourageons les groupes
de défense (des droits de l'homme) à fournir des comptes rendus
impartiaux", a ajouté le responsable.
Selon le Premier ministre Binali Yildirim, plus de 13.000 gardes à vue
ont été prononcées depuis les événements de la nuit du 15 au 16 juillet
et plus de 5.800 personnes placées en détention, dont 3.718 soldats et
123 généraux. (AFP, 25 juillet
2016)
Appel d'Amnesty International à signer contre l'Etat d'urgence en Turquie
Suite aux mesures répressives exceptionnelles prises après la tentative
de coup d’État du 15 juillet 2016, le respect des droits et libertés en
Turquie risque fort d’être mis à mal.
En cette période de grande terreur et d’incertitude, le gouvernement ne
peut en aucun cas bafouer les droits de la population sous prétexte de
rendre justice.
DES ENQUÊTES, OUI...
Les exactions commises durant la tentative de coup d’État doivent faire
l’objet d’enquêtes et les responsables doivent être traduits en
justice, mais ce faisant les droits humains doivent être respectés – et
non ignorés.
… MAIS EN RESPECTANT LES DROITS HUMAINS
L’état d’urgence ne peut l’emporter sur les obligations qu’a la Turquie
en vertu du droit international et ne doit pas ignorer les droits et
libertés si durement acquis.
Personne n’est en sécurité lorsque les droits humains ne sont pas respectés.
Appelez au Président Erdoğan que les droits durement acquis ne peuvent être retirés, même pendant l’état d’urgence.
(Lien pour la signature en ligne)
Des gardes à vue de 30 jours, un millier d'écoles fermées
La riposte d'Ankara se poursuivait samedi une semaine après l'échec du
putsch en Turquie, où la garde à vue a été portée à 30 jours et un
millier d'écoles ont été fermées dans le cadre de l'état d'urgence.
Premières déclinaisons concrètes de cette instauration de l'état
d'urgence inédite depuis quinze ans, une série de mesures ont été
publiées au journal officiel: extension de quatre à 30 jours de la
durée de la garde à vue; exclusion à vie de la fonction publique des
fonctionnaires liés au prédicateur en exil Fethullah Gülen, accusé
d'être à l'origine du putsch.
Un millier d'organisations privées qui lui seraient liées ont été
dissoutes, dont 1.043 établissements d'enseignement, 15 universités,
1.229 associations et fondations, 19 syndicats...
La justice a toutefois annoncé la libération de 1.200 militaires, tous
non gradés. C'est le premier élargissement aussi important depuis la
tentative de coup d'Etat du 15 juillet, après laquelle 7.400 soldats
avaient été placés en garde à vue. Militaires, policiers, magistrats,
"civils" selon l'agence Anadolu: un total de 4.500 personnes ont été
placées en détention.
La Turquie "met en prison (son) avenir", a dénoncé le chef du
gouvernement italien, Matteo Renzi, autant préoccupé par la répression
que par "les chars dans les rues d'Istanbul", une énième critique d'un
responsable européen depuis le début des purges.
Des réserves qui laissent froid le président Recep Tayyip Erdogan: "Ce
qu'ils disent ne m'intéresse pas et je ne les écoute pas", a-t-il dit
dans une interview à la chaîne française France 24. L'Union européenne,
qui depuis 53 ans "fait attendre à la porte" la Turquie, est guidée par
ses "préjugés", a-t-il dénoncé.
- Le 'traître de Pennsylvanie' -
Le président turc peut se targuer du soutien appuyé de ses supporteurs,
une semaine après l'échec d'un putsch qui a coûté la vie à 270
personnes dont 24 mutins, et blessé plus de 2.000 personnes.
Avant une manifestation anti-putsch qui s'annonce massive dimanche
place Taksim à Istanbul, ils sont encore descendus dans les rues
vendredi pour crier leur haine des fidèles de Fethullah Gülen.
"On ramènera aussi ce traître (...) de Pennsylvanie", a dit à la presse
le ministre des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu qui, drapeau en
main, participait vendredi soir à un de ces rassemblements dans la
ville côtière d'Antalya (sud).
Ankara réclame la remise du prédicateur, exilé aux Etats-Unis. Dans un
contexte de tensions entre Ankara et Washington, le président Barack
Obama a prévenu que cette question serait traitée conformément à la loi
américaine.
Par le passé, les Etats-Unis "nous ont fait plusieurs demandes
d'extradition, (...) nous ne leur avons jamais demandé aucun document",
a relevé Recep Tayyip Erdogan qui a répété que de nouveaux éléments
seraient envoyés d'ici "une dizaine de jours".
Le président a affirmé que le chef d'Etat major de l'armée Hulusi Akar,
resté loyal et pris en otage par les putschistes, s'était vu proposer
par ses ravisseurs de s'entretenir au téléphone avec Fethullah Gülen.
Mais ce dernier nie toute implication.
La répression de ceux qui sont identifiés comme ses fidèles se poursuit, malgré la libération des 1.200 soldats.
Vendredi, près de 300 militaires de la garde présidentielle, soit 10%
de ce régiment, ont été mis aux arrêts. Des milliers de passeports de
services, délivrés notamment à d'anciens députés, certains
fonctionnaires ou des maires, ont été annulés.
Les purges n'épargnent aucun secteur. Selon l'agence Dogan, une
trentaine de personnes liées au compte twitter @fuatavni, considéré
proche des réseaux gulenistes, ont été arrêtées.
Si les autorités sont déterminés à poursuivre le grand ménage dans les
services de sécurité, Hakan Fidan, le patron des puissants services de
renseignement, le MIT, pris en défaut par le putsch, a pour le moment
sauvé sa tête.
"Il y a eu une faiblesse en matière de renseignement", a reconnu le
président Erdogan, qui avait échappé de justesse à un commando dans le
complexe hôtelier de Marmaris (sud-ouest) où il passait ses vacances en
famille.
(AFP, 23 juillet
2016)
Erdogan instaure l'état d'urgence et intensifie la purge
Le président Recep Tayyip Erdogan a instauré l'état d'urgence pour
trois mois en Turquie et intensifié la purge massive lancée après
l'échec du coup d'Etat militaire du 15 juillet.
Arrestations, suspensions, limogeages... Le coup de balai touche 55.000
personnes, notamment dans l'enseignement, la police, la justice,
l'armée et les médias.
Cette vigoureuse riposte suscite l'inquiétude à l'étranger sans que cela n'ébranle la détermination du chef de l'Etat turc.
S'il s'est engagé à ne faire "aucun compromis" sur la démocratie, M.
Erdogan a annoncé dans une allocution dans la soirée "l'instauration de
l'état d'urgence pour une durée de trois mois".
L'état d'urgence permet notamment de décréter le couvre-feu, de
restreindre le droit de manifester ou la liberté de circulation dans
certains secteurs identifiés.
Cette décision a été annoncée à l'issue d'une réunion du Conseil de
sécurité nationale et d'un conseil des ministres à Ankara où le
président est retourné mardi soir pour la première fois depuis le
putsch avorté.
- 'D'autres pays' impliqués ?
Une mesure "nécessaire pour éradiquer rapidement tous les éléments de
l'organisation terroriste impliquée dans la tentative de coup d'Etat",
a ajouté M. Erdogan dans une allusion au prédicateur vivant en exil aux
Etats-Unis Fethullah Gülen dont il réclame l'extradition. M. Gülen a
formellement démenti toute implication dans la tentative de putsch.
Sans les citer, le président turc s'est dit convaincu que "d'autres
pays pourraient être impliqués" dans ce putsch qui "n'est peut-être pas
fini".
Steffen Seibert, le porte-parole de la chancelière allemande Angela
Merkel, a déploré que "presque quotidiennement, de nouvelles mesures
(soient) prises qui sont contraires à un mode d'action respectant
l'Etat de droit".
Cette mise en garde fait écho à celle formulée dès dimanche par le
chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault, à qui le président
turc a demandé mercredi de "se mêler de ses affaires".
M. Erdogan a toutefois reçu le soutien du secrétaire d'Etat américain
John Kerry, qui a refusé de "commenter" les purges opérées par Ankara.
La tentative de prise du pouvoir par des militaires, dans la nuit de
vendredi à samedi, a fait plus de 300 morts et semé le chaos, notamment
à Ankara, où le parlement et le siège de la police ont été bombardés
par les mutins.
M. Erdogan, qui se trouvait au moment du putsch dans la station
balnéaire de Marmaris, sur la mer Egée, a déclaré qu'il y avait eu "des
failles dans le domaine du renseignement", indiquant qu'il avait été
informé de la tentative de coup d'Etat par son beau-frère.
Depuis, environ 55.000 personnes ont été suspendues de leurs fonctions
ou limogées, selon le comptage de l'AFP effectué à partir des chiffres
officiels et des médias turcs.
Plus de 9.000 suspects ont été placés en garde à vue ou arrêtés, sans
que l'on sache s'ils sont comptabilisés parmi les quelque 55.000
personnes touchées par les purges.
Selon l'agence de presse progouvernementale Anadolu, 99 généraux et
amiraux ont été placés en détention provisoire en attente de leur
procès. L'aide de camp de M. Erdogan, Ali Yacizi, est lui aussi détenu.
Un nouveau bilan officiel des événements sanglants du putsch fait état
de 312 morts, dont 145 civils, 60 policiers et trois soldats. 104
rebelles ont été tués.
L'état d'urgence n'est pas la seule mesure décidée mercredi. Le Conseil
de l'enseignement supérieur (YÖK) a ainsi interdit, jusqu'à nouvel
ordre, toutes les missions à l'étranger des universitaires, a rapporté
Anadolu.
- Les partisans d'Erdogan dans la rue -
Mercredi, l'armée de l'air a de nouveau frappé des positions en Irak
des rebelles kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK),
signifiant à qui pouvait en douter que M. Erdogan avait repris le
contrôle absolu de l'armée de l'air.
Si l'identité des responsables du putsch reste floue, l'armée de l'air
est soupçonnée d'avoir joué un rôle central. Son ex-chef, le général
Akin Oztürk, se trouve derrière les barreaux.
Ces événements ont apparemment galvanisé M. Erdogan, omniprésent auprès
des foules, qui sont de nouveau descendues dans les rues mercredi, pour
la cinquième soirée consécutive. Il a appelé ses sympathisants à rester
mobilisés dans les grandes villes comme son fief politique d'Istanbul,
Ankara et Izmir (ouest).
Illustration de l'inquiétude à l'étranger, l'agence de notation SP
Global Ratings a annoncé mercredi avoir abaissé d'un cran la note
souveraine (BB au lieu de BB+) de la Turquie.
(AFP, 21 juillet
2016)
La peine de mort en Turquie: le risque d'un retour en arrière
Un possible rétablissement de la peine de mort en Turquie, évoqué par
le président Recep Tayyip Erdogan pour punir les auteurs de la
tentative de coup d'Etat de vendredi, soulève l'inquiétude des
responsables européens.
Le pays avait aboli la peine de mort en 2004, dans le cadre des négociations d'adhésion à l'Union européenne.
Le militant d'extrême gauche Hidir Aslan est le dernier condamné à
avoir été exécuté le 25 octobre 1984, quatre ans après un coup d'Etat
militaire.
- Large recours après 1960 -
Entre la fondation de la République turque en 1923 et jusqu'en 1984,
plus de 400 condamnés à mort ont été exécutés par pendaison.
L'application de la peine capitale a pris un relief particulier après
le coup d'Etat militaire de 1960.
A cette époque, la junte avait condamné à mort plusieurs membres du
pouvoir renversé. Le chef du gouvernement, Adnan Menderes et deux de
ses ministres avaient été exécutés en septembre 1961 sur l'île d'Imrali
(nord-ouest).
M. Erdogan a souvent qualifié d'"injustice" la condamnation à la peine
capitale d'Adnan Menderes, l'un de ses modèles politiques.
Plusieurs militants de gauche, Deniz Gezmis, Yusuf Aslan et Huseyin
Inan, exécutés en 1972, restent eux aussi des héros aux yeux du
mouvement socialiste turc.
Une nouvelle vague d'exécutions a suivi le coup d'Etat de 1980.
Levon Ekmekjian, un Libano-arménien, a été exécuté en 1983 à Ankara,
après avoir été reconnu coupable d'une attaque meurtrière contre
l'aéroport de la capitale turque au nom d'une organisation arménienne.
- Demande populaire -
En 2002, le parlement turc avait voté l'abolition de la peine de mort
en temps de paix, avec une entrée en vigueur en 2004. Un moratoire
était toutefois déjà observé depuis plusieurs années.
Cette adoption avait ainsi permis de commuer la condamnation à mort, en
1999, du leader kurde Abdullah Öcalan, en une peine de prison à vie. Ce
dernier, qui avait fait appel auprès de la Cour Européenne des droits
de l'Homme, purge sa peine sur l'île d'Imrali.
M. Erdogan a souligné que toute décision de rétablissement de la peine de mort devrait passer le parlement.
Des milliers de partisans d'Erdogan ayant protesté contre les
putschistes ces derniers jours dans les rues du pays ont plaidé pour un
retour de la peine capitale.
Ce n'est pas la première fois qu'une partie de la société civile le
réclame. En 2015, le meurtre d'une étudiante par trois individus, avait
remis le débat sur la place publique.
- Obstacle à l'entrée dans l'UE -
L'Allemagne et l'UE ont prévenu que le rétablissement de la peine de
mort saborderait le processus d'adhésion du pays au sein de l'Union.
"Que ce soit clair, personne ne devient un membre de l'UE en
réintroduisant la peine de mort", a insisté la chef de la diplomatie
européenne, Federica Mogherini.
Le Conseil de l'Europe a ajouté que cette sentence était incompatible
avec la présence de la Turquie, qui a rejoint cette organisation en
1949.
(AFP, 20 juillet
2016)
Question vitale: Quelle sorte du pacifisme est ceci?

Tous ceux qui, depuis quelques années, affirment après chaque acte de
terreur islamiste qu’«ils ne sont pas vrais musulmans, l'islam est une
religion pacifique!» ... Quel genre de terreur est cette dernière qui a
été déclenchée, en Turquie et dans les pays européens, par un pouvoir
islamiste contre les membres ou sympathisants d'une autre confrérie
islamiste en mobilisant toutes les mosquées, les imams, les
associations et médias islamistes, même en utilisant des missions
diplomatiques? La terreur islamiste lancée en Turquie dans les années
60 avec le "Dimanche sanglant", pour défendre les intérêts des
Etats-Unis et les dictatures islamistes à son service, contre les
citoyens anti-impérialistes et progressistes est maintenant transformée
en une querelle sanglante entre les islamistes eux-mêmes... Quelle
sorte du pacifisme est ceci ? Et le «leader» autoproclamé du monde
islamiste, ce ridicule nouvel Ottoman, est-il vraiment un pacifiste? - Dogan Özgüden
A VITAL QUESTION: WHAT KIND OF PEACE-LOVING IS THAT?
Those who, for few years, claim after each Islamist terror act that
“they are not real Muslims, Islam is a peace-loving religion!”… What
kind of terror is the recent vengeance campaign launched by an Islamist
power in Turkey and even in European against members or sympathizers of
another Islamist brotherhood by mobilizing all mosques, imams, Islamist
associations and media, even by using diplomatic missions? The islamist
terror launched in 60s with Bloody Sunday massacres against
anti-imperialist and progressive people for defending the interests of
the USA and the Islamist dictatorships at its service has now turned
into a bloody feud between Islamists themselves… What kind of
peace-loving is that? And the auto-proclaimed “leader” of the Islamist
world, this ridiculous new-ottoman, is really a peace-lover? - Dogan Özgüden
YAŞAMSAL BİR SORU: BU NE MENEM BİR BARIŞÇILIKTIR?
Son yıllarda her islamcı terör olayının ardından "Bunlar müslüman
değil, İslam barış dinidir!" diye kıyameti koparanlar... İslamci
iktidarın Türkiye'de ve hattâ Türk göçmenlerin bulunduğu Avrupa
ülkelerinde bir başka Islamcı grubun üyelerini ve sempatizanlarını
yoketmek için tüm camileri, imamları, Islamcı dernekleri ve medyayı,
hattâ diplomatik misyonları seferber ederek yürüttügü terör neyin
terörüdür? Ta 60'lı yıllarda sırf ABD'nin ve onun hizmetindeki Islam
diktatörlüklerinin çıkarlarını savunmak üzere anti-emperyalist
ilericilere karşı Kanlı Pazar'larla başlatılan islam terörü bugün
ïslamcıların kendi içinde kanlı bir hesaplaşmaya dönüştüyse bu ne menem
bir müslümanlıktır, ne menem bir barışçılıktır? İslam dünyasının
Osmanlı artığı nevzuhur "lider"i ne denli barışçıdır? - Dogan Özgüden
Putsch manqué en Turquie: les chiffres fous de la purge de Erdogan
Au moins 45.000 personnes ont été licenciées ou suspendues de leur
fonction par le gouvernement turc depuis la tentative de coup d’Etat
qui a surpris la république vendredi.
La purge des éléments perçus comme moins loyaux au Président Recep
Tayip Erdogan (AKP) s’est étendue aux enseignants, aux doyens
d’université et aux médias. Le gouvernement turc estime qu’ils sont
sous la coupe du prédicateur Fethullah Gülen, basé aux USA et accusé
d’être derrière le putsch.
Les médias turcs ont annoncé que 15.200 enseignants avaient été
licenciés et 1.577 doyens d’université poussés à démissionner. En
outre, 8.777 fonctionnaires du ministère de l’Intérieur ont été
remerciés de même que 1.500 au ministère des Finances, et 257 autres au
sein des cabinets attachés au Premier ministre. Enfin, les licences
octroyées à 24 chaînes de radio et de télévision ont été retirées.
Ces annonces sont venues s’ajouter à l’arrestation de plus de 6.000
militaires et le licenciement de 9.000 policiers, et à la suspension de
3.000 juges ordonnée dès le lendemain du putsch.
Cette mise à l’écart de milliers de fonctionnaires a été décriée par
les observateurs internationaux. Respecter les droits fondamentaux
comme la liberté d’expression et la tenue de procès en bonne et due
forme est crucial pour préserver la démocratie en Turquie, a prévenu
l’ONU lundi.
Les événements de la nuit de vendredi ont fait 232 morts et 1.541 blessés. (Le Soir-Belga, 20 juillet 2016)
Epuration dans l'enseignement et l'audiovisuel après le putsch avorté
Le régime Erdogan a étendu mardi à l'enseignement et l'audiovisuel ses
purges dans les milieux proches du prédicateur Fethullah Gülen accusés
d'être derrière le putsch avorté en Turquie, qui ont désormais tout
d'une véritable épuration.
Le Conseil de l'enseignement supérieur (YÖK) a demandé la démission des
1.577 doyens d'universités publiques et rattachées à des fondations
privées après l'échec du coup de force contre le président Recep Tayyip
Erdogan, a rapporté l'agence de presse Anadolu.
Parallèlement, le Haut-conseil turc de la radio et de la télévision
(RTÜK) a retiré mardi leur licence aux chaînes de télévision et de
radio proches de M. Gülen, prédicateur exilé aux Etats-Unis.
L'autorité audiovisuelle a annoncé avoir annulé "tous les droits de
diffusion et licences délivrés à toutes les organisations (radios et
télévisions) liées, en relation et soutenant le FETÖ/PDY", des
acronymes désignant le mouvement de M. Gülen.
Selon Anadolu, cette décision concerne au total 24 chaînes de
télévision et radios et 34 journalistes considérés comme étant proches
de ce religieux se sont vu en outre retirer leur carte de presse.
"C'est une purge généralisée, une épuration dans tous les domaines", a
estimé Jean Marcou, professeur à Sciences Po Grenoble (France).
Pour le politologue et universitaire Ahmet Insel, "les universités ne
sont pas un nid güléniste", mais l'appel à la démission des doyens
"vise à faire le tri" pour pouvoir "éliminer les éléments" appartenant
à cette mouvance.
"C'est à la fois une réaction de bête blessée car le pouvoir a encore
peur d'une réplique du coup d'Etat", dit-il, et le signe que "le
pouvoir se préparait à de telles purges et a saisi l'occasion".
- 'Aucune différence avec l'EI' -
Selon un comptage de l'AFP, au moins 25.000 fonctionnaires, dont
plusieurs milliers de policiers et de gendarmes et des enseignants, ont
été suspendus ou démis dans cette chasse nationale aux gülenistes. Les
fonctionnaires mis à pied se sont vu interdire de quitter le territoire.
Par ailleurs, 9.322 militaires, magistrats et policiers font l'objet
d'une procédure judiciaire, a déclaré le vice-Premier ministre Numan
Kurtulmus.
"Nous allons les déraciner d'une manière telle que (...) plus aucun
traître, plus aucune organisation terroriste clandestine, plus aucun
groupe terroriste séparatiste n'aura l'audace de trahir la Turquie", a
déclaré le Premier ministre Binali Yildirim, évoquant les partisans de
Fethullah Gülen.
Il s'est toutefois défendu de "tout esprit de vengeance" qui serait
"absolument inacceptable dans l'Etat de droit", alors que la communauté
internationale s'inquiète d'un déchaînement répressif en Turquie.
Le FMI a appelé à "préserver" les institutions démocratiques, "piliers"
des progrès économiques de ce pays, après le putsch manqué qui a
provoqué une "certaine volatilité" financière.
La livre turque a ainsi décroché mardi pour se rapprocher de son plus bas niveau de vendredi soir (0,2972 dollar).
L'armée n'a pas été épargnée par les purges : au moins 118 généraux et amiraux ont été placés en garde à vue, selon Anadolu.
Vingt-six généraux et amiraux, dont l'ancien chef de l'armée de l'air,
le général Akin Oztürk, sont désormais en détention préventive après
avoir été inculpés, notamment, de "tentative de renversement de l'ordre
constitutionnel" et de "tentative d'assassinat" du président Erdogan,
qui a affirmé que sa vie avait été menacée par les putschistes.
Mais "l'écrasante majorité des Forces armées turques qui aime sa
patrie, sa nation et son drapeau n'a absolument rien à voir" avec la
tentative de coup d'Etat, a assuré l'état-major dans un communiqué.
- "Terroriste en chef" -
"Nous avons envoyé quatre dossiers aux Etats-Unis pour (demander)
l'extradition du terroriste en chef", a déclaré M. Yildirim au
Parlement. La demande officielle d'extradition de M. Gülen doit être
prochainement envoyée.
"Nous souhaiterions voir une coopération de la part des Etats-Unis sur
cette question", a déclaré Ibrahim Kalin, porte-parole de M. Erdogan.
Le prédicateur a réfuté dans un entretien lundi avec l'AFP toute
responsabilité. "J'ai toujours été contre l'intervention des militaires
dans la politique intérieure", a-t-il assuré.
Il a laissé entendre que le gouvernement aurait pu mettre en scène cette tentative de putsch.
"C'est comme si on affirmait que le 11-Septembre (2001) a été orchestré
par les Etats-Unis ou les attentats de Paris (en janvier et novembre
2015) et de Nice (le 14 juillet) par le gouvernement français", a
riposté Ibrahim Kalin, le porte-parole du président turc.
Le président américain a pour sa part répété mardi que son pays était
prêt à fournir son aide dans l'enquête sur le putsch. Dans une
conversation téléphonique avec M. Erdogan, Barack Obama a toutefois
insisté sur la nécessité de procéder à ces investigations en suivant
des méthodes qui "renforcent la confiance du peuple dans les
institutions démocratiques et l'Etat de droit". (AFP, 19 juillet
2016)
Le contrecoup du putsch en Turquie: ce que l'on sait
Sous l'oeil inquiet de ses partenaires internationaux, le pouvoir turc
intensifiait une purge généralisée de l'Etat et de la société, quatre
jours après le putsch manqué contre le régime du président Recep Tayyip
Erdogan.
- Les cibles des purges -
Selon le vice-Premier ministre, Numan Kurtulmus, 9.322 militaires,
magistrats et policiers faisaient mardi l'objet d'une "procédure
judiciaire". Parmi eux, au moins 118 généraux et amiraux ont été placés
en garde à vue.
Vingt-six généraux et amiraux, dont l'ancien chef de l'armée de l'air,
le général Akin Oztuk, sont en détention préventive, inculpés notamment
d'avoir tenté de renverser l'ordre constitutionnel et de tentative
d'assassinat du président Erdogan. Le général Oztürk a nié toute
implication.
Après le limogeage de 9.000 policiers et gendarmes, les purges ont gagné mardi l'enseignement et les médias.
Le Haut-conseil turc de la radio et de la télévision a retiré leur
licence aux télévisions et radios proches du prédicateur Fethullah
Gülen, accusé par Ankara d'être derrière la tentative de putsch.
L'autorité de supervision des universités a réclamé la démission de
1.577 doyens, incluant tous les dirigeants des facultés d'Etat, tandis
que 15.200 fonctionnaires du ministère de l'Education ont été suspendus.
Plus de 200 employés des services du Premier ministre ont aussi été mis
à pied, ainsi que près de 500 de l'agence des affaires religieuses. Les
fonctionnaires démis ont été interdits de sortie du territoire.
- Le Who's who des conjurés -
Selon le pouvoir, l'instigateur du putsch est Fethullah Gülen, ennemi
juré de M. Erdogan depuis 2013 après avoir été son plus proche allié. A
la tête d'un réseau actif dans une centaine de pays, cet influent
prédicateur, installé aux Etats-Unis depuis 1999, a démenti toute
implication.
Ankara a dit préparer une demande officielle d'extradition et avoir
envoyé des "dossiers" pour soutenir cette requête, alors que Washington
avait réclamé des "preuves" sur l'implication de M. Gülen dans le coup
de force.
Au
niveau opérationnel, la tentative de renversement du régime a été selon
l'état-major le fait d'une minorité de militaires.
L'"écrasante majorité" de l'armée turque n'a "rien à voir" avec cette
affaire, a assuré l'état-major, qui, pour la première fois dans la
riche histoire des coups d'Etat militaires en Turquie, n'a pas été aux
commandes de la tentative de putsch, son chef ayant même été pris en
otage par les rebelles à Ankara.
- Quid de l'Etat de droit ? -
Les grandes capitales ont soutenu, quoique sans précipitation, la nuit
du putsch le gouvernement turc démocratiquement élu, mais l'ampleur et
la rapidité des purges ont vite provoqué leur inquiétude. Elles ont mis
en garde M. Erdogan contre toute tentation d'exploiter ces événements
pour en finir avec une démocratie et des libertés qu'il est déjà accusé
d'avoir beaucoup malmenées.
"Nous appelons le gouvernement de Turquie à respecter les institutions
démocratiques de la nation et l'Etat de droit", a martelé le secrétaire
d'Etat américain, John Kerry, à l'issue lundi d'une réunion à Bruxelles
avec les ministres des Affaires étrangères de l'UE.
"Nous disons aujourd'hui que l'Etat de droit doit être protégé pour le
bien" de la Turquie, a déclaré de son côté la représentante de la
diplomatie européenne, Federica Mogherini
"L'ordre constitutionnel doit être totalement préservé en vertu des
principes de démocratie et des droits fondamentaux, y compris le
respect total de la liberté d'expression et de réunion et de procès en
bonne et due forme", selon l'ONU.
M. Erdogan s'est aussi attiré une ferme mise en garde de l'UE pour
avoir évoqué un rétablissement de la peine de mort, abolie en 2004. Mme
Mogherini, lui a signifié que cela mettrait fin aux négociations
d'adhésion de son pays, ouvertes en 2005.
Le FMI a aussi appelé à "préserver" les institutions démocratiques, "piliers" des progrès économiques de la Turquie.
Face à cette volée d'avertissements, le Premier ministre turc Binali
Yildirim a rejeté mardi tout "esprit de vengeance", qui est
"inacceptable dans l'Etat de droit". (AFP, 19 juillet
2016)
Répression post-coup d'état: La machine judiciaire est lancée
Quatre jours après le putsch raté en Turquie, la machine judiciaire
était lancée, avec la mise sous écrou de 26 généraux, dont l'ex-chef de
l'armée de l'air, dans le cadre d'une vaste opération de reprise en
main par le régime Erdogan.
Visiblement à l'attention de la communauté internationale qui
s'inquiète d'un déchaînement répressif en Turquie, le Premier ministre
Binali Yildirim a rejeté mardi "tout esprit de vengeance" car "une
telle chose est absolument inacceptable dans l'Etat de droit".
Les images de brutalités commises contre des soldats putschistes qui se
rendaient ont créé la polémique, notamment sur les réseaux sociaux.
"Cette nation tire sa force du peuple, pas des chars", a lancé le
Premier ministre au Parlement.
"Le niveau de vigilance et de surveillance va être important dans les
jours qui viennent", avait prévenu lundi le secrétaire d'Etat américain
John Kerry.
Les partisans du président turc Recep Tayyip Erdogan ont encore répondu
à son appel en masse lundi soir, et jusque tard dans la nuit, se
réunissant par dizaines de milliers dans les villes d'Istanbul,
d'Ankara et d'Izmir (ouest).
- La vie d'Erdogan menacée -
Le numéro un turc a expliqué que sa vie avait été menacée par les
putschistes, alors que les conditions de son exfiltration de la station
balnéaire de Marmaris (ouest) où il se trouvait au déclenchement du
coup d'état restaient floues.
"Si j'étais resté 10, 15 minutes de plus à l'hôtel, ils m'auraient tué,
kidnappé, ou emmené", a-t-il déclaré dans une interview diffusée tard
lundi par la chaîne américaine CNN.
Le président a ajouté qu'il accepterait la réintroduction de la peine
de mort si le Parlement turc le décidait. Il a annoncé qu'"une décision
importante devait être prise" lors d'une réunion du Conseil de sécurité
nationale mercredi à Ankara.
Jusqu'à présent au moins 118 généraux et amiraux dans tout le pays ont
été placés en garde à vue, suspectés d'implication dans le coup d'état
manqué, rapporte l'agence Anadolu, dans ce qui s'apparente à une purge
importante au sein de l'armée.
Vingt-six généraux et amiraux, dont l'ancien chef de l'armée de l'air,
le général Akin Oztuk, ont été placés en détention préventive après
avoir été inculpés, notamment, de "tentative de renversement de l'ordre
constitutionnel", de "tentative d'assassinat" du président Erdogan et
de "constitution d'une organisation armée".
- 'Dossiers' sur Gülen pour Washington -
Au total, selon Binali Yildirim, 6.038 militaires, 755 magistrats et 100 policiers ont été placés en garde à vue.
Des demandes de placement en garde à vue ont aussi été émises contre
2.854 juges et procureurs, immédiatement après le putsch manqué par un
groupe de militaires.
Par ailleurs, 9.000 policiers, gendarmes et fonctionnaires ont été démis de leurs fonctions.
Le général Oztuk, qui est apparu hagard et un pansement sur l'oreille
au tribunal, a nié toute implication: "Je ne fais pas partie de ceux
qui ont planifié et mené le coup d'état militaire. J'ignore qui l'a
planifié et dirigé".
"En me basant sur mon expérience, je pense que c'est la structure
parallèle (le réseau du prédicateur Fetulhah Gülen, NDLR) qui a mis en
oeuvre cette tentative de coup d'Etat militaire", a-t-il toutefois
ajouté, cité par Anadolu.
Ankara a envoyé des "dossiers" à Washington sur une implication de Gülen dans le putsch, a annoncé mardi M. Yildirim.
Mais le prédicateur a réfuté dans une interview lundi à l'AFP aux
Etats-Unis toute responsablité. "J'ai toujours été contre
l'intervention des militaires en politique intérieure", a-t-il assuré.
"Dans un paysage comme celui-là, il n'est plus possible de parler de
démocratie, de Constitution, d'une forme de gouvernement républicain",
a accusé l'opposant exilé.
Il a laissé entendre que le gouvernement aurait pu jouer un rôle dans
cette tentative de putsch à propos de laquelle des internautes
disaient: "Ce n'est pas un coup (d'Etat), mais une mise en scène".
"Vous avez des informations de presse indiquant que des membres du
parti au pouvoir étaient au courant de la tentative huit, dix voire 14
heures à l'avance", relève-t-il.
A Bruxelles lundi, le commissaire européen à l'Elargissement Johannes
Hahn, chargé du dossier de la candidature turque à l'UE, avait
également suggéré que le gouvernement turc avait préparé, avant la
tentative de coup d'Etat, une liste de personnes à arrêter.
"Je pense que le fait que les listes soient déjà disponibles juste
après l'événement montre qu'elles ont été préparées pour être utilisées
à un certain moment", a-t-il observé. (AFP, 19 juillet
2016)
Tentative de putsch meurtrière en Turquie: Erdogan reprend la main

Des putschistes de l'armée ont tenté de prendre le pouvoir en Turquie
avec des avions de chasse et des chars, entraînant samedi une violente
riposte d'Ankara et le retour précipité de vacances du président Recep
Tayyip Erdogan, qui semble avoir repris la main.
Les affrontements, qui ont donné lieu à des scènes de violences
inédites à Ankara et Istanbul depuis des décennies, ont fait au moins
60 morts, dont de nombreux civils, a annoncé un responsable turc. 754
militaires ont été arrêtés, selon l'agence progouvernementale Anadolu.
Après que son Premier ministre Binali Yildirim a assuré que tout était
"largement sous contrôle", le président turc Recep Tayyip Erdogan a
déclaré samedi avant l'aube qu'il "y a en Turquie un gouvernement et un
président élus par le peuple" et que "si Dieu le veut, nous allons
surmonter cette épreuve".
Accueilli à l'aéroport d'Istanbul en provenance de Marmaris (ouest) par
une foule compacte de sympathisants, M. Erdogan a adopté une attitude
de défi, prédisant l'échec de la rébellion et assurant qu'il
continuerait à assumer ses fonctions "jusqu'à la fin".
"Ceux qui sont descendus avec des chars seront capturés car ces chars
ne leur appartiennent pas", a ajouté le président, fort du soutien de
ses partisans qui ont massivement répondu à son appel à descendre dans
les rues d'Ankara, Istanbul et Izmir pour contrer le putsch.
Il a félicité les Turcs pour être descendus "par millions" dans les
rues, notamment sur l'emblématique place Taksim à Istanbul, noire de
manifestants conspuant les putschistes.
La situation dans ce grand pays de 80 millions d'habitants, membre-clé
de l'Otan, était toutefois loin d'être réglée vers 07H00 (04H00 GMT),
huit heures environ après l'annonce de la tentative de coup d'Etat.
Le président américain Barack Obama a appelé à soutenir
le gouvernement turc "démocratiquement élu", "faire preuve de retenue
et éviter violence ou bain de sang".
La chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini a également
exhorté à la "retenue" et au "respect des institutions démocratiques".
Son homologue russe Sergueï Lavrov, dont le pays vient de se
réconcilier avec la Turquie, a demandé d'éviter "tout affrontement
meurtrier".
Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a jugé "crucial de
réinstaurer le pouvoir civil et l'ordre constitutionnel rapidement et
pacifiquement".
En Iran voisin de la Turquie, le ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a exprimé sa "grande inquiétude".
- Une 'trahison' -
Un avion a largué tôt samedi une bombe près du palais
présidentiel à Ankara, et des avions de chasse F-16 ont bombardé des
chars de rebelles aux abords du palais présidentiel, a indiqué la
présidence.
Peu après, une soixantaine de soldats rebelles
qui avaient investi dans la nuit l'un des ponts suspendus enjambant le
Bosphore se sont rendus, en direct à la télévision, aux forces de
sécurité à Istanbul.
Des coups de feu sporadiques étaient toujours audibles au petit matin
dans plusieurs quartiers d'Ankara et d'Istanbul, après une nuit de
violences marquée par des explosions causées, selon les médias, par des
bombardements aériens.
Le Premier ministre Yildirim a ordonné samedi à l'armée d'abattre les
avions et les hélicoptères se trouvant aux mains des militaires
putschistes, selon un responsable turc. Il a a annoncé avoir nommé un
nouveau chef de l'armée par intérim.
A son arrivée à l'aéroport d'Istanbul, M. Erdogan a dénoncé "une
trahison" des soldats putschistes, qu'il a accusés d'être liés à son
ennemi juré Fethullah Gülen, un imam exilé depuis des années aux
Etats-Unis.
"Je réfute catégoriquement ces accusations", a rétorqué ce dernier dans
un communiqué, depuis les Etats-Unis où il réside. "J'ai souffert de
plusieurs coups d'Etat militaires au cours des 50 dernières années et
trouve donc particulièrement insultant d'être accusé d'avoir un
quelconque lien avec cette tentative".
Quant au chef d'état-major de l'armée, qui selon les médias serait
prisonnier des putschistes à Ankara à son quartier général, "j'ignore
pour l'instant" son sort, a indiqué M. Erdogan.
Le chef de l'Etat a affirmé que l'hôtel où il se trouvait en vacances à
Marmaris, station balnéaire du sud-ouest de la Turquie, avait été
bombardé après son départ.
- 'Retour à la normale'? -
Le Premier ministre Yildirim a évoqué une tentative de coup d'Etat "idiote" et "vouée à l'échec".
Le Parlement, autour duquel des chars ont été déployés, a été bombardé
dans la capitale Ankara, où au moins 17 policiers ont été tués, a
annoncé l'agence Anadolu.
A Istanbul, des soldats ont ouvert le feu sur la foule, faisant des
dizaines de blessés, a constaté un photographe de l'AFP. Des F-16 ont
également abattu un hélicoptère des putschistes, selon la télévision
turque.
Deux heures environ après l'annonce du coup d'Etat, le président
Erdogan avait prédit son échec, la voix blanche à la télévision et
s'exprimant depuis un endroit non précisé, avec un portable via
FaceTime.
La chaîne publique turque de télévision avait diffusé peu avant minuit
(21H00 GMT) un communiqué des "forces armées turques", faisant état de
la proclamation de la loi martiale et d'un couvre-feu dans tout le pays.
Les putschistes ont justifié leur "prise de pouvoir totale dans le
pays" par la nécessité "d'assurer et de restaurer l'ordre
constitutionnel, la démocratie, les droits de l'Homme et les libertés
et laisser la loi suprême du pays prévaloir".
Le Premier ministre a averti ceux impliqués dans cette action "illégale" qu'ils payeraient "le prix le plus élevé".
Les ponts enjambant le Bosphore entre l'Asie et l'Europe à Istanbul ont été fermés dans les deux sens.
A Istanbul, des grandes artères menant notamment à la place Taksim,
dans le centre de la première métropole de Turquie, étaient bloquées
par les forces de l'ordre et la présence policière était massive.
De nombreux habitants semblaient saisis d'inquiétude, voire de panique,
et se sont précipités dans les magasins pour acheter bonbonnes d'eau et
nourriture et aux distributeurs d'argent pour retirer des liquidités. (AFP, 16 juillet
2016)
Sept morts dans deux attaques attribuées aux combattants kurdes
Six soldats turcs et un garde de village ont été tués dimanche et une
quinzaine de personnes blessées dans deux attaques attribuées aux
combattants kurdes et menées à quelques heures d'intervalle dans le
sud-est de la Turquie, a rapporté l'armée.
Quatre soldats ont été tués sur le coup par l'explosion d'un engin au
passage de leur véhicule sur une route de la province de Hakkari, entre
Beyyurdu et Aktutun, a annoncé l'armée. Un cinquième soldat est décédé
à l'hôpital des suites de ses blessures, a-t-elle ajouté ensuite,
imputant l'attaque aux séparatistes kurdes.
Les forces de sécurité turques mènent des opérations d'ampleur dans
cette province frontalière du nord de l'Irak pour éliminer les
combattants du Parti des Travailleurs du Kurdistan, le PKK.
Un peu plus tôt, un soldat turc et un membre des gardes de village ont
été tués dans un attentat à la voiture piégée dans la province de Van,
a annoncé l'armée, montrant du doigt les combattants kurdes.
L'attentat devant un poste militaire a fait au moins 15 blessés, dix
soldats et cinq gardes de village, dont l'un grièvement, a précisé
l'armée, qui a attribué l'attaque aux séparatistes du PKK, considéré
comme une organisation terroriste par Ankara.
Les gardes de village sont des supplétifs locaux des forces de
sécurité turques dans la lutte contre les combattants kurdes de l'est
et du sud-est du pays à population majoritairement kurde.
Samedi, trois personnes -- deux soldats turcs et un civil -- avaient
été tuées dans un attentat à la voiture piégée dans la ville de Mardin,
près de la frontière syrienne, dans le sud-est de la Turquie, une
attaque également attribuée à la guérilla kurde. (AFP, 10 juillet
2016)
Trois morts dans un attentat dans le Sud-Est
Trois personnes -- deux soldats turcs et un civil -- ont été tuées
samedi dans un attentat à la voiture piégée dans le sud-est de la
Turquie, ont annoncé les forces de sécurité, en imputant la
responsabilité à la guérilla kurde.
Dix personnes ont été blessées dans cette attaque contre un poste de
gendarmerie près de la ville de Mardin perpétrée par le Parti des
travailleurs du Kurdistan (PKK), selon les même sources.
Le PKK mène des attaques quasi quotidiennes dans le sud-est anatolien à
majorité kurde depuis la fin, en juillet 2015, du cessez-le-feu observé
pendant deux ans et demi.
Les forces de sécurité turques mènent en représailles des bombardements
intensifs dans les zones urbaines du Sud-Est qui font beaucoup de
victimes et de dégâts.
L'armée a indiqué samedi avoir éliminé la veille 17 militants du PKK à
Semdinli, dans la province de Hakkari et deux combattants à Baskale,
dans celle de Van. (AFP, 9 juillet
2016)
Call for Support to the Academics under Judicial Harassment
Turkish scholars have been subject to heavy pressures and constraints
since the declaration of the petition “We’ll not be a party to this
crime” launched by the Academics for Peace initiative in mid-January.
In Mersin, a middle-sized city on the Mediterranean Coast, this climate
of pressure has been experienced in an accentuated manner as the
twenty-one petitioners of the city’s University have since then faced
very serious threats and sanctions.
In contradiction to all traditional practices and even to legislations,
the university administration has cancelled the contracts of three
assistant professors, two lecturers and one research assistant (6
academics in total) since last January.
And now, a group of these scholars in Mersin are threatened by serious
juridical accusations that were launched obviously in relation with the
petition. These lawsuits that may end up with prison sentences are as
follows:
1- The first case was launched against assistant professors Hakan
Mertcan, Mustafa Şener and Selim Çakmaklı for the charge of “insult of
the president” due to their Facebook messages.
2- Again due to their social media messages, they are sued for
“propaganda of terrorist organisation” as well as “provocation of the
people for hatred and hostility”. The hearing of this second case in
which research assistant Esin Gülsen is also accused will be held on
the July 12th, 2016 in Mersin.
3- In addition to these two cases, the public prosecution office of
Mersin carries out an investigation against Mertcan, Gülsen and
Çakmaklı for “insult of institutions and organs of the Turkish state”
through Facebook messages. These academicians thus risk a third lawsuit.
4- Apart from Facebook messages, two of the petitioners, Mustafa Şener
and Atilla Güney are sued for violation of the law on meetings and
demonstrations due to a public statement that they participated. The
hearing of this case will take place on the July 13th, 2016.
5- Last but not the least, Prof. Atilla Güney is sued for ungrounded
charges related to his presidency of a charity organisation supported
by the Municipality of Akdeniz governed by the pro-Kurdish HDP.
In short, this group of petitioners in Mersin are threatened by prison
sentences up to 14,5 years for just using their elementary rights of
freedom of opinion and expression. If they are also sued for “insult of
institutions and organs of the Turkish state”, this prison risk may
amount up to 21,5 years.
The gravity and the urgency of the situation in Mersin is obvious.
Therefore, we urge for the support and the concern of the democratic
international community to the scholars at both professional and
juridical risks in Mersin. For this purpose, we invite all those who
can, to attend to the hearings on July 12th and 13th in Mersin.
For those who won’t manage to be physically with us on these days, we
ask them to send us short videos of support recorded by their phones,
tablets or webcams (max. ten seconds during which we hear your name,
title, institution and words of support to our colleagues) to mersin.bak@gmail.com.
13 suspects inculpés et écroués pour l'attentat d'Istanbul
Treize suspects, dont dix Turcs, ont été inculpés et écroués dimanche
soir à Istanbul pour "appartenance à une organisation terroriste", en
lien avec le triple attentat-suicide qui a fait 45 morts mardi à
l'aéroport de la mégapole turque, a rapporté l'agence de presse Dogan.
Les suspects sont aussi accusés d'"atteinte à l'unité de l'Etat et du
peuple" et "homicide volontaire", a indiqué l'agence, sans préciser la
nationalité des étrangers.
Dans le cadre de l'enquête, la police a arrêté 29 personnes "dont des
étrangers", a déclaré dimanche le Premier ministre turc, Binali
Yildirim, aux journalistes. "Tout sera dévoilé avec le temps, nous
menons une vaste enquête sur cette affaire", a-t-il ajouté.
Le gouvernorat d'Istanbul a de son côté indiqué dimanche dans un
communiqué que 49 personnes étaient toujours soignées, dont 17 en soins
intensifs. Les autorités turques avaient évoqué jeudi un bilan de 19
étrangers parmi les tués, sans donner de décompte précis.
L'attaque, la quatrième et la plus meurtrière en Turquie depuis le
début de l'année, n'a toujours pas été revendiquée mais les
responsables turcs ont pointé du doigt le groupe Etat islamique (EI).
Les autorités ont affirmé que les kamikazes étaient un Russe, un Ouzbek
et un Kirghiz tandis que l'agence Anadolu, elle, a avancé les noms de
Rakim Bulgarov et Vadim Osmanov, sans préciser leur nationalité. Les
ex-républiques soviétiques d'Asie centrale font partie des plus
importants fournisseurs de jihadistes en Syrie et en Irak.
Des médias turcs ont identifié un Tchétchène du nom d'Akhmed Tchataïev
comme le cerveau de l'attentat de l'aéroport. Il serait le chef de l'EI
à Istanbul, selon le quotidien Hürriyet.
Par ailleurs, une équipe composée de 80 membres des forces spéciales de
la police a commencé à partir de dimanche à patrouiller l'aéroport
visé, l'un des plus fréquentés d'Europe, et ses terminaux, selon les
médias. (AFP, 3 juillet
2016)
Le bilan de l'attentat d'Istanbul s'alourdit à 45 morts avec le décès d'un enfant
Le bilan du triple attentat-suicide qui a frappé mardi l'aéroport
d'Istanbul s'est alourdi samedi à 45 morts, un enfant jordanien de
quatre ans ayant succombé à ses blessures à l'hôpital, a rapporté
l'agence de presse Dogan.
L'enfant, Rayyan Mohammad, de nationalité jordanienne et dont le sexe
n'a pas été précisé, a succombé à ses blessures dans une clinique de la
ville, a précisé l'agence.
Le gouvernorat d'Istanbul a de son côté indiqué dans un communiqué que
52 personnes étaient toujours soignées, dont 20 en soins intensifs. Les
autorités turques avaient évoqué jeudi un bilan de 19 étrangers parmi
les tués.
L'attaque, la quatrième et la plus meurtrière en Turquie depuis le
début de l'année, n'a toujours pas été revendiquée mais les
responsables turcs ont pointé du doigt le groupe Etat islamique (EI).
"Il est apparemment clair que c'est l'affaire de Daech (acronyme arabe
de l'EI)", a déclaré vendredi soir le président turc Recep Tayyip
Erdogan. "Leur place est en enfer", a-t-il dit.
Dans le cadre de l'enquête, la police a arrêté 24 personnes à Istanbul,
dont 15 étrangers, selon l'agence de presse progouvernementale Anadolu.
Les autorités ont affirmé que les kamikazes étaient un Russe, un Ouzbek
et un Kirghiz tandis que l'agence Anadolu, elle, a avancé les noms de
Rakim Bulgarov et Vadim Osmanov, sans préciser leur nationalité. Les
ex-républiques soviétiques d'Asie centrale font partie des plus
importants fournisseurs de jihadistes en Syrie et en Irak.
Des médias turcs ont identifié un Tchétchène du nom d'Akhmed Tchataïev
comme le cerveau de l'attentat de l'aéroport. Il serait le chef de l'EI
à Istanbul, selon le quotidien Hürriyet.
Par ailleurs, un homme qui a crié "kamikaze" samedi sur un marché bondé
d'Umraniye, quartier populaire de la rive asiatique d'Istanbul, a
provoqué un mouvement de panique dans lequel une femme a été légèrement
blessée, ont rapporté les médias.(AFP, 2 juillet
2016)
Nouveau bilan de 43 morts, dont 19 étrangers
Le bilan du triple attentat-suicide qui a frappé mardi l'aéroport
Atatürk d'Istanbul s'est alourdi jeudi à 43 morts, dont 19 sont de
nationalité étrangère, a annoncé le ministre turc de l'Intérieur Efkan
Ala.
"Sur les 43 personnes qui ont perdu la vie dans cette attaque, 19 sont
des ressortissants étrangers", a dit le ministre lors d'un discours au
Parlement, ajoutant que 13 personnes, dont quatre étrangers avaient été
placées en détention dans le cadre de l'enquête sur l'attentat.
"Ce décompte ne comprend pas les kamikazes dont on connait l'indentité et la nationalité de l'un d'eux", a souligné le ministre.
Auparavant, un responsable turc a indiqué que les trois kamikazes qui
se sont fait exploser à l'aéroport international étaient russe, ouzbek
et kirghiz.
La Turquie pourrait payer cher ses rapports ambigüs avec l'EI
Longtemps accusé pour sa proximité suspecte avec le groupe de l'Etat
islamique (EI), le président turc Recep Tayyip Erdogan risque de payer
cher sa nouvelle stratégie musclée contre le mouvement jihadiste
qu'Ankara accuse du carnage à l'aéroport d'Istanbul ayant fait 42 morts.
Et les experts prédisent d'autres attentats sur le sol turc sunnite,
terreau fertile pour ce groupe extrémiste qui n'a aucun mal à recruter
de nouveaux adeptes. L'opposition de son côté accuse le président
islamo-conservateur Erdogan d'avoir largement favorisé l'extrémisme
meurtrier dont la Turquie est victime aujourd'hui.
"La Turquie combat actuellement avec férocité l'EI mais ses erreurs du
passé ont laissé des séquelles", estime Sinan Ülgen, président du
Center for Economics and Foreign Policy (EDAM) à Istanbul.
Pour cet ancien diplomate, la Turquie est très exposée aux attaques de
par sa position géostratégique aux portes de la Syrie et de l'Irak où
le mouvement jihadiste contrôle des zones entières. "La Turquie est un
terrain facile pour les opérations de l'EI, bien plus facile que
l'Europe", a-t-il estimé.
A ses débuts, la Turquie a été bienveillante envers les jihadistes avec
qui elle partageait un objectif commun en Syrie: le départ de Bachar
al-Assad, bête noire du président Erdogan. Et qu'elle considérait
également comme un instrument contre les ambitions autonomistes des
Kurdes syriens, hantise de la Turquie alors qu'elle combat ses propres
rebelles.
La presse turque foisonnait alors d'enquêtes sur des centres de
recrutement dans les villes turques dont Istanbul ou de jihadistes
soignés dans les hôpitaux publics du sud-est anatolien, frontalier de
la Syrie.
Mais tout a changé après un double attentat kamikaze attribué à une
cellule turque de l'EI qui a tué 103 personnes en octobre dans le
centre d'Ankara, là où toutes les institutions sont réunies et le plus
grave de l'Histoire du pays. Une véritable sonnette d'alarme pour le
régime islamo-conservateur turc, choqué et montré du doigt pour sa
mansuétude envers le groupe extrémiste.
La Turquie a alors rejoint activement la coalition internationale menée par les Etats-Unis pour combattre l'EI.
Les autorités turques annoncent régulièrement avoir démantelé des
cellules "terroristes" et avoir procédé à des arrestations. A la
frontière avec la Syrie, des membres présumés de l'EI sont
régulièrement abattus, dont certains en possession de ceintures
d'explosifs.
- Le jihadisme favorisé -
Selon le ministère de l'Intérieur, il y a eu près de 4.000 arrestations
en lien avec l'EI et des activités djihadistes. Mais cela ne semble pas
tarir le jihadisme dans le pays musulman à cheval entre l'Asie et
l'Europe où les laïcs ne cessent de dénoncer une islamisation
croissante favorisée par le régime au pouvoir depuis 2002.
"La capacité de l'EI et des groupes militants sunnites similaires en
Turquie est susceptible de continuer à se développer aussi longtemps
que le pays autorise l'islamisme politique à l'intérieur de croître
sans contrôle", estime Ege Seckin, analyste à l'IHS Country Risk.
Et de prévenir que "la nature semi-autonome et non-hiérarchique des
cellules de l'EI en Turquie rend la prévention de leurs attaques par
les forces de sécurité difficiles".
D'autres attentats sont à prévoir, s'accordent à penser les
spécialistes, notamment de "cellules dormantes" révélées par les
services de renseignement turcs qui évoquant un chiffre de quelque
3.000 recrues turques.
Un enrôlement particulièrement efficace qui serait même effectué au nez
et à la barbe des autorités dans les universités d'Ankara et Istanbul
parmi une jeunesse vulnérable et défavorisée détestant les valeurs
occidentales, a récemment révélé le journal d'opposition Cumhuriyet.
Le constat est dangereux car d'autres attentats sont à prévoir, présage
Deniz Zeyrek, chef de bureau au journal à gros tirage Hürriyet. "C'est
clair que nous devons être prêts contre de nouvelles attaques", a-t-il
dit.
Une situation à laquelle la Turquie ne s'est pas préparée et a même
favorisé, a dénoncé pour sa part l'opposition parlementaire turque.
"Ceux qui se montrent tolérants envers le terrorisme et sont même
complices ne peuvent le combattre", a ainsi martelé la porte-parole du
principal parti d'opposition pro-laïc au lendemain de l'attaque
d'Istanbul.
"Les cadres de l'AKP avaient refusé de classer l'EI comme une
organisation terroriste, ils sont responsable de ce massacre", a lancé
Selin Sayek Böke du parti républicain du peuple (CHP) dont les appels à
une démission du gouvernement sont restés sans réponse. (AFP, 30 juin
2016)
Arrestations de 13 suspects après l'attentat d'Istanbul, le scénario se précise
La police turque a arrêté 13 suspects, dont trois étrangers, au
surlendemain des attentats suicide à l'aéroport d'Istanbul qui ont fait
44 morts et dont le déroulement apparaissait jeudi plus clair.
Le bilan a augmenté avec le décès de l'un des plus de 260 blessés après
le carnage provoqué mardi soir à l'aéroport Atatürk par trois
kamikazes, très probablement liés selon Ankara au groupe Etat islamique
(EI), qui ont arrosé l'aérogare de balles avant de se faire sauter l'un
après l'autre.
Un haut responsable a indiqué à l'AFP, sous couvert de l'anonymat, que
les kamikazes venaient "de Russie, d'Ouzbékistan et du Kirghizstan".
Sur les 44 personnes qui ont perdu la vie dans cette attaque, "19 sont
des ressortissants étrangers", a dit le ministre de l'Intérieur Efkan
Ala lors d'un discours au Parlement.
Il a ajouté que 13 personnes, dont quatre étrangers, avaient été
placées en détention dans le cadre de l'enquête. La police turque a
procédé jeudi à ces arrestations après des raids simultanés à 16
adresses d'Istanbul, a rapporté l'agence de presse progouvernementale
Anadolu.
Le déroulement de l'attaque macabre dans le terminal des vols
internationaux d'Atatürk, le troisième aéroport d'Europe, commence à se
clarifier.
Le Premier ministre Binali Yildirim a expliqué que "les terroristes,
après avoir d'abord voulu passer les (premiers) contrôles de sécurité"
juste à l'entrée de l'aérogare, se sont ravisés et "sont revenus avec
des fusils-mitrailleurs qu'ils ont sortis de leurs valises avant de
passer les contrôles en tirant sans discrimination".
"L'un d'entre eux s'est fait exploser à l'extérieur" et "les deux
autres ont profité de la panique, sont entrés dans l'aéroport et se
sont fait exploser", a-t-il dit.
Un haut responsable turc proche de la présidence ayant requis
l'anonymat a livré un récit différent à l'AFP. Il a expliqué qu'une
première explosion avait eu lieu lorsque l'un des kamikazes était entré
dans le hall des arrivées et s'est fait sauter juste avant les
détecteurs à rayons X.
Profitant de la panique provoquée par la déflagration parmi les
passagers et le personnel de l'aérogare, un deuxième kamikaze est entré
dans le hall des arrivées, est monté à celui des départs, et s'est fait
sauter lui aussi.
Enfin, le troisième kamikaze a attendu à l'extérieur de l'aéroport et s'est fait exploser en dernier.
- Tour Eiffel aux couleurs turques -
Le quotidien turc Hürriyet a rapporté que l'un d'eux était un
combattant tchétchène nommé Osman Vadinov, qui serait venu en Turquie
depuis Raqa, fief de l'EI en Syrie.
Le triple attentat suicide n'avait toujours pas été revendiqué jeudi.
L'EI n'a jusqu'ici jamais revendiqué les attaques qu'Ankara lui a
attribuées sur le sol turc.
Binali Yildirim avait estimé que "les indices point(ai)ent vers Daech",
acronyme arabe de l'EI, face à laquelle la Turquie, initialement
accusée de mansuétude, a dû adopter une approche plus musclée.
Ce nouvel attentat à Istanbul, le 4e et le plus meurtrier en un an dans
la première ville du pays, a choqué la Turquie et a été condamné par de
nombreuses capitales. A Paris, la Tour Eiffel devait être éclairée
jeudi soir aux couleurs de la Turquie.
Quatre personnes d'une même famille - trois femmes et une fillette de
neuf ans - ont été tuées dans l'attaque. Les funérailles des membres de
la famille Amiri, de nationalité turque mais résidant en Arabie
saoudite, ont eu lieu jeudi à Istanbul.
- 'Quelqu'un va-t-il démissionner ?'-
Le Premier ministre a affirmé que la "présence de personnel entraîné" serait "accrue" dans les aéroports du pays.
Le journal d'opposition Cumhuriyet prenait à parti jeudi le
gouvernement en demandant "Quelqu'un va-t-il démissionner ?" et en
rappelant qu'après les attentats à l'aéroport et dans le métro de
Bruxelles en mars des ministres avaient présenté leur démission.
Mehmet Yilmaz, éditorialiste du quotidien Hurriyet, demandait : "S'il
n'y a pas eu de défaillance de sécurité (comme l'a affirmé le Premier
ministre), pourquoi y a-t-il eu des morts ?"
Le mode opératoire de l'attentat d'Atatürk rappelle les récents
attentats jihadistes ayant ensanglanté Paris (130 morts) et Bruxelles
(32 morts).
Des photos et vidéos choc diffusées sur les réseaux sociaux ont montré
une énorme boule de feu à l'entrée du terminal des vols internationaux
et des passagers gisant dans le hall.
Sur l'une de ces vidéos, l'un des kamikazes apparaît au sol, blessé par
un tir de policier, se tordant avant de déclencher sa ceinture
d'explosifs. (AFP, 30 juin
2016)
Pression
sur les médias / Pressure on the Media
Des journalistes emprisonnés en Turquie, Erdogan critique les Occidentaux
La Turquie a emprisonné 17 journalistes qu'elle accuse de liens avec
"une organisation terroriste", mais le président Recep Tayyip Erdogan a
rejeté les critiques des Occidentaux sur les vastes purges après le
putsch raté.
Dans un geste destiné à "renforcer l'unité nationale" deux semaines
après la tentative de coup d'Etat militaire du 15 juillet, le chef de
l'Etat a annoncé renoncer aux plaintes déposées contre ceux accusés de
l'avoir "insulté". Près de 2.000 personnes seraient concernées.
Le grand "coup de balai" lancé après le putsch avorté a toutefois
continué, en dépit de mises en garde des Européens sur l'impact négatif
qu'il pourrait avoir sur la candidature turque à l'Union européenne
(UE).
Le pouvoir islamo-conservateur du président Erdogan accuse le
prédicateur en exil aux Etats-Unis, Fethullah Gülen, et les partisans
de son mouvement en Turquie, d'avoir organisé le coup d'Etat manqué.
Un responsable turc a assuré sous couvert d'anonymat que les services
de renseignement avaient intercepté il y a plus d'un an des messages
cryptés qui ont permis d'identifier 40.000 partisans du prédicateur
dont 600 militaires de haut rang. "Un grand nombre sont impliqués dans
la tentative de coup", a-t-il affirmé.
Plus de 18.000 personnes ont été placées en garde à vue à un moment ou
à un autre au cours des deux dernières semaines. Environ 10.000 d'entre
elles font maintenant l'objet de poursuites et ont été placées en
détention préventive.
Dix-sept journalistes sur les 21 qui ont comparu devant un tribunal
d'Istanbul se sont ainsi réveillés en prison samedi, inculpés pour
leurs liens présumés avec "une organisation terroriste", selon l'agence
de presse officielle Anadolu.
Parmi eux figurent Nazli Ilicak, une journaliste réputée, ancienne
députée du parti AKP de M. Erdogan, et d'anciens membres de la
rédaction du quotidien Zaman, pro-Gülen jusqu'à sa reprise en main par
le pouvoir en mars.
- 'Ne pas répéter l'erreur' -
"Ces détentions sont inacceptables", a estimé le journaliste turc
Mustafa Akyol dans le quotidien Hurriyet tout en soutenant l'action du
gouvernement contre les putschistes.
"Ces gens n'ont fait qu'exercer leur profession ou partager leurs idées
dans un journal détenu par la communauté Gülen, ce qui ne veut pas dire
qu'ils fassent partie de cette communauté" ou soient impliqués dans le
putsch, a-t-il ajouté.
"Ce n'est pas normal d'arrêter des journalistes, ce pays ne devrait pas
répéter ce genre d'erreurs", a dit le commentateur Bulent Mumay, un des
quatre remis en liberté, cité par l'agence de presse privée Dogan.
Le chef de la diplomatie turque Mevlut Cavusoglu a estimé nécessaire de
faire le tri entre les putschistes et ceux "qui font du vrai
journalisme".
Alors que plus de 2.700 juges ont été suspendus, il est "inconcevable"
d'envisager des procès équitables pour les milliers de suspects, a
déclaré à l'AFP le juge français Marcel Lemonde, expert pour un
programme du Conseil de l'Europe pour la modernisation de la justice
turque entre 2012 et 2014.
Il a dénoncé "une indépendance de la justice systématiquement battue en
brèche" par le pouvoir et "un climat de terreur" qui se répand dans le
système judiciaire turc depuis 2013, après une période (2002-2012) où
d'importants progrès avaient été enregistrés.
Un total de 758 militaires ont par ailleurs été libérés vendredi soir
dont 62 étudiants de l'Académie d'Istanbul dont certains âgés de moins
de 20 ans.
Alors que des responsables européens ont critiqué l'ampleur des purges,
le président Erdogan a conseillé aux Occidentaux de "se mêler de leurs
affaires", dans un discours prononcé depuis son palais présidentiel
vendredi soir.
"Ces pays dont les leaders ne sont pas inquiets pour la démocratie
turque, ni pour la vie de nos citoyens (...) alors qu'ils sont
tellement préoccupés par le sort des putschistes, ne peuvent pas être
nos amis", a-t-il lancé.
Signe de la tension avec l'UE, le président de la Commission
Jean-Claude Juncker a estimé que l'accord UE/Turquie pour freiner
l'afflux de réfugiés en Europe occidentale risquait de capoter.
Un général américain de haut rang s'était également inquiété d'un
éventuel impact des purges dans l'armée sur la coopération avec la
Turquie dans la lutte contre le groupe Etat islamique (EI). Près de la
moitié (149) des généraux de l'armée turque ont été limogés après le
putsch raté.
Le président Erdogan a accusé ce général de "prendre le parti des
putschistes", des accusations démenties par le chef militaire
américain.
(AFP, 30 juillet
2016)
Après le putsch raté, les universités en pleine tourmente
Doyens poussés à la démission, enseignants derrière les barreaux,
licenciés ou empêchés de quitter le pays, les universités en Turquie
ont pris de plein fouet la purge gigantesque lancée après le coup
d'Etat avorté.
Quelques jours après la tentative de renversement du président Recep
Tayyip Erdogan, 15 universités privées ont été fermées et 1.577 doyens
du public et du privé poussés à démissionner. Un séisme.
A l'Université Galatasaray d'Istanbul, dès l'échec du putsch, le
personnel administratif est passé parmi les enseignants pour qu'ils
dénoncent leurs collègues gulénistes, donnant le signal de la chasse
aux sorcières.
Cette semaine, "les profs ont été convoqués pour écrire une lettre
assurant qu'ils n'avaient rien à voir avec (Fethullah) Gülen", explique
une enseignante à propos du prédicateur exilé accusé d'être derrière le
coup d'Etat raté, et qui préfère garder l'anonymat.
Le recteur, à l'origine de cette mesure, a apparemment voulu protéger
son personnel contre un retour de bâton. Cette prestigieuse université
publique, plutôt kémaliste, a été l'une des plus "purgées". Tous ses
doyens ont démissionné.
L'AKP, le parti islamo-conservateur d'Erdogan, a beaucoup investi dans
l'enseignement supérieur depuis 2003, dans un pays où, depuis Atatürk,
l'élite a toujours été bien formée.
"L'effort a été considérable", indique une spécialiste de
l'enseignement supérieur en Turquie, des universités ont été ouvertes
"du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest", dont certaines accueillent
jusqu'à 70.000 étudiants.
Le pays comptait cette année 207 universités -- 123 publiques et 84
privées. Et les 40 meilleures universités turques étaient tournées vers
l'international: cursus en anglais, riches programmes d'échanges.
Jusqu'au putsch raté, qui a jeté les universités dans la tourmente.
- Fantasme ou réalité -
Le président Erdogan s'est lancé dans une guerre sans merci contre son
ennemi intime Gülen et son noyautage présumé du monde universitaire.
Avec les "dershane", ces écoles de bachotage avant le lycée ou
l'université, les gulenistes ont formé des millions d'étudiants,
sélectionnant les meilleurs, s'attirant leur loyauté et gagnant des
fortunes.
Pendant dix ans, "Erdogan a mis des gulenistes partout dans les facs,
plutôt que des AKP qui n'étaient pas éduqués", dit l'enseignante de
Galatasaray. Mais des milliers de "dershane" ont été fermées en 2014
quand Gülen est devenu la bête noire d'Erdogan.
Fantasme ou réalité? Le poids des gulénistes dans les universités turques reste difficile à évaluer.
"Ce n'est pas un fantasme, mais disons que les gulenistes vivaient plus
ou moins cachés", dit la spécialiste du monde universitaire, même si
l'Université Fatih à Istanbul, par exemple, est un établissement privé
notoirement guléniste.
A l'Université publique du Bosphore d'Istanbul, la plus prestigieuse de
Turquie, vivier de libre-penseurs plutôt kémalistes, "personne ne m'a
jamais dit +je suis un guleniste+ mais tous détestent Erdogan",
explique une enseignante qui préfère elle aussi garder l'anonymat.
"Les gens sont tristes, dégoûtés" par la purge, dit-elle. "Beaucoup ont perdu leur travail. Le pays repart en arrière".
Les universités turques ont déjà traversé des purges. "Mais celle-ci
est lancée de manière officielle" relève la spécialiste du monde
universitaire. "C'est très grave ce qui se passe".
Ibrahim Kabaoglu, professeur de droit, abonde. "On a passé plus de 30
ans sous l'Etat de siège, avec des licenciements de professeurs", mais
"sous le régime constitutionnel, une telle pratique, c'est la première
fois".
- 'Climat de peur'-
"Les gens préfèrent ne pas parler, ils ont très peur", dit la
spécialiste de l'enseignement supérieur. Les chercheurs invités à
l'étranger "ont dû revenir" pour des enquêtes sur eux.
"Ca a créé un climat de peur, de tension, très mauvais pour la liberté intellectuelle, de pensée, de recherche", dit-elle.
Cette purge radicale touche de plein fouet les échanges universitaires
avec l'étranger: programmes Erasmus avec l'Europe ou nombreuses bourses
avec l'Amérique du Nord notamment.
En France, la Conférence des présidents d'universités a dénoncé
"l'entreprise de destruction" des universités turques et a indiqué que
"pour des raisons de sécurité, un certain nombre d'établissements
envisagent de ne pas envoyer leurs étudiants en Turquie". En Belgique,
plusieurs universités n'enverront pas leurs étudiants en septembre.
Au Canada, les Universités McGill, l'Université de Toronto et
l'Université du Québec à Montréal (UQAM) ont indiqué à l'AFP avoir
suspendu les départs d'étudiants en Turquie à la rentrée prochaine.
Une rentrée qui s'annonce très mal.
"Sur quels critères seront recrutés les nouveaux enseignants?", demande
Ibrahim Kabaoglu. "Sur leurs connaissances, leur spécialité, leur
capacités? Ou bien sur leur appartenance?"
Le gouvernement n'a pas répondu aux questions de l'AFP.
L'enseignante de Galatasaray s'inquiète, elle, pour ses milliers de confrères des universités privées ayant fermé.
Ils "se demandent ce qu'ils vont faire. On ne les voit pas être réembauchés dans des facs publiques", dit-elle.
(AFP, 29 juillet
2016)
La fermeture de 45 journaux et de 16 chaînes de télévision
La Turquie a ordonné la fermeture de dizaines de journaux, magazines,
télévisions et stations de radio, a annoncé mercredi soir le Journal
officiel. Un nouveau signe de l'intensification de la purge lancée dans
tout le pays après le putsch raté du 15 juillet. Trois agences de
presse, 45 journaux et 16 chaînes de télévision sont concernés par
cette mesure. En outre, 23 stations de radio, 15 magazines et 29
maisons d'édition ont été fermés, a indiqué le Journal officiel.
Aucune liste des médias concernés n'a été fournie, mais, selon la
chaîne de télévision privée CNN-Türk, il s'agit essentiellement de
médias de province, mais aussi de certains médias à diffusion ou
audience nationale. L'agence de presse Cihan fait partie de ceux-ci,
aux côtés de la télévision pro-kurde IMC TV et du quotidien
d'opposition Taraf.
Le quotidien Zaman et sa version anglaise Today's Zaman – qui faisaient
partie, comme Cihan, d'une holding liée au prédicateur Fethullah Gülen
jusqu'à leur remise au pas en mars dernier – ont également été
abruptement fermés. Ankara a accusé l'ex-imam exilé aux États-Unis
d'avoir ourdi le complot qui a fait vaciller le pouvoir du président
Recep Tayyip Erdogan, ce qu'il a démenti. (AFP, 27 juillet
2016)
EFJ: EU must hold Turkish President accountable for press freedom violations
As arrests of journalists and media closure continue, the European and
the International Federation of Journalists (EFJ/IFJ) call on the
European Union to take additional steps to hold Turkish president
Erdogan accountable for press freedom breaches.
Since the coup aimed at toppling President Erdogan failed on 16 July,
the EFJ and IFJ have been alerting on the number of arrests of
journalists and media closure for being allegedly associated with the
pro-Gülen movement accused of being behind the failed coup.
The situation came to a point where local media’s fear to be arrested
is leading to an increasing muzzlement of the press, thus infringing
fundamental human rights such as freedom of expression and the public’s
right to know.
According to EFJ/IFJ latest information:
On 27 July, arrest warrants were issued against 47 former staff of the
Zaman newspaper, an official said. Zaman daily columnist, Şahin Alpay,
has been detained after police raided his house in the early morning
hours. Lale Sariibrahimoglu, who used to work for Zaman and Today’s
Zaman and currently reporting for IHS Jane’s Defence Weekly, was taken
by police from her home. Columnist Nuriye Akman (former Zaman Daily) is
also in custody.
On 27 July, the IFJ and EFJ listed 21 journalists detained, namely
Yakup Sağlam, İbrahim Balta, Seyit Kılıç, Bayram Kaya, Cihan Acar,
Nazlı Ilıcak, Hanım Büşra Erdal, Bülent Mumay (Birgün daily) ,Zeynel
Abidin Bulut(Pro-Kurdish daily Azadiya Welat), Zehra Dogan (JINHA),
Sahin Alpay (former Zaman), Nuriye Akman (former Zaman), Lale
Sariibrahimoglu (former Zaman), Zafer Özsoy, Ahmet Metin Sekizkardeş
(Cihan Medya Deputy Chair), Cuma Kaya, Murat Avcıoğlu, Osman Nuri
Arslan, Şeref Yılmaz (Irmak TV), Hüseyin Turan, Faruk Akkan (Cihan
Editor-in-chief).
According to Bianet, Dicle News Agency (DİHA) and Özgür Gündem websites
were also blocked on 27 July by the Telecommunications Communication
Presidency (TİB) due to “administrative injunction”. Such a blocking is
not the first of its kind since DiHA has been blocked 43 time this year
and Özgür Gündem twice. Last week, 20 independent online news portals,
including Haberdar, Meydan and Medyascope, had already been shutdown
following a decision of the TİB.
IFJ president Philippe Leruth said: “ The European union must take a
stand and hold President Erdogan accountable for breaching Human rights
convention and muzzling the press. Global journalists are highly
concerned by the escalation of attacks against the press in a country
that calls itself a democracy. This situation must end immediately.”
EFJ president Mogens Blicher Bjerregard and EFJ general secretary
Ricardo Gutiérrez called on the European Union and the Council of
Europe to act. “We can’t remain silent while journalists are being
arrested by dozens right here in front of us. President Juncker and
High Representative Mogherini must do everything in their power to end
this worrying situation,” said Mogens Blicher Bjerregard.
The federations reported all these cases to the Council of Europe
Platform for the promotion of journalism and the protection of
journalists.
La Turquie occupe la 151e place sur 180 dans le
Classement mondial 2016 de la liberté de la presse, publié par
Reporters sans frontières (RSF).
RSF dénonce les rafles de journalistes en Turquie
Dix jours après le coup d’Etat avorté, la purge contre les médias turcs
prend des proportions toujours plus alarmantes. Depuis le 25 juillet
2016, ce sont 89 journalistes qui ont fait l'objet d'un mandat d'arrêt,
dont une vingtaine sont déjà en garde à vue. RSF condamne une “chasse
aux sorcières”.
A l’aube de ce 27 juillet, la police antiterroriste a lancé des
recherches contre 47 anciens collaborateurs du quotidien Zaman (liste
complète ici), sur la base de mandats d’arrêt émis par un procureur
d’Istanbul. Ces noms s’ajoutent à ceux de 42 journalistes déjà
recherchés dans le cadre de l’enquête sur la confrérie Gülen, présentée
par les autorités comme responsable de la tentative de coup d’Etat du
15 juillet. Parmi la vingtaine de journalistes déjà placés en garde à
vue figurent le chroniqueur Şahin Alpay, l’ancienne éditorialiste de
Zaman Nuriye Akman, la célèbre présentatrice Nazlı Ilıcak et l’ancien
collaborateur de Hürriyet, Bülent Mumay.
“Il est difficile de croire que ces rafles toujours plus larges ne
servent que l’objectif légitime de démasquer les putschistes et leurs
complices, déclare Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’est
et Asie centrale. Il est triste d’avoir à le répéter : critiquer le
gouvernement ou travailler pour des médias favorables à la confrérie
Gülen ne sont en aucun cas des preuves d’une implication dans le coup
d’Etat raté. Si les autorités ne peuvent apporter d’éléments plus
crédibles, elles ne font que poursuivre des délits d’opinion, ce qui
est intolérable.”
Favorable à la confrérie Gülen et très critique des autorités depuis
quelques années, le quotidien Zaman avait été placé sous tutelle
judiciaire en mars 2016. La police avait pris d’assaut les locaux du
journal, dont la rédaction avait aussitôt été congédiée. La ligne
éditoriale du titre avait changé à 180 degrés, si bien qu’il avait
perdu la majeure partie de son lectorat et avait fini par être liquidé.
De nombreux précédents montrent que la justice turque procède souvent
par association, accusant des journalistes d’appartenir à des
organisations armées du fait d’accointances idéologiques supposées. En
décembre 2011, 36 professionnels des médias ont été arrêtés dans le
cadre de l’enquête sur l’Union des communautés du Kurdistan (KCK,
interdit). Entre 2008 et 2013, de nombreux autres journalistes ont été
placés en détention, soupçonnés d’appartenir au réseau
ultranationaliste présumé “Ergenekon”. Dans un cas comme dans l’autre,
les enquêtes n’ont pas été concluantes et les journalistes ont fini par
être relâchés après de longues périodes de détention provisoire,
jusqu’à plus de quatre ans.
La Turquie occupe la 151e place sur 180 dans le Classement mondial 2016
de la liberté de la presse, publié par Reporters sans frontières (RSF).
Reactions Against Detentions by Human Rights Organizations
Freedom of expression and human rights organizations, Committee of
Protecting Journalist (CPJ), Reporters Without Borders (RSF), and the
Amnesty statements have reacted against the detention warrant issued on
42 journalists within frame of the probe launched into Gülen Community.
CPJ: It mustn’t be journalists to pay the price for the coup
CPJ Europe and Central Asia Program Coordinator, Nina Ognianova
remarking "Journalists should not pay the price for military officers'
unlawful attempt to overthrow the government”, has said “We call on
Turkish authorities to stop imprisoning journalists for their views”.
RSF: Democracy cannot be protected by trampling on freedoms
“No one disputes the Turkish government’s legitimate right to defend
constitutional order after this abortive coup but democracy, for which
hundreds of civilians gave their lives, cannot be protected by
trampling on fundamental freedoms,” said Johann Bihr, the head of RSF’s
Eastern Europe and Central Asia desk.
“The wholesale and arbitrary nature of the attacks on the Turkish media
in the past week seems to reflect a desire to exact revenge and bring
them into line. It is time the authorities put a stop to this.”
Amnesty: Distinction between criminal acts and legitimate criticism cannot be drawn
“This is the latest alarming development in what is increasingly
becoming a brazen purge based on political affiliation,” said Gauri van
Gulik, Amnesty International’s Deputy Director for Europe.
“By rounding up journalists the government is failing to make a
distinction between criminal acts and legitimate criticism. Rather than
stifling press freedom and intimidating journalists into silence it is
vital that Turkish authorities allow the media to do their work and end
this draconian clampdown on freedom of expression.”
What had happened?
Detention warrant has been issued on 42 journalists within scope of the
probe launched into Fethullah Gülen Community following the July 15
coup attempt.
Yakup Sağlam, İbrahim Balta, Seyit Kılıç, Bayram Kaya, Cihan Acar,
Nazlı Ilıcak and Hanım Büşra Erdal have been taken into custody.
Other figures who face detention warrant are as follows:
Abdullah Abdulkadiroğlu, Abdullah Kılıç, Ahmet Dönmez, Ali Akkuş, Arda
Akın, Bilal Şahin, Bülent Ceyhan, Bülent Mumay, Bünyamin Köseli, Azmi
Cemal Kalyoncu, Cevheri Güven, Cuma Ulus, Emre Soncan, Ercan Gün, Erkan
Akkuş, Ertuğrul Erbaş, Fatih Akalan, Fatih Yağmur, Habip Güler, Haşim
Söylemez, Hüseyin Aydın, Kamil Maman, Kerim Gün, Levent Kenez, Mahmut
Hazar, Mehmet Gündem, Metin Yıkar,Muhammed Fatih Uğur, Mustafa Erkan
Acar, Mürsel Genç, Selahattin Sevi, Turan Görüryılmaz, Ufuk Şanlı, Ufuk
Emin Köroğlu and Yakup Çetin. (BIA, July 26, 2016)
Universities: 1,617 Suspensions, 284 Detentions, 8 Arrests
After the July 15 coup attempt, alongside suspensions, detentions and arrests are happening as well.
By July 26, 1,294 academics including four rectors, 323 administrative
staff have been suspended at at least 41 universities. 234 staff have
been taken into custody, eight have been arrested at 14 universities.
15 universities have been shut down.
15 universities have been shut down by statutory decree regarding the measures taken within the scope of State of Emergency.
On July 20, Council of Higher Education (YÖK) announced that "legal
action to be taken against academic and administrative staff in
parallel state formation.” (BIA, July 26, 2016)
(List of victims in universities)
IFJ-EFJ: press freedom in the grip of major crackdown in Turkey
An ongoing crackdown on the media in Turkey has led to the arrests of
more journalists and raids on their homes. The European and the
International Federation of journalists (EFJ/IFJ) today denounced the
deterioration of democratic rule, of which press freedom is one of the
pillars.
On 22 July, Zehra Dogan, painter and editor at women’s news agency
JINHA, was arrested by police in Mardin, south-east of Turkey. She was
taken to the Nusaybin police office the following day. During the
interrogation, she was accused of “being a member of the terrorist
organisation PKK.”
The anti-terror prosecutor Irfan Fidan has also today issued arrest warrants for 42 journalists.
According to Anatolian News Agency, the journalists targeted are:
Abdullah Abdulkadiroğlu, Abdullah Kılıç, Ahmet Dönmez, Ali Akkuş, Arda
Akın, Nazlı Ilıcak, Bayram Kaya, Bilal Şahin, Bülent Ceyhan, Bülent
Mumay, Bünyamin Köseli, Cemal Azmi Kalyoncu, Cevheri Güven, Cihan Acar,
Cuma Ulus, Emre Soncan, Ercan Gün, Erkan Akkuş, Ertuğrul Erbaş, Fatih
Akalan, Fatih Yağmur, Habip Güler, Hanım Büşra Erdal, Haşim Söylemez,
Hüseyin Aydın, İbrahim Balta, Kamil Maman, Kerim Gün, Levent Kenez,
Mahmut Hazar, Mehmet Gündem, Metin Yıkar, Muhammed Fatih Uğur, Mustafa
Erkan Acar, Mürsel Genç, Selahattin Sevi, Seyid Kılıç, Turan
Görüryılmaz, Ufuk Şanlı, Ufuk Emin Köroğlu, Yakup Sağlam and Yakup
Çetin.
On his twitter account Bülent Mumay tweeted: “The only organisation
that I’m a member of is [the] Turkish Journalists Association [TGC]. My
only profession is journalism”.
Among those targeted by the warrants was prominent journalist and
former parliamentarian Nazli Ilicak who was fired from the
pro-government Sabah daily in 2013 for criticising ministers caught up
in a corruption scandal, NTV and CNN-Turk reported.
IFJ President Philippe Leruth said: “Since the failed coup we have had
to react even more against the media crackdown in Turkey. The new
arrest warrants revealed today are aimed, one more time, to target
journalists who are doing their jobs, criminalizing the journalistic
work. The Turkish people that went on the streets on 23 July were
showing their attachment to democratic values through their attachment
to authorities elected by votes. Press freedom is an essential
component of democracy. And clearly, it is even more at stake today.”
EFJ President Mogens Blicher Bjerregaard said: “We call again on the
NGOs and the international community to put pressure on the Turkish
government to reinstate a rule of law. More and more journalists are
facing intimidations, arrests or imprisonments and this purge must stop
immediatly. We stand in solidarity with our Turkish colleagues.”
In a sign of unrelenting targeting of media, the Turkish authorities
have banned publication of the special edition of the satirical
magazine LeMan after a court issued order on 20 July stopping the
printing and distribution of the issue. The following day, 300 staff at
the Turkish Radio and Television Corporation were suspended from their
jobs as part of the investigation into the Fetullah organisation (FETO)
– named as a terrorist organisation by the government- reports said. In
the meanwhile, 60 reporters, including editors, reporters and technical
staff were fired from the Cihan news agency by the Court-appointed
trustees.
Turkey has declared a three-month state of emergency and detained more
than 13,000 people in the military, judiciary and other institutions
following the failed coup aimed at toppling President Recep Tayyip
Erdogan on 16 July. Under the state of emergency, Turkish authorities
can hold suspects in detention without charge for up to 30 days before
they are taken to a judge to decide whether to remain in jail. (IFJ-EFJ, July 25, 2016)
Journaliste Nazli Ilicak placée en garde à vue
Une célèbre journaliste turque a été placée mardi en garde à vue dans
le cadre de l'enquête sur le coup d'Etat manqué du 15 juillet, a
rapporté l'agence de presse progouvernementale Anadolu.
Nazli Ilicak, figure de premier plan du monde des médias en Turquie,
fait partie des 42 journalistes contre lesquels la justice a émis des
mandats d'arrêt lundi, une décision qualifiée d'atteinte à la liberté
d'expression par des ONG de défense des droits de l'Homme.
Lundi, la police ne l'avait pas trouvée à son domicile d'Istanbul ni
dans la station balnéaire de Bodrum (sud) où elle passait ses vacances.
Elle a toutefois été arrêtée mardi lors d'un contrôle routier dans la
région de Bodrum, a rapporté l'agence de presse progouvernementale
Anadolu.
Mme Ilicak va être transférée à Istanbul où elle comparaîtra devant un
tribunal qui devra décider de la poursuite ou non de sa garde à vue.
L'arrestation de cette journaliste intervient dans le cadre de
l'enquête lancée par la justice turque contre les partisans de
Fethullah Gülen, prédicateur exilé aux Etats-Unis accusé par Ankara
d'avoir ourdi le putsch manqué.
Nazli Ilicak avait été licenciée du quotidien progouvernemental Sabah
en 2013 après avoir critiqué des ministres empêtrés dans un scandale de
corruption. A l'époque, le gouvernement avait accusé Gülen d'avoir
orchestré ce scandale de corruption touchant des ministres de Recep
Tayyip Erdogan.
Née en 1944, Mme Ilicak a également été députée au Parlement turc entre
1999 et 2001 pour le Parti de la Vertu, interdit en 2001 et précurseur
de l'AKP (islamo-conservateur) du président Erdogan.
Six journalistes sur les 42 visés par des mandats d'arrêt ont été
placés en garde à vue à ce jour et 11 auraient quitté le pays, selon
l'agence de presse privée Dogan.
D'autres figures des médias sont visées par ces mandats dont le
commentateur Bulent Mumay et le le rédacteur en chef de Fox TV en
Turquie, Ercan Gun.
Amnesty International a dénoncé des "purges basées sur l'appartenance
politique" et estimé que les derniers placements en garde à vue
représentaient "une restriction draconienne de la liberté d'expression".
Le régime du président Erdogan avait déjà été critiqué dans le passé
pour avoir réduit la liberté d'expression, des accusations qu'il
rejette vigoureusement. (AFP, 26 juillet
2016)
Le Cirque du Soleil annule quarante spectacles en Turquie
Le Cirque du Soleil, géant canadien du divertissement, a annulé 40
spectacles prévus en Turquie cet été en raison de la crise politique
dans le pays depuis la tentative de coup d'État, rapporte mardi la
presse locale.
"On n'était pas en mesure d'assurer la sécurité de nos employés", a
expliqué à la télévision publique Radio-Canada la porte-parole du
Cirque du Soleil, Marie-Hélène Lagacé.
Le spectacle Blüm était programmé du 16 août au 17 septembre dans le
cadre du festival "Expo Horticole 2016" de la ville d'Antalya, dans le
sud-ouest de la Turquie. Plus de 70 employés du Cirque étaient
mobilisés.
Depuis le coup d'État avorté du 15 juillet dernier, la situation en
Turquie suscite l'inquiétude à l'étranger et dans le pays. Le président
turc Recep Tayyip Erdogan a lancé une véritable chasse aux sorcières
contre le "virus" de la rébellion qu'il a imputée au prédicateur exilé
aux Etats-Unis Fethullah Gülen.
Plus de 13.000 Turcs ont placés en garde à vue après le putsch manqué
qui a pris le régime par surprise et fait 270 morts. Plus de 9.000
personnes sont en détention préventive et l'état d'urgence a été
instauré le 21 juillet. (AFP, 26 juillet
2016)
RSF: Après la tentative de coup d’Etat, la purge des médias s’intensifie
Une semaine après la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016,
Reporters sans frontières (RSF) dénonce l’intensification du
harcèlement des médias critiques en Turquie.
Interpellations de journalistes, saisie de tirages complets, adoption
de l’état d’urgence… Alors que la répression du coup d’Etat avorté du
15 juillet prend des airs des chasse aux sorcières, le climat est de
plus en plus lourd pour les médias turcs.
“Personne ne conteste la légitimité des autorités turques à préserver
l'ordre constitutionnel après cette tentative de coup d'Etat, déclare
Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’est et Asie centrale de
RSF. Mais la démocratie, à laquelle des centaines de civils ont donné
leur vie, ne peut être protégée en piétinant les libertés
fondamentales. Le caractère massif et arbitraire des attaques que
subissent les médias turcs depuis une semaine évoque plutôt une volonté
de revanche et de mise au pas. Il est temps que les autorités y mettent
un terme.”
Journalistes arrêtés, tirages saisis
Le 21 juillet, le journaliste et défenseur des droits de l’homme Orhan
Kemal Cengiz a été arrêté à l’aéroport Atatürk d’Istanbul. Le
chroniqueur d’Özgür Düşünce a été placé en détention, tandis que son
épouse Sibel Hürtaş, également journaliste, était libérée après
quelques heures.
Deux journalistes du quotidien conservateur Meydan, arrêtés le 20
juillet au cours d’un raid policier à leur rédaction d’Istanbul, ont
été remis en liberté le lendemain. Le directeur de la rédaction, Levent
Kenez, et sa rédactrice en chef, Gülizar Baki, sont accusés de
poursuivre une ligne éditoriale “semblable à celle d’un organe de
presse” de l’organisation FETÖ”. Cet acronyme officiel désigne comme
“terroriste” le mouvement du prédicateur Fethullah Gülen, ancien allié
du président Erdogan devenu sa bête noire et présenté comme le
responsable du coup d’Etat raté. La police a saisi tout le tirage du 20
juillet 2016, arguant du “bon déroulement de l’enquête” et de “la
possibilité de susciter la colère dans la société”. Meydan a depuis
lors mis un terme à ses activités, tout comme d’autres titres réputés
favorables à la confrérie Gülen, tels que le magazine Nokta ou la
chaîne Can Erzincan.
Le tirage de l’hebdomadaire Leman a également été saisi par la police
d’Istanbul, le 20 juillet, avant de pouvoir être distribué. La
couverture de ce numéro représentait Fethullah Gülen en uniforme de
commandant et plaidait pour l’établissement d’une commission d’enquête
internationale afin d’établir l’identité des responsables du coup
d’Etat avorté.
Purge et appels à la purge
Même les médias publics n’échappent pas à la purge. Osman Köse,
président de Habersen, syndicat défendant les professionnels du
secteur, a informé RSF qu’au moins six de ses membres avaient été mis à
pied, à titre conservatoire, dans le cadre de l’enquête ouverte pour
démasquer les membres et amis supposés de la confrérie Gülen. Au total,
plus de 300 employés des médias publics seraient concernés, notamment
au sein de la chaîne nationale TRT et de l’Agence Anatolie.
La chasse s’accentue aussi sur les réseaux sociaux, où le moindre
propos critique tend à être interprété comme un soutien ouvert au coup
d’Etat avorté. Le 18 juillet, le directeur de la rédaction du quotidien
pro-gouvernemental Güneş, Turgay Güler, a ainsi pris à partie le site
d'information T24 sur Twitter : “Le site de la terreur T24 continue de
mener son coup d’Etat. Mais comment cela est-il possible!!” puis
“Pourquoi T24, qui sert de base au coup d’Etat, est-il toujours
ouvert?” De nombreux journalistes, turcs comme étrangers, sont visés
par des messages d’intimidation allant jusqu’aux menaces de mort.
Un état d’urgence lourd de menaces
Conformément à la proposition du Conseil national de sécurité, le
gouvernement de Binali Yıldırım a décrété l’état d’urgence (OHAL) pour
une durée de trois mois, le 20 juillet. Cet état d’urgence se fonde sur
la loi n°2935 de 1983, dont l’article 11(e) prévoit que “l'impression
et la distribution de certains journaux, revues, brochures, livres,
tracts et autres peut être interdite. Leur introduction dans la région
soumise à l’état d’urgence peut être interdite et s’ils proviennent de
l’extérieur, leur importation peut être soumise à l’autorisation des
autorités. En cas d’interdiction, ces publications peuvent faire
l'objet de saisie.”
La possibilité pour un particulier de saisir la Cour constitutionnelle
en cas de violation de ses droits est suspendue, de même que la
possibilité de contester une mesure administrative. Entre sa première
introduction, en 1983, et sa levée complète, en 2002, l’état d’urgence
avait permis aux autorités de saisir ou d’interdire la distribution de
plus d’une vingtaine de périodiques dans les régions du sud-est à
majorité kurde. De nombreux journalistes avaient été arrêtés en toute
impunité et des journalistes étrangers avaient été expulsés du pays.
La Turquie occupe la 151e place sur 180 au Classement mondial 2016 de la liberté de la presse, établi par RSF.
Le CSA français déplore les purges dans les médias
Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), le régulateur français de
l'audiovisuel, a déploré mercredi la décision de son homologue turc de
retirer leur licence à de nombreuses radios et télévisions après le
coup d'Etat raté contre le président Recep Tayyip Erdogan.
"Le Conseil supérieur de l'audiovisuel exprime sa vive inquiétude à la
suite de la décision du Conseil suprême de la radio et de la télévision
(RTÜK), le régulateur des médias en Turquie, de retirer leurs droits
d'émission à de nombreuses radios et télévisions", écrit-il dans un
bref communiqué.
Le Conseil appelle "son partenaire de longue date au sein de la
Plateforme européenne des instances de régulation (EPRA) et du Réseau
des institutions de régulation méditerranéennes (RIRM) à ne pas mettre
en cause la liberté de communication et le pluralisme des médias,
garanties fondamentales d'une société démocratique".
Les purges opérées par le pouvoir turc depuis la tentative de coup
d'Etat vendredi ont touché de larges secteurs de la société, de l'armée
aux médias en passant par les universités.
Mardi, le RTÜK a retiré leur licence aux chaînes de télévision et de
radio liées, en relation et soutenant le "FETÖ/PDY" (acronymes
désignant le réseau du prédicateur Fethullah Gülen, exilé aux
Etats-Unis depuis 1999, accusé d'être l'instigateur du putsch, ndlr).
Selon Anadolu, l'agence des affaires religieuses (agence de presse
progouvernementale), cette décision concerne 24 chaînes de télévision
et radios et 34 journalistes, considérés comme proches de ce religieux,
ont été privés de leur carte de presse.
De son côté, le principal syndicat de magistrats français, l'Union
syndicale des magistrats (USM), avait dénoncé lundi la mise à l'écart
de près de 3.000 juges et de procureurs par l'exécutif turc, évoquant
"une purge aussi injustifiée qu'injustifiable".
(AFP, 20 juillet
2016)
Les autorités turques bloquent l'accès au site WikiLeaks
Les autorités turques ont bloqué mercredi l'accès au site WikiLeaks,
après la publication de près de 300.000 emails de responsables du parti
au pouvoir en Turquie, le Parti de la justice et du développement (AKP,
islamo-conservateur).
Wikileaks a précisé que ces courriers électroniques provenaient du site
internet du parti, akparti.org.tr, et tournaient principalement autour
d'affaires internationales et non "des questions les plus sensibles de
politique intérieure".
L'organisation, spécialisée dans la publication d'informations de
lanceurs d'alerte, a ajouté que ces emails avaient été échangés entre
2010 et le 6 juillet de cette année, et avaient donc été obtenus avant
la tentative de coup d'Etat du 15 juillet.
"WikiLeaks a avancé son calendrier de publication en réponse aux purges opérées par le gouvernement" depuis, a-t-elle précisé.
La source de ces emails "n'a aucun lien avec les éléments derrière la
tentative de coup d'Etat, ou un parti politique rival ou un Etat",
a-t-elle encore affirmé.
Un responsable turc a confirmé que le site internet de WikiLeaks avait
été bloqué en raison "de violation de la vie privée et de la
publication d'informations obtenues illégalement".
(AFP, 20 juillet
2016)
La Turquie retire leur licence aux radios et télévisions jugées proches de Gülen
Le Haut-conseil turc de la radio et de la télévision (RTÜK) a annoncé
mardi avoir retiré leur licence aux chaînes de télévision et de radio
proches du prédicateur Fethullah Gülen, accusé par Ankara d'être
derrière la tentative de putsch.
Dans un communiqué publié sur son site internet, le Haut-conseil
indique avoir annulé "tous les droits de diffusion et licences délivrés
par le RTÜK à toutes les organisations (radios et télévisions) (...)
liées, en relation et soutenant le FETÖ/PDY", des acronymes désignant
le mouvement de M. Gülen, en exil aux Etats-Unis.
Selon l'agence de presse progouvernementale Anadolu, cette décision concerne au total 24 chaînes.
Anadolu a également rapporté que 34 journalistes considérés proches de M. Gülen s'étaient vu retirer leur carte de presse.
Les médias proches de ce prédicateur ont déjà été la cible des
autorités. Le quotidien Zaman et l'agence de presse Cihan ont été
saisis en mars et leur direction confiée à des administrateurs de
l'Etat.
Les autorités turques ont déclenché une purge de grande ampleur dans la
foulée d'une tentative de coup d'Etat dans la nuit de vendredi et
samedi, faisant arrêter des milliers de personnes.
Au moins 25.000 fonctionnaires ont par ailleurs été suspendus ou limogés, selon un comptage de l'AFP. (AFP, 19 juillet
2016)
Joint statement: Charges against five Turkish journalists must be dropped
Charges of acquiring and divulging state secrets, membership of, and
administration of a terrorist organisation brought against five
journalists, including four former members of Taraf newspaper’s
editorial and investigative staff, must be dropped and one of the
accused, Mehmet Baransu, must be released immediately and
unconditionally, PEN International, English PEN, German PEN, Swedish
PEN, PEN America, ARTICLE 19, the Committee to Protect Journalists, the
European Federation of Journalists, the Ethical Journalism Network,
IFEX, Index on Censorship, the International Federation of Journalists,
Global Editors Network and Reporters Without Borders (RSF) said in a
joint statement today.
"These charges are a clear infringement of the right to free expression
and a free press in Turkey and must be dropped, and Baransu released.
It’s yet another example of abuses by the Turkish authorities of the
problematic Anti-Terror law to silence investigative journalists. The
law must be reformed without delay," said Carles Torner, Executive
Director of PEN International.
The charges concern Taraf editor, Ahmet Altan; deputy editor, Yasemin
Çongar; Taraf journalists Mehmet Baransu, Yıldıray Oğur and, a fifth
journalist, Tuncay Opçin. All five journalists are facing charges of
acquiring and divulging documents concerning the security of the state
and its political interests punishable by up to 50 years in prison.
Mehmet Baransu and Tuncay Opçin are facing additional charges of
‘membership and administration of a terrorist organization’ and face a
possible 75-year prison term.
The charges are detailed in a 276 page indictment, which was accepted
on 20 June 2016 by the Istanbul High Criminal Court, 16 months after
the initiation of the investigation. Baransu has been held in pre-trial
detention since his arrest on 2 March 2015. The journalists’ next
hearing is due to be held on 2 September 2016.
The indictments and the materials presented by the prosecutor in
relation to the case are open to very serious doubts, suggesting that
the charges are politically motivated.
While large parts of the indictment against the journalists focuses on
a series of controversial news reports, titled the ‘Balyoz
(Sledgehammer) Coup Plan’[1], published in Taraf between 20-29 January
2010, about an alleged military coup to overthrow the Justice and
Development Party (AK Party) government, the charges do not, in fact,
relate to this story. Indeed, the indictment does not suggest Taraf’s
decision to publish the Balyoz papers was criminal and Balyoz does not
figure in the specific charges presented at all.
Instead, the indictment brings charges of acquiring and divulging state
secrets against the five journalists concerning the ‘Egemen Operation’
plan – an out of date military war plan to respond to a Greek invasion.
However Taraf did not publish state secrets regarding this operation,
as a prior judgment of the Turkish Constitutional Court affirms.
"Beyond the simple problem of a lack of evidence, there are serious
concerns regarding the indictment which suggest it has been written to
obfuscate facts and to implicate the journalists in involvement in the
Balyoz case, an already controversial story, to limit public support
for their situation," said Erol Önderoğlu from Reporters Without
Borders (RSF).
Additionally, 46 pages of the indictment prepared against the former
Taraf journalists have been copied directly from the indictment against
Cumhuriyet journalists, Can Dündar and Erdem Gül, who exposed illegal
arms transfers by the Turkish Intelligence Service (MIT) into Syria and
were sentenced to prison for five years for this crime. The degree of
direct reproduction is evident from the fact that one paragraph of the
indictment even starts with the words “The Defendant Can Dündar.”
"The fact that large parts of the indictment have been copied from
another high profile case targeting journalists raises significant
concerns about the motivation and professionalism of the Prosecutor:
not only does this call into question the extent to which the facts and
evidence of the case have been properly examined, it reinforces
concerns that the charges may be politically motivated," said Katie
Morris, Head of the Europe and Central Asia Programme at Article 19.
PEN International, English PEN, German PEN, Swedish PEN, PEN America,
ARTICLE 19, the Committee to Protect Journalists, the European
Federation of Journalists, the Ethical Journalism Network, IFEX, Index
on Censorship, the International Federation of Journalists, Global
Editors Network and Reporters Without Borders call on the Turkish
authorities to immediately and unconditionally release Baransu and to
drop all charges that the five journalists face as a result of their
work in public interest. Such legal actions against journalists, result
in a pervasive "chilling-effect" among the rest of the media in the
country, which is compounded where fundamental fair trial safeguards
are not upheld.
------------------------
[1] These reports were based on a series of classified documents and
CDs acquired from an anonymous source. They led to widespread
discussion in the country, which prompted Turkish prosecutors to
initiate a controversial trial against the alleged coup-plotters named
in the documents. The army officers implicated in the alleged coup plot
revealed by Taraf have repeatedly claimed that the evidence against
them was fabricated. In 2014, Turkey’s highest court ruled that the
authorities had violated the officers’ right to a fair trial, leading
to fresh hearings and mass releases from prison; including releases for
several officers that had previously received sentences of up to 20
years in prison.
CPJ testifies on Turkey's press freedom record at US House
CPJ Europe and Central Asia Program Coordinator Nina Ognianova today
provided written testimony at a hearing titled "Turkey's Democratic
Decline," given before the Europe, Eurasia, and Emerging Threats
Subcommittee of the U.S. House Foreign Affairs Committee.
Ognianova's testimony focused on Turkey's crackdown on press freedom
and the key methods Turkish authorities employ to censor the opposition
and independent press. She also provided examples of how these methods
have been put into practice.
Turkey has intensified its repressive actions against the media in
recent months, Ognianova said. In an attempt to stifle criticism,
authorities have used broadly worded anti-terror laws; brought charges
against journalists under an archaic law that carries jail terms for
insulting the president; replaced the editorial management of
opposition media outlets and fired their staff; routinely imposed bans
on the reporting of sensitive stories; and has prosecuted and
imprisoned journalists on anti-state charges in retaliation for their
work.
"Despite Turkey's seeming defiance to international criticism of its
human rights and press freedom record, the government does take notice
of U.S. leaders' public statements and actions of support, and is in
turn moved to act on them," Ognianova said in the testimony.
New Initiative: Journalism is Not a Crime!
A group of journalists who have came together against the
ever-increasing pressure on the press in Turkey has started a new
initiative named “I’am a Journalist”.
The initiative established to protect freedom of press and become the
voice of journalists who have been arrested, threatened, silenced for
being a journalist, writing thruths and playing a part in the
professional solidarity, and to protect the peoples’ right to
information has started its first activity, as a banner campaign
published in newspapers and web sites.
For five days, the banner prepared with the slogans “Did you know?
Journalism is not a crime” in Turkish language and “Hûn Vê Dizanin?
Rojnamegerî Ne Sûc e” in Kurdish language will be published in the
newspapers, tv channels and web sites, which, despite all the
difficulties, have continued journalism activities.. Among the first
supporters alongside bianet, there are newspapers like Cumhuriyet
daily, Evrensel daily, Agos weekly, Azadiya Welat daily, BirGün daily,
Halkın Nabzı, Özgür Gündem daily, Yurt and the websites T24, P24,
Haberdar, Diken, Sendika Org, Jiyan, ABC, Journo, Dağ Medya, Solfasol,
İlke Haber and İMC.
Pointing out that the pressure targetting media and journalists has
even influenced foreign journalists and that journalism was being tried
to become a crime, the initiative has underlined that solidarity needs
to be grow stronger in such situations.
The statement made by the initiative says “Its imposibble to talk about
democracy in a community whose right to information has been
restricted. We will pull out all the stops to be voice of the people
who have been smeared, silenced and locked in the jail for performing
their jobs or supporting freedom of press. We are journalists and we
shout out: Journalism is not a crime!”
(BIA, July 8, 2016)
Can Dündar: Turkey is “the biggest prison for journalists in the world”
Turkish journalist, author and filmmaker Can Dündar spoke at the House
of Commons last week about the state of politics and media freedom in
Turkey. The event was hosted by the Centre for Turkey Studies and
chaired by Scottish Liberal Democrat peer Lord Jeremy Purvis of Tweed.
“I’ve come from the biggest prison for journalists in the world,”
Dündar told the audience. “There are close to 40 journalists imprisoned
in Turkey — we are competing with China.”
Dündar, the editor-in-chief of Cumhuriyet, was sentenced to five years
and 10 months in prison on 6 May 2016, just hours after a failed
attempt on his life by a gunman. Along with Cumhuriyet journalist Erdem
Gül, he was convicted of “leaking secret state information” for the
paper’s reports claiming that Turkey was sending weapons to Islamists
in Syria.
The pair were arrested and detained in November 2015, just days before
a meeting of the EU heads of state with Turkey, the first meeting of
its kind in almost six decades. “Turkey was not on the agenda because
it was a democratic country, but because of the need for Turkey
regarding the migrant issue,” Dündar explained.
Although he has been out of prison since February 2016, when he returns
to Turkey — which he defiantly said he will — he risks serving his
sentence.
Watching from his TV in solitary confinement during his stint in
prison, Dündar learned of the deal that Turkey would keep asylum
seekers from crossing into Europe, and in return the country would
receive €3bn and visa exemptions.
Asylum seekers were “held hostage” by Turkey, Dündar said. “I was
waiting until the end of the conference hoping there would be some
mention of the free press, but there was nothing.”
He has been a journalist for 35 years, working in television and in
print. “Throughout all these years working in the media, it has never
been a paradise, but I don’t think it’s ever been quite as hellish as
it is at the moment,” Dündar added. “We face oppression and censorship.”
The EU was due to release a report on Turkey’s lack of press freedom
just weeks before the summit and in time for the Turkish general
election. Dündar told the audience that following a meeting between
Turkish President Recep Tayyip Erdoğan and EU officials, the report was
delayed until after the general election.
Erdoğan’s Justice and Development Party achieved electoral victory and
a week later, the report was published. “The human rights record of
Turkey was condemned in strong terms,” Dündar said.
“For those of us who grew up in Turkey, in view of the Western,
democratic ideals, this was very disappointing,” Dündar told the
audience. “Europe is a great ideal, something to aim for.”
Dündar has lived through three military coups in Turkey. “Back then
there was serious censorship,” he said. “But Erdoğan has succeeded in
doing something the military couldn’t: he has instructed the media
moguls close to him to buy up newspapers and TV stations, establishing
a coup of friendly media.”
Dündar explains that these Erdoğan-friendly groups — mainly rich civil
engineering companies receiving favours from the president — control
60% of the media, while opposition media make up only about 5-10% of
the market.
Critics of Erdogan face further financial difficulty in the form of
harsh fines for “insulting” Erdogan — of which there have been over
3,000 cases. “The president takes any criticism as an insult,” Dündar
explained, joking: “He is the most insulted president in the world.”
Critical media outlets also find it difficult to generate revenue
through advertising because “any company advertising with us will also
face sanction”. The media faces further pressures in the form of
“severe tax bills” and the intimidation of journalists to “toe the
line”.
When journalists like Dündar aren’t visiting colleagues in prison and
attending court cases in support of friends, they are preparing for
their own hearings. And while they often win international awards for
their work, “we can’t eat those so we have to create resources”.
Although the situation in Turkey looks unpromising, Dündar told the
audience to remember that “there is another Turkey that believes in
democracy and secularism”. There exists a “great existential struggle”
and the aim for those like him “is to overcome this fear, but we have
to be brave and we have to unite”.
In this struggle, Dündar asked the people of Europe for “support and
solidarity” before Turkey “becomes a fascist regime”. He called on the
Western media to do more to draw attention to the crimes of Erdoğan.
(www.indexoncensorship.org)
Esra Mungan, Can Dündar Run For Sakharov Prize
Cumhuriyet daily’s Editor in Chief Can Dündar and academic Assist.
Prof. Dr. Esra Munfgan who had also signed the peace declaration of the
academics; “We will not be a party to this crime”, have been nominated
from Turkey as candidates for this year’s Sakharov Prize for Freedom of
Thought run by the European Parliament.
Dündar on his Twitter account has posted that he had been nominated a as a candidate together with Esra Mungan.
Also Rebecca Harms, the president of The Greens–European Free Alliance
group in the European parliament has announced Dündar’s and Mungan’s
nomination on her Twitter account.
Sven Giegold, European Parliament Spokesperson from the Greens Party
has posted on Twitter that they have nominated Can Dündar and Esra
Mungan who were their allies in Turkey for the Sakharov Prize. (EA/DG)
Sakhorov Prize
The Sakharov Prize, officially known as the Sakharov Prize for Freedom
of Thought and named after Russian scientist and dissident Andrei
Sakharov, was established in December 1988 by the European Parliament
as a means to honour individuals and groups of people who have
dedicated their lives to the defense of human rights and freedom of
thought.
The first prize was awarded jointly to South African Nelson Mandela and Russian Anatoly Marchenko. (BIA, July 8, 2016)
Le représentant de RSF en Turquie "confiant" avant son procès
Le représentant de Reporters Sans Frontières (RSF) en Turquie Erol
Önderoglu s'est dit "confiant" sur l'issue de son procès pour
"propagande terroriste" en faveur des rebelles kurdes, au lendemain de
sa remise en liberté conditionnelle avec une autre militante.
Ahmet Nesin, un écrivain-journaliste inculpé et incarcéré avec eux, a quant à lui été libéré vendredi.
MM. Önderoglu et Nesin, ainsi que Sebnem Korur Fincanci, présidente de
la Fondation des Droits de l'Homme (TIHV), encourent jusqu'à 14 ans et
demi de prison pour avoir participé à une campagne de solidarité avec
un quotidien pro-kurde.
"Je suis confiant par rapport à ma situation", a affirmé vendredi à
l'AFP M. Önderoglu, disant se sentir soutenu par la société civile
turque et la communauté internationale.
Son arrestation, le 20 juin, avait entraîné une avalanche de
protestations en Turquie et à l'étranger. La Turquie occupe la 151e
place sur 180 dans le Classement 2016 de la liberté de la presse,
publié par RSF.
La justice devra se rendre à l'évidence (...) je n'ai rien à voir avec
une quelconque propagande terroriste", a-t-il dit. "En 20 ans j'ai
signé des milliers d'articles, j'ai toujours soutenu la liberté des
médias et des journalistes, de tous bords politiques".
"Le travail des militants de la liberté d'expression est risqué dans la
Turquie actuelle mais ce n'est pas à eux ni à la société civile de
renoncer à leur combat", a-t-il martelé.
Le régime islamo-conservateur du président Recep Tayyip Erdogan, au
pouvoir depuis 2002, est accusé de museler la presse indépendante en
Turquie et d'avoir ces derniers mois multiplié les coups de butoir
contre les médias.
Le
procès de M. Önderoglu doit se tenir le 11 novembre devant la 13e
Chambre de la Cour d'assises d'Istanbul, a-t-il rapporté.
Le représentant de RSF a évoqué de "bonne conditions carcérales", une
semaine dans la prison stambouliote de Metris et trois jours dans celle
de Silivri, à la périphérie de la mégalopole. "Nous étions dans des
cellules isolées mais avions accès de 8H00 à 20H00 à une cour
d'aération", a-t-il dit.
"Je ne m'attendais pas à être libéré si vite", a-t-il toutefois indiqué.
M. Nesin, libéré vendredi, a quant à lui remercié sur son compte
Twitter "tous ceux qui soutiennent l'amour de la paix et de la
démocratie". (AFP, 1 juillet
2016)
Le représentant de RSF en Turquie et un autre militant remis en liberté conditionelle
Le représentant de Reporters Sans Frontières (RSF) en Turquie, Erol
önderoglu, et un autre militant, écroués il y a dix jours pour
"propagande terroriste" en faveur des rebelles kurdes, ont été remis
jeudi en liberté conditionnelle, a annoncé RSF à l'AFP.
La seconde personne libérée de prison est Sebnem Korur Fincanci, la
présidente de la Fondation des Droits de l'Homme (TIHV), ont indiqué
les médias locaux.
Un troisième militant, Ahmet Nesin, un écrivain-journaliste, inculpé et
incarcéré avec eux pourrait éventuellement lui aussi retrouver
prochainement la liberté en fonction d'une décision des juges, a-t-on
souligné de mêmes sources.
Les poursuites judiciaires à leur encontre ne seront cependant pas
abandonnées. Un procureur d'Istanbul a réclamé jusqu'à 14 ans et demi
de réclusion criminelle pour les trois personnes pour avoir participé à
une campagne de solidarité avec un quotidien pro-kurde.
Le secrétaire général de RSF Christophe Deloire s'est réjoui de la
libération des deux militants, dont son correspondant en Turquie depuis
1996. "On n'était pas d'un optimisme débridé même si le dossier est
totalement vide", a déclaré M. Deloire joint par l'AFP à Munich. "Il y
a déjà eu un refus de mise en liberté (la semaine dernière, ndlr) et
vraisemblablement la pression internationale a beaucoup joué," a-t-il
dit.
M. Deloire s'est demandé "si la concomitance de la libération (du
correspondant de RSF) avec la reprise des négociations d'admission de
la Turquie avec l'Union européenne" à Bruxelles "n'est qu'une
coïncidence, ou s'il y a un lien".
M. Önderoglu avait été récemment transféré de la prison stambouliote de Metris à celle de Silivri, dans la banlieue d'Istanbul.
Les trois militants avaient pris en mai symboliquement à tour de rôle
la direction éditoriale du journal Özgür Gündem, dans le collimateur de
la justice et des autorités turques qui l'ont obligé plusieurs fois à
fermer.
Ces arrestations ont entraîné une avalanche de protestations en Turquie
et à l'étranger. La Turquie occupe la 151e place sur 180 dans le
Classement 2016 de la liberté de la presse, publié par RSF.
Le régime islamo-conservateur du président Recep Tayyip Erdogan, au
pouvoir depuis 2002, est accusé de museler la presse indépendante en
Turquie et d'avoir ces derniers mois multiplié les coups de butoir
contre les médias.
L'Union européenne notamment s'est alarmée des restrictions de la
liberté de la presse en Turquie avec son cortège de poursuites contre
des journalistes et de prises de contrôle de journaux et de
télévisions. (AFP, 30 juin
2016)
Kurdish
Question / Question kurde
Rassemblement de prokurdes contre le putsch et l'état d'urgence
Quelques milliers de militants prokurdes se sont rassemblés samedi à
Istanbul, pour dire leur opposition aux putschistes mais aussi à l'état
d'urgence décrété par le président Recep Tayyip Erdogan, ont constaté
des journalistes de l'AFP.
Rassemblés à l'appel du principal parti prokurde (HDP) dans un quartier
du nord d'Istanbul, les protestataires ont scandé "Non au putsch!",
tandis que les orateurs se relayaient sur une estrade marquée du
slogan: "Non au coup, la démocratie tout de suite !"
"Nous ne voulons pas de coup d'Etat militaire", a déclaré à l'AFP
Latifa, 30 ans et sympathisante du parti démocratique des peuples
(HDP). Mais, a-t-elle ajouté, "la politique d'Erdogan n'est pas en
faveur de la démocratie. Nous voulons la démocratie, mais pas sa
démocratie".
Après le coup d'Etat avorté qui a secoué la Turquie dans la nuit du 15
au 16 juillet, le gouvernement turc a lancé une vaste purge notamment
dans l'armée, la justice et l'enseignement afin d'en expurger les
partisans du prédicateur Fethullah Gülen, accusé d'être l'instigateur
du putsch.
Quelques jours après l'instauration de l'état d'urgence, qui renforce
notamment les pouvoirs des services de sécurité, le gouvernement a
annoncé samedi une série de mesures comme la fermeture d'un millier
d'écoles privées et l'extension de quatre à 30 jours de la durée
maximale de garde à vue.
"La garde à vue de 30 jours, cela revient à une torture en soi", a
dénoncé lors du rassemblement à Istanbul Selahattin Demirtas, chef de
file du HDP et avocat de formation.
"Lutter contre le putsch est juste, légitime, justifié. Mais les
mesures que vous avez prises vont ouvrir la voie à plus d'injustices",
a-t-il ajouté.
M. Demirtas, régulièrement ciblé par M. Erdogan, a appelé à mettre "de
côté la colère, la haine et la polarisation. La société attend de nous
la paix."
(AFP, 23 juillet
2016)
KNK: Turkey’s Failed Coup and Erdogan’s Anti-Kurdish Agenda
On 15thJuly 2016 an unsuccessful attempt at a coup happened in Turkey.
Even at this early stage, the post-coup process obviously will have
important consequences. It is important to understand that this process
was started on the 7th June 2015, when Erdogan lost the elections and
conducted an anti-democratic intervention into the results. It is
important to make a comprehensive analysis of the coup in order to
understand the potential outcomes.
Before everything, it is important to specify that this coup was not
undertaken by Gulenists. Due to the conflict between the AKP and the
Gulenists, sympathisers of Gulen may have taken part in the coup
attempt. But by saying “the Gulenists attempted the coup” they are
trying to make a platform in which they can suppress Gulen’s supporters
even more. By labelling the coup as Gulenist, they are hoping to rally
support in order to take revenge on the coup plotters. In other words,
they are trying to kill two birds with one stone.
It is evident that this attempt was backed by a large part of the
army. If they had planned and executed it more professionally, it may
have had a chance to succeed. In this regard, it cannot be said that it
was undertaken by Gulenists or a minority; there isn’t enough of a
Gulenist presence in the army to pull off a coup.
Maybe many of the coup plotters who are waging the war against the
Kurds in Kurdistan were not practically involved, but it has been
understood that many of the Generals in the region supported the coup.
They were careful because their participation would have hampered their
war effort against the Kurds. However, many of the Generals in the war
against the Kurds have been detained as supporters of the coup.
An insistence on war strengthened the hands of the coup-plotters
When the AKP couldn’t solve the Kurdish question, it veered towards a
war of destruction against the Kurdish Freedom Movement in the past
year. Especially towards the end of 2014 and the 7th June 2015
election, the coup mechanism was in place and resulted in the attempt
at a fascist coalition. When Erdogan veered off towards war, the army
became the main player. Tayyip Erdogan and the AKP were dependent on
the army in their war against the Kurdish Freedom Movement.
When Erdogan decided to intensify the war and sent the army to destroy
Kurdish towns, the coup mechanism was set in place. During the war, the
army strengthened its own hand against Erdogan. This is because the
army can only become a central player in Turkish politics while it is
in a war against the Kurdish Freedom Movement. So after a period in
which the army had lost its centrality in Turkish politics, through
Erdogan’s notion that “we won the war in the cities, we destroyed the
PKK”, the army once again gained the confidence to attempt a coup. This
coup wanted to redesign Turkish politics. The statement by the
coup-plotters clearly points towards this.
“We fought the war, we should do the politics”
The coup-plotters are a new nationalist wing, separate from the
Ergenekonists [traditional nationalist statists]. This new trend has
been shaped by an opposition to the policies of the AKP. We might even
say that the changes made in the AKP’s foreign policy (renewing
relations with Israel and Russia, and a change of policy towards Egypt,
Iraq and Syria) may have stimulated this new formation. This
coup-plotters, who can also be called ‘neo-nationalists’, have closely
witnessed the cooperative relationship between the AKP and ISIS. Due to
the fact that they are on the frontlines where this relationship is
being implemented, they have learnt how the relationship between the
AKP and ISIS is handled. If the coup had been successful, they would
have prosecuted the AKP for supporting ISIS with backing from the West.
It seems as though the coup-plotters’ approach was: “Turkey’s main
political problem is the Kurdish question, and we are the ones on the
front line, so we should shape the politics of Turkey.” When civilian
governments do not have any policies in solving the Kurdish question,
the coup mechanism is always functioning. The fact that they named
themselves “The Council of Peace in the Country” is a reflection of
their thinking that “we will conduct the politics when it comes to the
Kurdish question”. In short, their approach was “whoever is fighting
the PKK should dominate politics and own Turkey”.
After the coup attempt: Sectarian nationalism will create a Turkish ISIS
After the coup was defeated, the AKP and its allies declared themselves
as the “will of the people” and “democratic forces”. The AKP now hopes
to strengthen its grasp on power and their anti-Kurdish,
anti-democratic system. In this regard the representation of the AKP,
its supporters and its allies as the defenders of democracy is a
dangerous development; the AKP can more easily implement its
anti-Kurdish, anti-democratic policies.
Given that the AKP’s allies are the Nationalist Movement Party (MHP)
and chauvinist nationalists, a rise in anti-Kurdish sentiment and
anti-democratic approaches can be expected. These forces have become
even more tightknit after the coup attempt; this will lead to a
deepening of genocidal policies against the Kurds. Just as this coup
attempt has emboldened the AKP, its allies and the nationalists, it has
also radicalised the sectarian nationalist circles close to the AKP.
This will lead to a new breed of Turkish ISIS-like formations, such as
Osmanli Ocaklari, a paramilitary group organised by Erdogan himself.
They are already organising in European countries; links between them
and ISIS are already being discussed. These sectarian nationalist
trends will further radicalise and become repressive forces against any
opposition to the AKP. Many of the people who took to the streets
during this period were from these organisations. It can be expected
that these groups will step up their attacks against the Kurdish
people. The freedom forces of the Kurdish people and the democratic
forces of the country should prepare themselves against these attacks.
What the AKP will do -- and the responsibilities of democratic forces
There are statements that say “this coup attempt should be turned into
an opportunity and platform for democratization”. These calls are made
with good intentions but need to be followed up. All attempts at a coup
can be blocked by democratisation. However, the anti-coup rhetoric of
some is not grounded in a democratic mentality; rather it is more to do
with the ongoing power struggle. These people aren’t democrats or
anti-coup! These people had already taken power through a coup against
democracy. For this reason, democratisation cannot be expected of these
people in order to hinder possible coup attempts. These people will use
this coup attempt in order cover their real faces and intentions. They
have already started doing this.
In this regard, to expect that the AKP will take steps to democratise
the country in response to this coup attempt is nothing but
self-deception. One needs to take a closer look at Erdogan and the
alliances of his Gladio. Nothing other than anti-Kurdish sentiment and
anti-democratic development can be expected from this coalition. And
when the AKP eventually discards these allied groups, the sectarian
nationalist groups will radicalise and become Turkey’s version of ISIS.
Under the ideological and political umbrella of the AKP, a more radical
version of the Muslim Brotherhood will be formed in the region. Tayyip
Erdogan will see this coup attempt as an opportunity to make
preparations and take steps towards this end. There already are
sectarian nationalist factions within the police force. Erdogan saw the
actions of these groups during this coup attempt. Turkey will become a
police state. The police will become an alternative armed force to the
army.
The forces of democracy must reanalyse the situation after this coup
attempt. The fascism of the AKP will seek to suppress all democratic
forces. They will try to get all factions of society to obey its rule.
Any opposition will be labelled as ‘coup-supporters’ and will be
brutally suppressed. If the forces of democracy do not act to change
this situation, Erdogan will force everyone into submission. In this
regard, the forces of democracy must understand the reality of the AKP
and its allies and must form a new front for resistance.
(KNK, 20 July
2016)
L'armée bombarde le PKK en Irak pour la 1ère fois depuis le putsch avorté
L'armée turque a bombardé des positions du Parti des travailleurs du
Kurdistan (PKK) dans le nord de l'Irak pour la première fois depuis le
putch avorté contre le président Recep Tayyip Erdogan, tuant 20
militants, a annoncé mercredi l'agence Anadolu.
Des F-16 de l'armée ont frappé tard mardi des positions du PKK kurde
dans la région de Hakurk, faisant 20 morts parmi les combattants
kurdes, a annoncé l'agence progouvernementale, citant des sources
sécuritaires. Le nord de l'Irak abrite les hauts commandants de la
guérilla kurde.
Ces raids sont annoncés cinq jours après la tentative de putsch lancée
par un groupe de militaires rebelles, dont certains de l'armée de
l'air, qui a déclenché une vaste purge au sein de l'armée, mais aussi
de l'enseignement et de l'audiovisuel en Turquie.
L'ex-chef de l'armée de l'air, le général Akin Oztürk, a été arrêté et
mis sous écrou, mais a nié toute responsabilité dans la tentative de
coup d'Etat, imputée par Ankara aux réseaux du prédicateur exilé
Fetullah Gülen.
Ces raids interviennent aussi à la date anniversaire de la reprise des
combats, après plus de deux ans de cessez-le-feu, entre Ankara et les
kurdes, dans une guerre qui a fait 40.000 morts en 32 ans dans le
Sud-Est majoritairement kurde et s'intrique totalement dans la
problématique syrienne. (AFP, 20 juillet
2016)
Curfew Declared in 16 Villages of Silvan
According to statement made by Diyarbakır Governorship, an operation
has been launched on July 12 at 04.00 a.m. with the purpose of locating
the shelters, households, storage areas and seizing the supplies used
by organisation members in the area between Kelovan Tepe - Hizin Tepe -
Medevir Tepe - Çatak Neighbourhood - Çatakköprü District and Cevzala
Tepe.
In accordance with the article 11/C in Law of Provincial Administration
no. 5442 entrances and exits to the villages of Silvan; Ormandışı,
Babakaya, Çatak, Kayadere, Gürpınar, Arıköy, Taşpınar, Çiğdemli,
Demirkuyu, Kazandağı, Bahçe, Eskiocak, Çatakköprü have been banned as
of July 12, 2016, 04.00 a.m.
In addition to the above mentioned villages, the entrances and exit to
Düzalan, Adak and Üçkardeş villages of Silvan also have been banned and
curfew has been declared as of 07.30 a.m. until further notice.
(BIA, July 14, 2016)
HRW: State Blocks Probes of Southeast Killings
(Istanbul) – The Turkish government is blocking access for independent
investigations into alleged mass abuses against civilians across
southeast Turkey, Human Rights Watch said today. The alleged abuses
include unlawful killings of civilians, mass forced civilian
displacement, and widespread unlawful destruction of private property.
The government should promptly grant the United Nations Office of the
High Commissioner for Human Rights permission to enter the area and
investigate according to its standards.
Since the July 2015 breakdown of a peace process to end the
decades-long conflict between the Turkish state and the armed Kurdistan
Workers’ Party (PKK), violence and armed clashes in the southeast
region have escalated. During security operations since August, the
authorities have imposed blanket, round-the-clock curfews on 22 towns
and city neighborhoods, prohibiting all movement without permission.
The curfews also prevent non-governmental organizations, journalists,
and lawyers from scrutinizing those operations or any resulting abuses
by security forces or armed groups. Authorities have blocked rights
groups – including Human Rights Watch, Amnesty International and
Physicians for Human Rights – from trying to document abuses even after
curfews and operations ended.
Security operations and armed clashes in Cizre from December 2015 to
February 2016 damaged homes in the affected neighborhoods. The
authorities began demolition immediately afterwards.
“The Turkish government’s effective blockade of areas of the southeast
fuels concerns of a major cover-up,” said Emma Sinclair-Webb, senior
Turkey researcher at Human Rights Watch. “The Turkish government should
give the UN and nongovernmental groups immediate access to the area to
document what’s going on there.”
Most of the deaths, destruction, and mass displacement occurred in nine
towns, including Cizre. More than 355,000 people have been temporarily
displaced within towns or to other nearby towns and villages, or to
other regions of Turkey. At least 338 civilians have been killed in
places where security forces and the Civil Protection Units (YPS), the
armed group linked to the PKK, have clashed.
(Full text: https://www.hrw.org/news/2016/07/11/turkey-state-blocks-probes-southeast-killings)
Peace in Kurdistan: Oppose the EU refugee deal with Turkey
No European Union deal with Turkey on refugees until the Turkish
government demonstrates a willingness to end its war on the Kurdish
people and begins negotiations with their representatives instead of
imprisoning and killing them.
The flow of refugees out of Syria constitutes a humanitarian crisis and
presents the European Union and its member states with a profound
political challenge. Democratic values and respect for different
peoples are threatened by totalitarian and racist tendencies that
exploit anxieties exacerbated by the so-called “refugee crisis”. The
European Union must confront the challenges both within its constituent
countries and in its relations with other states, in particular with
Turkey. Threats to democracy and peace have to be faced and overcome.
EU policy-makers have resorted to constructing a fortress capable of
“weathering the storm,” and diverting refugees and other migrants.
Civil liberties have been curbed and surveillance increased in a battle
against terrorism. Such policies may be electorally-expedient, but they
are short-sighted and ultimately counterproductive. The causes of chaos
and destruction in the Middle East need to be addressed, and this
includes in Turkey.
Recent developments in Turkey demonstrate that the conflict and chaos
in the Middle East and the war in Syria has spilled over into the
Kurdish region inside Turkey.
(Full text: https://peaceinkurdistancampaign.com/2016/07/11/oppose-the-eu-refugee-deal-with-turkey/)
Europa Nostra's Letter to UNESCO Meetings on the destruction in Kurdistan
The Hague, 8 July 2016
Mrs Irina Bokova
Director General
UNESCO
Dear Madam Director General,
Europa Nostra, the European Federation of Cultural Heritage
Organisations which maintains close and fruitful relations with the
European Union and UNESCO, is deeply concerned about the armed
conflicts in the South East of Turkey, which, in the past months, have
not only cost the lives of hundreds of civilians in more than ten
historical towns, but is also causing the destruction of cultural,
social and economic urban life, as well as a large number of registered
cultural heritage sites. Since the destruction of this multi-cultural
historical heritage in Northern Mesopotamia with roots going back to
millennia means, at the same time, the destruction of the heritage of
humanity, we felt it incumbent upon us to bring this cultural and human
tragedy to the attention of all concerned, at the moment when the World
Heritage Committee is about to start its 40th annual session in
Istanbul.
The most recent reports of the Venice Commission (European
Commission for Democracy through Law), the Council of Europe
Commissioner for Human Rights, the UN High Commissioner for Human
Rights, Human Rights Watch, International Crisis Group, FIDH
(Federation Internationale des Droits de l’Homme), beyond the daily
newspaper reports and those from local human rights groups, increase
our serious concern regarding the situation in the region from day to
day. Since September 2015, 60 different curfews were issued by local
governors, some lasting for months without a break, with highly
doubtful international or national legal justification. Armed clashes
have caused irreparable damage to hundreds of historical mosques,
churches and other, civilian architectural sites, as well as to
thousands of dwellings, with hundreds of thousands of people made
homeless.
As an important instance, in the walled city of Sur, the
historical centre of Diyarbakir, declared a Historical Conservation
Site since 2012 and buffer zone to the fortifications, a World Heritage
Site by UNESCO since 2015, the great majority (more than 80%) of the
buildings are to be expropriated according to a law passed at the end
of Mach 2016. According to relying reports, large swathes have been
bulldozed and turned into empty fields and barren boulevards in
neighbourhoods boasting of hundreds of cultural heritage sites. More
than twenty five thousand people have been forced to find refuge
outside the city. Tens of cultural historical landmarks have been
damaged or destroyed, including the St. Giragos Church, whose exemplary
restoration received in 2015 a European Heritage Award given jointly by
the European Union and Europa Nostra.
We share the views expressed by the above-mentioned
organisations that such measures are in violation of the international
guidelines regarding the proportionality and effective control of the
employed force or the protection of the lives and rights of the
inhabitants in crisis situations, and therefore totally unacceptable.
Entry into large parts of Sur are still prohibited, and the government
has declared that totally new neighbourhoods are to be constructed,
with no consultation either with the Diyarbakir Metropolitan
Municipality, the Site Management Directorate, or the more than 300
civil society organisations making up the Sur Conservation Platform.
In the light of the above alarming situation, EUROPA NOSTRA calls upon
the competent authorities in Turkey to respect the human rights
of the inhabitants, abide by the norms of rebuilding / recovery under
conflict conditions, and to adopt a participatory approach, in close
cooperation with the municipalities and Site Management Directory,
professional organisations and the local inhabitants; and also
the World Heritage Committee of UNESCO which will hold its
ordinary meeting in Istanbul in the coming days, to put this very
drastic situation with all of its different aspects on its agenda, and
to offer specialised international professional assistance to this
recovery process which should be conducted with effective local
participation, respecting the preferences of the local inhabitants and
strictly abiding by the professional standards and internationally
recognized good practices of cultural heritage site management in
conflict zones.
We kindly ask you to transmit this appeal to all members of the
World Heritage Committee, including the host country of this year’s
annual meeting of this Committee.
Giving your very strong personal commitment to the safeguard of
cultural heritage in times of conflict, we remain confident that Europa
Nostra and the civil society organisations active in the field of
heritage from all over Europe, including Turkey, can count on your
personal attention to such serious destructions of invaluable cultural
heritage, some of which concerns the World Heritage Site of Diyarbakir.
We keep the hope that with the help of international organisations
(both governmental and non-governmental), the Turkish authorities will
put an end to the on-going deplorable practice of destructions of
invaluable heritage in the South-East of Turkey.
Europa Nostra stays at the disposal of UNESCO to provide any further advice or assistance on this matter.
Wishing every success to the forthcoming annual session of the World Heritage Committee in Istanbul,
Yours sincerely,
Denis de Kergorlay
Executive President of Europa Nostra
Copy:
H.E. Ambassador Huseyin Avni Botsali, Permanent Representative of Turkey to UNESCO
Minorités
/ Minorities
Nouvelles tensions germano-turques après le vote sur le génocide arménien
Le gouvernement d'Angela Merkel a insisté lundi pour qu'Ankara lève son
opposition à une visite de députés allemands sur une base turque où
stationne la Bundeswehr, nouvelle pomme de discorde dans les relations
déjà tendues entre les deux pays.
"Il est nécessaire que nos députés puissent se rendre auprès de la
Bundeswehr sur la base d'Incirlik" dans le sud de la Turquie, où sont
stationnés des soldats allemands dans le cadre de la lutte contre
l'organisation Etat islamique, a déclaré à la presse le porte-parole de
la chancelière, Steffen Seibert.
La Turquie a récemment empêché la visite d'une délégation de
parlementaires allemands sur place, après le vote le 2 juin par les
députés allemands d'une résolution reconnaissant le génocide arménien
de 1915 sous l'empire ottoman. Une initiative qui a ulcéré Ankara.
- 'armée parlementaire' -
Le porte-parole a rappelé que les missions de la Bundeswehr étaient
strictement encadrées par les députés allemands, qui ont donc un devoir
de contrôle, et même employé à ce sujet l'expression d'"armée
parlementaire".
La chancelière est elle-même montée au créneau au cours du week-end,
tentant d'obtenir le feu vert de la Turquie lors d'une rencontre en
marge du sommet de l'Otan à Varsovie avec le président Recep Tayyip
Erdogan. Elle a reçu une fin de non recevoir.
"Les dissensions ne disparaissent pas après seulement un tel entretien", a-t-elle déclaré à l'issue.
Le vice-Premier ministre turc Numan Kurtulmus a justifié lundi le
blocage par le fait que des parlementaires n'avaient rien à faire sur
un site de l'armée.
"Pour nous il s'agit d'une affaire militaire", a-t-il dit, alors que
"du côté allemand la question d'Incirlik ou de l'envoi de soldats
allemands est sous l'autorité du parlement allemand (...) la visite
n'est pas encore certaine, les discussions continuent".
Mais il ne fait guère de doute qu'il s'agit surtout d'une mesure de
rétorsion après le vote du Bundestag sur le génocide arménien.
Selon le quotidien Hurriyet de lundi, le président Erdogan a signifié à
Angela Merkel lors de leur entretien du week-end son malaise au sujet
de la résolution et lui a dit qu'il attendait que le gouvernement
allemand prenne ses distances publiquement avec le texte.
- menace de retrait -
Face au blocage turc, le ton commence à monter en Allemagne, dont les
relations avec la Turquie ont déjà été envenimées récemment par une
satire télévisée du président Erdogan diffusée sur une chaîne publique
allemande. Le chef de l'Etat a porté plainte contre l'auteur du
pamphlet, Jan Böhmermann.
Les attaques et menaces personnelles dont ont été victimes les députés
allemands d'origine turque de la part de médias ou responsables en
Turquie ont suscité aussi un vif émoi à Berlin et conduit le président
du Bundestag à protester publiquement.
Plusieurs députés ont appelé au retrait des soldats allemands de la base d'Incirlik si Ankara ne devait pas céder.
Cette base aérienne est utilisée par l'Otan dans le cadre de la lutte
contre l'EI. Des chasseurs turcs, américains, britanniques mais aussi
allemands y sont déployés. Les Tornados allemands sont chargés de
mission de surveillance et l'Allemagne contribue aussi au
ravitaillement des appareils en vol dans la zone.
Le président Erdogan "risque un retrait de la Bundeswehr par son
attitude", a jugé Andreas Scheuer, le secrétaire général de la CSU, la
branche bavaroise du parti conservateur d'Angela Merkel.
"Il faut que ce soit clair, un refus durable de la part de la Turquie
peut amener la fin de la participation allemande à la mission de
l'Otan" sur place, lui a fait écho Niels Annen, du parti
social-démocrate.
Angela Merkel préfère pour le moment la voie du dialogue car elle a
besoin de la Turquie notamment dans le cadre de l'accord passé avec
l'UE pour contenir le flux de réfugiés venant de Syrie vers l'Europe. (AFP, 11 juillet
2016)
Ancient City of Ani to be Discussed at UNESCO Meeting in Istanbul
THE UNESCO World Heritage Committee will convene in Istanbul
from the 10th to the 26th of July, to discuss the addition of 29 sites
to its World Heritage List including the ancient capital city of Ani in
the eastern district of Kars, Turkey.
A short drive away from the eastern city of Kars to the
Turkish/Armenia border sits the ruins of medieval Ani that was the
ancient capital city of the Bagratid Armenian kingdom. Open as a
tourist attraction, the numbers of visitors are relatively small. This
may be because tourism in that area of Turkey generally consists of
independent travellers or visitors wishing to get off the beaten track.
Regardless, representing an insight into Armenian heritage,
frustration arose in the past because of a lack of research funding
forcing concern about the existing structures that were in danger of
collapsing. Acceptance to the UNESCO World Heritage site list may
result in funding to support further archeological digs that will
preserve and uncover as much of the ancient city as possible.
Also called the city of 1001 churches, although Ani covers a
considerable distance, only a few historical landmarks have been
uncovered. These include the church of the holy redeemer dating from
the 11th century, the church of Saint Gregory of Tigra Hornets from
1215, the church of the Holy Apostle and it's marvellously intact city
walls.
Another main reason to further archeological digs at Ani is that
some artefacts found during digging projects of the 19th and 20th
centuries showed a connection with Persia, China, Europe, and the
Byzantine Empire. All these contribute towards Ani’s status as a major
route of the ancient Silk trading road that stretched from Asia to
Europe.
Restoration work at the old city of Ani has already received
funding and assistance from the World Monument Fund, a non-profit
organization dedicated to saving the world most treasured places. They
had initially placed Ani on their endangered list due to years of
neglect, earthquakes, vandalism, and restoration work completed by
novices and those without necessary qualifications or knowledge.
Without a doubt, their assistance has significantly helped to preserve
the existing structures of Ani, but an addition to the UNESCO World
Heritage list will further ensure the preservation of this ancient
medieval Armenian city for many generations to come.
https://www.turkeyhomes.com/
La France la pénalisation de la contestation du génocide arménien
Les députés ont voté à l'unanimité vendredi un amendement
gouvernemental au projet de loi "Égalité et citoyenneté", qui permettra
de pénaliser la contestation ou la banalisation de l'ensemble des
crimes contre l'humanité, dont l'esclavage et le génocide arménien.
Cet amendement, voté en première lecture, pénalise cette négation d'un
an d'emprisonnement et 45.000 euros d'amende. C'était une promesse de
François Hollande, lors de sa campagne électorale, après la censure en
février 2012 d'une précédente loi pénalisant la contestation du
génocide arménien qui avait déclenché la fureur d'Ankara.
Les crimes concernés sont ceux de "génocide", les "autres crimes contre
l'humanité", "les crimes de réduction en esclavage ou d'exploitation
d'une personne réduite en esclavage" et "les crimes de guerre", selon
l'amendement voté.
"Alors que seule la négation de la Shoah est aujourd'hui réprimée, ce
texte permettra de sanctionner la contestation ou la banalisation de
l'ensemble des crimes contre l'humanité ou des crimes de guerre, de
manière non limitative, dès lors qu'ils auront été reconnus par une
juridiction", a expliqué la secrétaire d'État à l'Égalité réelle Ericka
Bereigts.
"Il permettra, au-delà et de manière plus générale, de prendre en
compte des crimes historiquement reconnus, même si leur ancienneté
exclut de fait toute possibilité pour la justice de se prononcer,
lorsque leur contestation ou leur banalisation sera commise dans des
conditions incitant à la haine ou à la violence", a-t-elle ajouté.
Ce texte "vaudra pour le génocide arménien", a assuré Mme Bereigts aux députés.
Au nom de la liberté d'expression, le Conseil constitutionnel avait
censuré une loi votée en 2011 qui pénalisait un génocide "reconnu par
la loi française" (comme le génocide des Arméniens). Cette fois-ci, le
texte ne parle plus de génocide reconnu par la loi mais par une
juridiction.
"C'est un moment historique", se sont félicités plusieurs députés de droite et de gauche. (AFP, 1 juillet
2016)
Politique
intérieure/Interior Politics
Après le putsch raté, Erdogan veut encore renforcer son pouvoir
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé samedi vouloir
contrôler directement les services de renseignement et les chefs
d'état-major de l'armée, renforçant encore son pouvoir deux semaines
après un putsch raté.
"Nous allons introduire une petite réforme constitutionnelle (au
Parlement) qui, si elle est approuvée, fera passer le service national
de renseignement (MIT) et les chefs d'état-major (de l'armée) sous le
contrôle de la présidence", a-t-il déclaré sur la chaîne de télévision
A-Haber.
Pour être adoptée, cette réforme devra recueillir une majorité des
deux-tiers au Parlement. Le gouvernement islamo-conservateur de l'AKP
aura donc besoin du soutien de certains partis d'opposition.
Deux de ces derniers ont rencontré M. Erdogan il y a quelques jours et
s'étaient dit prêts, selon le Premier ministre Binali Yildirim, à
travailler sur un changement de la Constitution.
- Ecoles militaires fermées -
Le président turc a par ailleurs annoncé samedi son intention de fermer
toutes les écoles militaires et de les remplacer par une université
nationale chargée de former les forces armées.
Ces déclarations interviennent alors qu'Ankara a procédé cette semaine
à un important remaniement de l'armée, dont près de la moitié des
généraux (149) ont été limogés après la tentative de putsch de la nuit
du 15 au 16 juillet.
Une petite partie des militaires, dont de hauts gradés, s'étaient
emparés de chars, avions de chasse et hélicoptères pour renverser le
pouvoir, semant la panique dans les rue des grandes villes. Environ 270
personnes avaient trouvé la mort.
Instauré peu après l'état d'urgence pourrait être prolongé, comme l'a
fait la France après les attentats jihadistes, a déclaré M. Erdogan.
Depuis le 15 juillet, 18.699 personnes ont été placées en garde à vue
et 10.137 d'entre elles ont été inculpées et placées en détention
préventive, selon M. Erdogan.
Dix-sept journalistes sur les 21 qui ont comparu devant un tribunal
d'Istanbul se sont ainsi réveillés en prison samedi, inculpés pour
leurs liens présumés avec "une organisation terroriste", selon l'agence
de presse officielle Anadolu.
Ankara accuse le prédicateur en exil aux Etats-Unis, Fethullah Gülen,
et les partisans de son mouvement, qualifiés de "terroristes", d'avoir
organisé le coup d'Etat manqué.
Parmi les journalistes enfermés derrière les barreaux figurent Nazli
Ilicak, une figure des médias et ancienne députée du parti AKP de M.
Erdogan, ainsi que d'anciens membres de la rédaction du quotidien
Zaman, pro-Gülen jusqu'à sa reprise en main par le pouvoir en mars.
- 'Ne pas répéter l'erreur' -
"Ces détentions sont inacceptables", a estimé l'éditorialiste turc Mustafa Akyol dans le quotidien Hurriyet.
"Ce n'est pas normal d'arrêter des journalistes, ce pays ne devrait pas
répéter ce genre d'erreurs", a dit le commentateur Bulent Mumay, un des
quatre remis en liberté, cité par l'agence de presse privée Dogan.
Le chef de la diplomatie turque Mevlut Cavusoglu a estimé nécessaire de
faire le tri entre les putschistes et ceux "qui font du vrai
journalisme".
Alors que plus de 2.700 juges ont été suspendus, il est "inconcevable"
d'envisager des procès équitables pour les milliers de suspects, a
déclaré à l'AFP le juge français Marcel Lemonde, expert pour un
programme du Conseil de l'Europe pour la modernisation de la justice
turque entre 2012 et 2014.
Il a dénoncé "une indépendance de la justice systématiquement battue en
brèche" par le pouvoir et "un climat de terreur" qui se répand dans le
système judiciaire turc depuis 2013, après une période (2002-2012) où
d'importants progrès avaient été enregistrés.
Un total de 758 militaires ont par ailleurs été libérés vendredi soir
dont 62 étudiants de l'Académie d'Istanbul dont certains âgés de moins
de 20 ans.
Alors que des responsables européens ont critiqué l'ampleur des purges,
le président Erdogan a conseillé aux Occidentaux de "se mêler de leurs
affaires", dans un discours prononcé depuis son palais présidentiel
vendredi soir.
"Ces pays dont les leaders ne sont pas inquiets pour la démocratie
turque, ni pour la vie de nos citoyens (...) alors qu'ils sont
tellement préoccupés par le sort des putschistes, ne peuvent pas être
nos amis", a-t-il lancé.
Signe de la tension avec l'UE, le président de la Commission
Jean-Claude Juncker a estimé que l'accord UE/Turquie pour freiner
l'afflux de réfugiés en Europe occidentale risquait de capoter.
(AFP, 30 juillet
2016)
CHP Leader's meeting: a submission to Tayyip Erdogan
Hundreds of thousands of flag-waving Turks massed on Sunday for the
first cross-party rally to condemn the coup attempt against President
Recep Tayyip Erdogan.
The event was called by the Republican People's Party (CHP), many of
whose members carried Turkish flags and photos of party's founder
Mustafa Kemal Ataturk.
To signal patriotic unity and make the rally a cross-party event, it
was joined by Erdogan's Islamic-conservative AKP, whose followers have
rallied in support of the president every night since the failed putsch.
Despite the fact that Erdogan is the principal responsible of the
current chaos in the country, Kiliçdaroglu avoided to raise any
criticism against him and made a declaration condemning military coups
and praising democracy in general.
He also read aloud a 10-point manifesto of democracy in which there is
not any thing against the ongoing bloody repression in Kurdish
provinces and the denial of the 1915 Genocide.
He did not make an proposal for the peaceful solution of Kurdish Question.
Kiliçdaroglu's 10-point manifesto:
1: The 15 July coup attempt was against our parliamentary democracy.
2: All political parties opposed the coup and presented a common front.
3: We are against all kinds of coups and moves against our parliamentary democracy.
4: The right of the people to resist is a legitimate means of protecting democracy.
5: Secular, social democratic society is cornerstone of our democracy.
6: Our division of powers between legislature, judiciary and executive is vital.
7: All previous cases like Ergenekon and Balyoz should be looked into.
8: The state structure needs to be cleared of nepotism and based on meritocracy.
9: Faith, identity and lifestyle people should be free in this country… This country deserves the best form of democracy.
10: The state cannot be run based on hate and vengeance. The rule of
law needs to prevail. Torture, pressure in response to the coup attempt
would put state and putschists on same page and shouldn’t be allowed.
Islamist dictator Erdogan seems so satisfied of CHP Leader's
submission, he invited him to his presidential palace together with
ultra-nationalist MHP's leader.
Kurdish HDP leader Selahattin Demirtas was not invited to the presidential palace. (Info-Türk, July 25, 2016)
Le gouvernement va élaborer une nouvelle Constitution avec l'opposition
Le gouvernement turc est prêt à travailler
avec les principaux partis d'opposition pour élaborer une nouvelle
Constitution, a déclaré lundi le Premier ministre Binali Yildirim,
après des mois de blocage sur cette question.
"Tous les principaux partis sont prêts à commencer à travailler à une
nouvelle Constitution", a déclaré M. Yildirim à la presse à Ankara,
précisant que la question avait été réglée lors d'une réunion entre le
président Recep Tayyip Erdogan et deux responsables de l'opposition
plus tôt dans la journée, consacrée aux conséquences de la tentative de
putsch militaire du 15 juillet.
Il y aura d'abord "un petit changement" constitutionnel. "Le travail est en cours à ce sujet", a-t-il dit.
Le travail commencera alors pour élaborer une toute nouvelle
Constitution, a-t-il expliqué, un des sujets les plus controversés de
la politique turque ces derniers mois.
La Constitution actuelle a été élaborée après le coup d'Etat de 1980,
et le gouvernement appelle depuis longtemps à son changement.
Le parti AKP au pouvoir du président Erdogan voudrait introduire un
régime présidentiel, mais le Premier ministre n'en a pas fait mention
lundi soir.
Le président Erdogan, dont le parti AKP est majoritaire au parlement,
avait rencontré dans la journée lundi les dirigeants de deux partis
d'opposition, Kemal Kilicdaroglu pour le Parti républicain du peuple
(CHP) et Devlet Bahceli pour Parti du mouvement nationaliste (MHP),
dans le but d'harmoniser leurs positions après le coup.
Le leader du Parti démocratique du peuple (HDP, prokurde) Selahattin
Demirtas n'avait pas été invité mais M. Yildirim a dit que le HDP
pourrait aussi prendre part aux discussions sur l Constitution.
Il a aussi confirmé que la gendarmerie, chargé de la sécurité
intérieure, et les gardes-côtes seraient désormais placés sour
l'autorité du ministère de l'Intérieur, au lieu de l'armée.
M. Yildirim a par ailleurs annoncé que le premier pont construit
au-dessus du Bosphore à Istanbul allait être rebaptisé en hommage aux
victimes de la tentative de putsch du 15 juillet.
Ce pont, ouvert en 1973 et connu simplement sous le nom de Pont du
Bosphore, sera nommé Pont des Martyrs du 15 juillet, a précisé M.
Yildirim à la presse après une réunion du conseil des ministres en
soirée.
Le Premier ministre a expliqué ce choix par le fait que ce pont avait
été "la première cible des comploteurs" le soir du 15 juillet, ce qui
avait causé la mort de plusieurs civils.
Ce pont - endroit stratégique reliant l'Europe à l'Asie - avait été
bloqué par des soldats rebelles dans la soirée du 15 juillet, un des
premiers signes visibles pour la population d'Istanbul qu'un coup
d'Etat était en cours. Cette tentative de putsch a dfait 270 morts.
Avec le soutien d'hélicoptères, ces troupes avaient tiré sur la foule
de partisans du président Recep Tayyp Erdogan venus s'opposer à eux.
Les rebelles s'étaient finalement rendus sur le pont après avoir été
surpassés en nombre par les opposants au coup d'Etat. (AFP, 26 juillet
2016)
Le maître espion d'Erdogan dans la tourmente après le putsch
Le patron des puissants services de renseignement turcs, Hakan Fidan, a
été vivement critiqué par le président Recep Tayyip Erdogan après le
coup d'Etat manqué la semaine dernière, mais il reste en selle. Pour
l'instant.
"On ne change pas de cheval au milieu du gué", a déclaré M. Erdogan,
interrogé sur un éventuel limogeage de son maître espion, lors d'un
entretien à la chaîne France 24 diffusé samedi, sans écarter toutefois
une future décision en ce sens.
"Si nous devons prendre de telles décisions, je vais évaluer ces
éventuelles conséquences avec mon Premier ministre", a déclaré M.
Erdogan.
L'avenir de M. Fidan, considéré comme l'un des hommes les plus
puissants de Turquie, fait l'objet d'intenses spéculations depuis que
le président et le Premier ministre turcs ont souligné que la tentative
de coup d'Etat, dans la nuit du 15 au 16 juillet, avait mis au jour des
failles du renseignement.
M. Erdogan a publiquement déploré avoir appris qu'un putsch se tramait
par son "beau-frère" et Binali Yildirm a déclaré en avoir été informé,
"15 minutes" après son déclenchement, par "nos gardes du corps et nos
concitoyens, par nos compagnes et nos amis".
M. Erdogan a reçu vendredi soir pendant deux heures M. Fidan, nombre
d'observateurs s'attendant à ce que le chef du MIT présente sa
démission. Mais il n'en a "pas été question", assure M. Erdogan.
Selon le quotidien Hürriyet, toutefois, le président turc a vivement
tancé M. Fidan, ce dernier répondant qu'il était "prêt à faire ce que
vous me commandez de faire".
Elément troublant, plusieurs médias turc ont rapporté que le MIT avait
eu vent qu'un coup d'Etat se préparait plusieurs heures avant son
déclenchement, sans en informer le président.
- 'Cher Hakan, pourquoi... ?' -
Et, circonstance aggravante pour M. Fidan, M. Erdogan a indiqué
qu'après avoir reçu notification du coup, il avait essayé de joindre le
chef du renseignement, sans succès.
"Imaginez un peu: cette nouvelle surgit et le président est dans
l'impossibilité de joindre le chef de la principale agence de
renseignement", a déploré cette semaine le vice-Premier ministre
Nurettin Canikli sur la chaîne d'information NTV. "Même si on observe
la situation de la manière la plus optimiste, il y a eu une faiblesse
dans le renseignement".
Né en 1968 à Ankara, ancien simple sous-officier, Hakan Fidan est
depuis son arrivée à la tête du MIT en 2010 au coeur de tous les
dossiers sensibles, notamment le conflit kurde et la guerre en Syrie,
dont il rend directement compte au président.
Il est depuis longtemps considéré comme l'un des plus loyaux envers ler
président Erdogan qui, en 2012, l'avait ainsi décrit: "Il est le
gardien de mes secrets, le gardien des secrets de l'Etat".
Le putsch manqué signera-t-il sa disgrâce ? Plusieurs éléments
troublants s'ajoutent aux failles apparentes: l'état-major turc a
indiqué qu'il avait été informé par le MIT au sujet du putsch à 16H00
locales.
"Cher Hakan Fidan (...) pourquoi n'as-tu pas partagé l'information
confidentielle au sujet du coup avec le moindre homme politique lorsque
tu l'as reçue ?", interroge le chroniqueur Ahmet Hakan dans les
colonnes de Hürriyet.
Selon la chaîne CNN-Türk, après l'alerte donnée par le MIT à
l'état-major, M. Fidan a tenu une réunion avec des généraux de haut
rang à 17H30 le 15 juillet.
Ils ont ensuite, selon la chaîne, pris des mesures qui ont forcé les
putschistes à avancer de plusieurs heures leur plan d'action qui aurait
dû débuter à 03H00 le 16 juillet avec la déclaration de la loi martiale
trois heures plus tard.
Au lieu de cela, ils ont lancé le coup dans la soirée du 15.
(AFP, 24 juillet
2016)
Erdogan provoque une polémique avec son idée de naturaliser des réfugiés syriens
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé que le gouvernement
travaillait sur un projet qui permettrait aux réfugiés syriens
d'obtenir la nationalité turque, une démarche susceptible d'attiser les
divisions internes en Turquie qui accueille 2,7 millions de Syriens.
Les déclarations de M. Erdogan ont suscité une
polémique sur les réseaux sociaux et nombreux étaient ceux qui
s'interrogeaient sur l'opportunité et la portée du projet.
"L'octroi de la nationalité ne devrait pas dépendre de la volonté d'une
seule personne. Un référendum est indispensable !", a affirmé Mohammad
Mohammad sur Twitter. D'autres internautes qui s'inquiétaient des
problèmes d'intégration des Syriens y ont vu une "manoeuvre" de M.
Erdogan pour enregistrer des centaines de milliers de nouveaux
électeurs pour passer au régime présidentiel qu'il veut instaurer en
Turquie.
"Je vais vous annoncer une bonne nouvelle. Nous allons aider nos amis
syriens en leur offrant l'opportunité s'ils le désirent d'acquérir la
nationalité turque", a dit l'homme fort de Turquie lors d'un discours
prononcé samedi soir dans la province de Kilis (sud de la Turquie), à
la frontière avec la Syrie, à l'occasion d'un dîner de rupture de jeûne
du Ramadan, ont rapporté les médias.
Le ministère de l'Intérieur devrait rapidement annoncer la procédure à
suivre pour la naturalisation, a-t-il dit. Il n'a pas précisé si tous
les réfugiés enregistrés comme vivant en Turquie seraient en mesure de
demander la citoyenneté, et n'a pas établi non plus les critères
d'admissibilité ou précisé combien de temps le processus prendrait.
"Nous vous considérons comme nos frères et soeurs, vous n'êtes pas
éloignés de votre patrie mais seulement de vos foyers et de vos terres
car la Turquie est également votre patrie", a poursuivi M. Erdogan
devant un groupe de réfugiés syriens.
La Turquie accueille sur son sol quelque 2,7 millions de réfugiés
syriens qui ont fui la guerre civile dans leur pays. La Turquie ne les
considère pas juridiquement comme des réfugiés mais comme des
"invités". 300.000 Irakiens qui ont fui l'avancée du groupe de l'Etat
islamique (EI) en Irak, ont aussi été accueillis en Turquie.
Le gouvernement turc avait déjà accordé des permis de travail et de résidence à un groupe restreint de Syriens.
Le mot dièse #ülkemdeSuriyeliistemiyorum
(#JeneveuxpasdeSyriensdansmonpays) est devenu une des tendances sur
Twitter en Turquie, beaucoup dénonçant les projets du régime turc alors
que d'autres déploraient une réaction exagérée, voire raciste.
"Cette réaction est tout simplement raciste, il faut avant tout une réflexion mesurée", estimait ainsi Omer Sloukas.
M. Erdogan, accusé d'autoritarisme par ses détracteurs, est aux rênes
de la Turquie depuis 2002, d'abord comme Premier ministre puis premier
président élu au suffrage universel en 2014. Il souhaite renforcer ses
prérogatives par un changement de la Constitution, un projet qui
suscite la farouche hostilité d'une partie de l'opinion publique et de
toute l'opposition au Parlement. (AFP, 3 juillet
2016)
Erdogan inaugure un pont, l'une de ses oeuvres pharaoniques
Le président islamo-conservateur turc a inauguré jeudi l'un de ses
méga-projets, le pont autoroutier du golfe d'Izmit, dans le nord-ouest
du pays, le plus gros chantier jamais lancé en Turquie, il y a trois
ans.
Baptisé Osman Gazi, du nom du sultan Osman 1er qui a donné son nom à la
dynastie ottomane au 14e siècle, ce pont sur la mer de Marmara, l'un
des plus grands ponts suspendus au monde (3 km), constitue le tronçon
principal du projet autoroutier Gebze-Orhangazi-Izmir, de 433
kilomètres de long.
"Il aurait dû être bâti il y a 50 ans mais nous l'avons (finalement)
fait", a dit le président Recep Tayyip Erdogan à la cérémonie
d'ouverture.
Cette autoroute doit raccourcir la durée de voyage entre plusieurs
villes et districts de la région de l'ouest industrialisé de la Turquie.
Le montant total des investissements pour le projet est de 9 milliards
de dollars et s'inscrit dans le cadre des ambitieux objectifs de
l'homme fort de Turquie pour l'année 2023, centenaire de la fondation
de la République turque.
L'an dernier, un ingénieur japonais qui travaillait sur le chantier
s'était suicidé parce qu'il se sentait responsable de la rupture d'un
câble, un fait divers qui avait défrayé la chronique en Turquie.
L'opposition et les défenseurs de l'environnement décrient les immenses
projets de M. Erdogan qui ont transformé le visage de la Turquie,
Istanbul en tête.
C'est le cas du troisième aéroport international, qui sort de terre au
nord-ouest de la mégalopole, décimant des forêts, et sera capable
d'accueillir 150 millions de passagers par an. Le projet devrait voir
le jour en 2017.
Autre projet, autre polémique : le troisième pont sur le Bosphore,
joignant les deux rives d'Istanbul, nommé d'après le sultan Selim 1er,
exterminateur au XVIe siècle de quelque 40.000 Alévis, une minorité
musulmane libérale.
D'autres projets devraient aussi se concrétiser, comme un canal entre
la mer Noire et la mer de Marmara qui devrait désengorger l'intense
trafic maritime sur le Bosphore. Quant à la gigantesque mosquée de
Camlica, qui doit dominer tout Istanbul depuis sa rive asiatique, elle
devrait être partiellement inaugurée vendredi soir avec de premières
prières. (AFP, 30 juin
2016)
Forces
armées/Armed Forces
Remaniement d'ampleur de l'armée attendu en Turquie
Le Premier ministre turc Binali Yildirim a rencontré jeudi la haute
hiérarchie militaire pour remanier une armée laminée par le limogeage
de près de la moitié de ses généraux depuis le putsch raté, dans le
cadre d'une purge qui frappe de manière tout aussi implacable les
médias.
Rien n'a filtré de la rencontre qui a duré cinq heures entre M.
Yildirim et ce qu'il reste de la hiérarchie militaire turque après la
purge radicale de l'armée. La télévision s'est bornée à montrer des
généraux aux visages graves.
Une annonce pourrait intervenir vendredi après cette réunion qui devait
décider du remplacement d'une partie du haut commandement. Signe de la
défiance du pouvoir, la rencontre ne s'est pas tenue comme d'habitude
au quartier général de l'armée mais dans la résidence du Premier
ministre à Ankara.
Le ministre de l'Intérieur Efkan Ala a annoncé à l'agence TGRT
Haber/Ihlas que la police serait désormais équipée d'armes lourdes, une
mesure visiblement destinée à contrebalancer le pouvoir de l'armée.
Le pouvoir islamo-conservateur du président Recep Tayyip Erdogan a
intensifié ces derniers jours "le grand ménage" destiné à mettre hors
jeu les partisans du prédicateur exilé Fethullah Gülen qu'il accuse
d'avoir ourdi le coup d'Etat, ce que nie ce dernier.
La chancelière Angela Merkel a redit la préoccupation de l'Allemagne
face à la riposte turque au putsch. "Mon inquiétude porte sur le fait
que les actions sont très dures et que le principe de proportionnalité
ne prévaut pas toujours", a-t-elle dit devant la presse.
Son ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a jugé
que les purges menées "dépassaient toute mesure" et que face à elles,
"on ne pouvait se taire", dans un entretien à un journal allemand.
Au total 149 généraux et amiraux ont été exclus de l'armée mercredi
pour leur "complicité dans la tentative de coup d'Etat", selon un
décret officiel.
Parmi eux, 87 hauts gradés de l'armée de terre, 30 de l'armée de l'air
et 32 de la marine. En outre 1.099 officiers ont été exclus pour cause
d'indignité.
Jeudi, juste avant la réunion du YAS, deux des plus importants généraux
ont démissionné: le chef de l'armée de terre, le général Ihsan Uyar, et
le chef des "entraînements et de la doctrine de commandement", le
général Kamil Basoglu, a rapporté l'agence de presse privée Dogan.
Une fraction de l'armée - environ 1,5% selon des chiffres officiels -
s'est soulevée contre le pouvoir dans la nuit du 15 au 16 juillet,
s'emparant d'avions de chasse et d'hélicoptères et semant la panique
dans les rues d'Ankara et d'Istanbul. Le putsch raté a fait 270 morts.
- Purge implacable des médias -
Outre l'armée, les médias sont en première ligne des purges avec
l'annonce officielle mercredi de la fermeture de plus de 130 d'entre
eux: 45 journaux, 16 chaînes de télévision, trois agences de presse, 23
stations de radio, 15 magazines et 29 maisons d'édition.
Certains étaient déjà injoignables jeudi et avaient cessé de diffuser.
L'ex-journaliste de Today's Zaman, Abdullah Bozkurt, qui a fondé une
agence de presse après la reprise en main du quotidien par le pouvoir,
a dénoncé sur son compte Twitter "la fermeture illégale" de son média.
Ces mesures viennent s'ajouter aux 89 mandats d'arrêts émis contre des
journalistes entre lundi et mercredi. Le pouvoir les accuse d'être liés
au réseau du prédicateur Gülen.
L'intensification de la purge dans les médias est un "grave coup porté
au débat public", ont estimé les représentants pour la liberté de la
presse de l'ONU et de l'Organisation pour la sécurité et la coopération
en Europe (OSCE), David Kaye et Dunja Mijatovic, dans un communiqué
commun.
Le chef de la diplomatie Mevlut Cavusolgu a déclaré que l'Allemagne
"devrait extrader" les juges et procureurs de "l'Etat parallèle" (les
gulénistes) se trouvant sur son sol.
Amnesty International a dénoncé des mesures qui "accroissent
l'atmosphère de peur" en Turquie et "laissent peu de doute sur le fait
que les autorités ont l'intention de faire taire les critiques au
mépris des lois internationales".
Sur sa page Facebook le photojournaliste Selahattin Sevi, visé par un
de ces mandats d'arrêt, a réagi: "J'ai toujours été contre toute
organisation ou pouvoir qui tenterait de renverser les gouvernements
élus démocratiquement en Turquie et je maintiens cette position".
Actuellement à l'étranger pour la préparation d'un livre, il a rappelé être descendu dans la rue contre le coup.
(AFP, 28 juillet
2016)
149 généraux et amiraux limogés après le putsch raté
Cent quarante-neuf généraux et amiraux ont été limogés de l'armée
turque pour leur implication dans le coup d'Etat raté du 15 juillet, a
annoncé mercredi soir un responsable turc.
"Ils ont été limogés pour leur complicité dans la tentative de coup
d'Etat", a déclaré ce responsable, précisant qu'il s'agissait de 87
hauts gradés de l'armée de terre, 30 de l'armée de l'air et 32 de la
marine.
Ces limogeages en nombre sont intervenus à la veille d'un Conseil
militaire suprême qui doit se tenir jeudi à Ankara en présence du
Premier ministre turc Binali Yildirim et des plus hauts responsables de
la hiérarchie militaire, afin de procéder à un ample remaniement de
l'armée.
Depuis le coup d'Etat raté du 15 juillet, 178 généraux avaient été
placés en garde à vue, soit la moitié des généraux et amiraux de
l'armée, selon des chiffres donnés par le ministère de l'Intérieur.
Si d'après des chiffres officiels, une petite partie de l'armée turque
--la deuxième plus importante en nombre de soldats après celle des
Etats-Unis-- a été impliquée dans le coup, le ministre de l'Energie et
gendre du président Recep Tayyip Erdogan a précisé que les partisans de
Fethullah Gülen, le prédicateur en exil qu'Ankara accuse d'avoir
fomenté le coup, avaient infiltré la haute hiérarchie militaire.
(AFP, 27 juillet
2016)
Humiliée et affaiblie, l'armée turque reste confrontée à l'EI et au PKK
Le putsch raté du 15 juillet laisse l'armée turque humiliée et saignée
à blanc au moment où elle est confrontée à la guérilla kurde et à la
lutte contre l'organisation Etat islamique (EI).
Son avenir se dessinera en partie jeudi lors d'un conseil militaire suprême à Ankara.
L'armée se relèvera-t-elle?
Avec 750.000 hommes, majoritairement des conscrits, elle est la
deuxième force de l'OTAN. Jusqu'en 2010, la Constitution en faisait "la
gardienne de la république turque" et de sa laïcité. Un prestige
révolu. Près d'un tiers de ses généraux (123) sont en détention, une
purge sans précédent, même si le président islamo-conservateur Recep
Tayyip Erdogan avait entamé le ménage dans cette institution héritière
du kemalisme.
Pour Sinan Ülgen, président du Centre pour les études économiques et de
politique étrangère d'Istanbul (Edam), "le coup d'Etat manqué aura des
répercussions sur la capacité de la Turquie à contribuer à la sécurité
régionale": "le moral et la cohésion" de l'armée "seront inévitablement
affectés". Une "confiance affaiblie" entre eux rendra "particulièrement
problématique la coopération entre l'armée, la police et le
renseignement", a écrit Sinan Ülgen dans une analyse après le putsch.
Certes, "la capacité d'Erdogan à motiver les militaires va être faible"
et l'épisode "va confirmer l'effacement de l'armée" du champ politique,
selon François Heisbourg, de l'International Institute for Strategic
Studies (IISS). Mais la purge va ouvrir "le champ à des promotions
inespérées, ce qui est très motivant". Ces nouveaux cadres devront
prendre leurs marques: "une question de mois plus que d'années", a dit
le chercheur à l'AFP.
Quelles conséquences face à l'EI?
Les Américains ont dû recourir à leurs générateurs sur la base
d'Incirlik d'où décollent depuis 2015 leurs bombardiers pour pilonner
les jihadistes en Syrie: les Turcs avaient coupé l'électricité.
Incirlik a été un coeur battant de l'insurrection. Son commandant, le
général Bekir Ercan, a été arrêté.
Pour Stephen Biddle, du Council on Foreign Relations basé à Washington
(CFR), Incirlik n'est toutefois "pas déterminante pour la campagne
contre l'Etat islamique". Elle rend "les frappes moins chères et plus
efficaces", mais d'autres bases pourraient faire l'affaire, ailleurs
qu'en Turquie.
Plus préoccupante est la détermination de la Turquie à contrôler ses
frontières. Celle-ci décidera de "la capacité de l'Etat islamique à se
financer par l'exportation et la contrebande, et à recevoir des
combattants étrangers", dit Stephen Biddle. Jusqu'à ce que la Turquie
ne devienne une cible de l'EI, ce contrôle a laissé à désirer. Si la
vigilance baissait, "cela aurait probablement plus de conséquences
négatives que la perte de bases", prévient Stephen Biddle.
Un coup dur face au PKK?
Les hostilités ont repris il y a un an dans le Sud-Est contre le Parti
des travailleurs du Kurdistan (PKK), coûtant la vie à près de 500
membres des forces de sécurité. Il faudra remplacer le général Adem
Huduti, commandant de la 2e armée chargée de cette guerre: il dort
derrière les barreaux.
Mais "la plupart des combats étaient menés par la gendarmerie",
relativise Bulent Aliriza du Center for Strategic & International
Studies (CSIS). Les gendarmes vont passer de la tutelle de la Défense à
celle de l'Intérieur. "Il est trop tôt pour dire" les conséquences de
cette réorganisation, poursuit Bulent Aliriza. Et elles seront
difficiles à déceler de l'extérieur, dans une institution très opaque.
La Turquie reste-t-elle un allié fiable?
La réponse d'Ankara au putsch a suscité "des interrogations sur la
fiabilité de la Turquie comme allié", juge Marc Pierini, ex-ambassadeur
de l'UE à Ankara et analyste de Carnegie Europe. De nombreux
interlocuteurs habituels des Américains et des forces de l'OTAN sont
aujourd'hui détenus.
Après cette nuit de chaos et dans un contexte acrimonieux avec Ankara,
les responsables américains "ne peuvent pas ne pas se poser" la
question des têtes nucléaires entreposées à Incirlik, selon François
Heisbourg. Mais les déplacer déteriorerait encore la relation avec les
Turcs.
Ces doutes envers un pays membre de l'OTAN depuis 1952 ne sont pas
nouveaux. Mais ils se renforcent dans un contexte de tensions entre
Occidentaux et Russie. Or, après des mois glaciaux, les relations entre
Ankara et Moscou se réchauffent: Recep Tayyip Erdogan doit rencontrer
début août son homologue Vladimir Poutine en Russie.
Pour Bruno Tertrais de la Fondation pour la recherche stratégique
(FRS), basée à Paris, une rupture avec l'OTAN "ne serait pas à
l'avantage d'Ankara, mais Erdogan est capable de décisions peu
rationnelles." (AFP, 26 juillet
2016)
La Turquie poursuit ses putschistes à l'étranger, deux généraux arrêtés
Des hauts gradés turcs servant pour l'Otan en Afghanistan ont été
arrêtés mardi à Dubaï, le "grand ménage" déclenché en Turquie dans les
heures ayant suivi le coup d'Etat du 15 juillet s'étendant pour la
première fois à l'étranger.
Les généraux devaient être transférés en Turquie pour être interrogés.
L'offensive contre les journalistes s'est également poursuivie avec le
placement en garde à vue d'une figure de premier plan des médias, Nazli
Ilicak, arrêtée en matinée lors d'un contrôle routier dans l'ouest du
pays. Elle fait partie des 42 journalistes visés par des mandats
d'arrêts délivrés lundi par les procureurs turcs.
La chasse aux sorcières lancée par le président turc Recep Tayyip
Erdogan contre le "virus" de la rébellion qu'il a imputée au
prédicateur exilé aux Etats-Unis Fethullah Gülen provoque de vives
inquiétudes à l'étranger et en Turquie.
Plus de 13.000 Turcs ont été mis en garde à vue après le putsch manqué
qui a pris le régime totalement par surprise et fait 270 morts et plus
de 9.000 sont en détention préventive.
Parmi eux, 143 généraux soupçonnés d'avoir été impliqués dans le putsch
raté, selon de nouveaux chiffres donnés mardi par la presse
progouvernementale turque.
Le général Mehmet Cahit Bakir, commandant des forces turques en
Afghanistan -- quelque 500 hommes -- et le général de brigade Sener
Topuc ont été arrêtés à l'aéroport de Dubaï, a annoncé un responsable à
l'AFP sous couvert de l'anonymat.
Ces arrestations sont le fruit d'une coopération entre les services de
renseignement turcs et les Emirats arabes unis, a rapporté l'agence de
presse progouvernementale Anadolu.
Ces deux généraux occupaient des postes élevés dans la mission "Soutien
résolu" visant à entraîner et conseiller les forces de sécurité
afghanes, selon le site de l'Otan.
"Le contingent turc continue sa mission", s'est borné à déclarer un
porte-parole de l'Otan en Afghanistan en refusant de donner tout autre
détail.
Un remaniement important de l'armée rendu nécessaire par l'ampleur des
purges --plus de 3.000 militaires en détention-- est attendu jeudi lors
d'un conseil militaire suprême à Ankara. (AFP, 26 juillet
2016)
La garde présidentielle turque va être dissoute
Les autorités turques vont dissoudre la garde présidentielle après
avoir arrêté presque 300 de ses membres à la suite du putsch avorté, a
annoncé samedi le Premier ministre Binali Yildirim.
"Il n'y aura plus de garde présidentielle, elle n'a pas de raison
d'être, on n'en a pas besoin", a déclaré M. Yildirim à la chaîne A
Haber. Au moins 283 membres de la garde présidentielle - un régiment
comptant 2.500 hommes - ont été arrêtés après le putsch manqué.
Des membres de cette unité faisaient partie d'un groupe qui a pénétré
dans les bâtiments de la télévision publique TRT durant la tentative de
coup d'Etat de la semaine dernière, a déclaré M. Yildirim. Ce groupe a
forcé une présentatrice à lire une déclaration proclamant la loi
martiale et l'instauration d'un couvre-feu.
Le Premier ministre a ajouté que 13.002 personnes avaient été placées
garde à vue après le coup d'Etat manqué, parmi lesquelles 1.329
policiers, 8.831 militaires, 2.100 juges et procureurs, et 689 "civils".
Il a ajouté que 5.837 personnes avaient été placées en détention, notamment 3.718 soldats et 123 généraux.
(AFP, 23 juillet
2016)
L'épuration se poursuit dans les services de sécurité
Le pouvoir turc poursuit l'épuration dans ses forces de sécurité, une
semaine après l'échec du coup d'Etat militaire dont le déclenchement a
pris en défaut son service de renseignement.
A Washington, le président Barack Obama a réfuté "une quelconque
implication des Etats-Unis" dans ce putsch qui a fait 265 morts dont 24
mutins.
Juste après le coup d'Etat, un ministre avait mis en cause les
Etats-Unis. Le président Recep Tayyip Erdogan a lui-même dit cette
semaine que "d'autres pays pourraient être impliqués" dans la tentative
de le renverser, sans les nommer.
Sourd aux critiques occidentales persistantes, Ankara, qui a instauré
l'état d'urgence, n'a pas observé de pause dans les purges massives:
283 militaires du régiment de la garde présidentielle ont été mis aux
arrêts, ont annoncé les autorités vendredi. Et 10.856 passeports de
service de personnes susceptibles de fuir ou déjà arrêtées, notamment
des fonctionnaires, ont été annulés.
M. Erdogan s'est entretenu avec le patron du service de renseignement,
le MIT, Hakan Fidan, tout-puissant il y a une semaine encore, mais qui
apparaît désormais fragilisé. Rien n'a filtré de cet entretien.
Autre mesure forte, le passage sous tutelle du ministère de l'Intérieur
de la gendarmerie, qui dépendait jusqu'à présent de la Défense. Cette
décision est considérée comme un coup porté au prestige de l'armée.
"La gendarmerie dépendra entièrement et définitivement du ministère de
l'Intérieur", a déclaré le ministre de l'Intérieur Efkan Ala.
Après six jours de soutien populaire massif dans les rues, le Premier
ministre Binali Yildirim a appelé les partisans de M. Erdogan à se
garder de tout esprit de "vengeance" à l'encontre des auteurs de la
tentative de putsch.
Vendredi soir, le président a appelé, devant les députés, ses partisans
à continuer à descendre dans les rues: "Chaque soir, le peuple est
dehors. Jusqu'à nouvel ordre, ne laissez pas vides les places" des
villes. Un rassemblement qui s'annonce massif est prévu dimanche place
Taksim.
- Un jour des martyrs -
La municipalité d'Istanbul a décidé de rebaptiser l'artère devant la
mairie "avenue des martyrs du 15-Juillet", date à laquelle il sera
chaque année rendu hommage aux victimes du putsch.
S'il a de nouveau fustigé les mutins, ces "monstres", Binali Yildirim a
également pointé le doigt vers les services de sécurité, notamment le
MIT. Il a expliqué avoir appris qu'un putsch était en cours 15 minutes
après son déclenchement, par "nos gardes du corps et nos concitoyens,
par nos compagnes et nos amis".
M. Erdogan avait déjà expliqué avoir appris par son beau-frère la
tentative de le renverser, n'échappant que de justesse à un commando
venu l'arrêter ou le tuer dans la station balnéaire de Marmaris (ouest)
où il était en vacances en famille.
Avant les mandats d'arrêt contre les soldats du régiment de la garde
présidentielle, il avait annoncé que 10.410 militaires, juges,
fonctionnaires avaient été placés en garde à vue, ainsi que la mise en
détention de 4.060 personnes.
Sont notamment concernés plus de 100 généraux et amiraux, une partie
importante de la hiérarchie d'une armée confrontée à la guérilla du
Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dans le sud-est d'une part et
à l'organisation Etat islamique (EI) de l'autre.
- L'inquiétude des prokurdes -
Il leur est reproché d'avoir fomenté ce putsch pour le compte du
prédicateur exilé aux Etats-Unis, Fethullah Gülen, dont l'extradition
devrait être bientôt demandée officiellement par Ankara. Dans un
contexte de tensions entre Washington et Ankara, M. Obama a prévenu que
cette éventuelle remise serait traitée conformément à la loi américaine.
L'état d'urgence proclamé pour trois mois offre de nouvelles armes pour
la riposte. Le gouvernement a exclu le couvre-feu. Mais un suspect
devrait pouvoir rester en garde à vue jusqu'à "sept-huit jours", voire
plus, a prévenu le ministre de la Justice Bekir Bozdag.
Selon les médias turcs, des tribunaux spéciaux pourraient être créés
pour juger les putschistes présumés dont les biens feront l'objet de
saisies jusqu'à la fin de l'enquête.
Des licenciements sans indemnités menaceraient les fonctionnaires ayant
un "lien direct avec FETÖ", acronyme utilisé par le pouvoir pour
désigner l'organisation de M. Gülen, qui nie toute implication.
Dans un entretien avec l'AFP, le chef du principal parti prokurde,
Selahattin Demirtas, a fait part de son inquiétude face à une possible
utilisation "abusive" de l'état d'urgence.
(AFP, 23 juillet
2016)
Legal shield for Turkish soldiers in repressive operations becomes law
A proposal to provide legal protection to soldiers taking part in
anti-terror operations and enable the participation of Turkish Armed
Forces (TSK) in operations in urban areas was made into law after being
published in the Official Gazette on July 14.
The law, which increases the authority of all soldiers participating in
security operations against groups listed as terrorist organizations,
also provides a legal shield to security officials by requiring
permission to launch probes in case of wrongdoings.
According to the bill amending the TSK Personnel Law, which was
approved by President Recep Tayyip Erdoğan later on July 13, trying
commanders or the chief of general staff will require permission from
the prime minister.
The permission mechanism will depend on the rank of the personnel, it
said, adding the permission of the local district governor would
suffice for probes into public personnel or on-duty soldiers.
As part of the bill, temporary village guards and voluntary guards will also be granted a legal shield.
The law also controversially enables the participation of the TSK in
operations in central provinces, in cases where the capabilities of the
police forces are deemed insufficient, upon a proposal from the
Interior Ministry and an approving decision from the cabinet.
Soldiers will be permitted to enter residences in order to provide
safety of life and property or apprehend certain people with the
written order of a commander. The decision of a unit’s commander will
be presented for a judge’s approval within 24 hours.
Apprehension, detention or arrest will not be able to be carried out
for military personnel due to an accusation until permission for an
investigation is granted. Alleged crimes committed during operations
will be regarded as military offences and a civil trial will not take
place.
A similar judicial shield was also previously granted to National
Intelligence Organization (MİT) personnel, with the Prime Ministry
granted authority to halt all investigations into MİT officials.
MİT chief Hakan Fidan was among the names from the MİT who was shielded from investigation by the Prime Ministry.
The draft version of the law was presented to the Turkish parliament on
June 7 and met with full support from the Nationalist Movement Party
(MHP), saying it “always stands by” security forces against terror.
“Most particularly, I would like everyone to rest assured and be at
ease that we will do our best to strengthen the Turkish soldier’s hand
in fighting terrorism and further enlarge the legal assurance that they
need,” MHP chair Devlet Bahçeli said on June 8.
Parliamentary debates over the controversial bill were inflammatory, as
scuffles broke out between lawmakers from the ruling Justice and
Development Party (AKP) and the Peoples’ Democratic Party (HDP), which
is focused on the Kurdish issue. The bill was approved by parliament
late on June 23, despite fights between deputies.
(hurriyetdailynews.com, July 14, 2016)
Arrest of admirals, majors in Turkish military espionage case
Prosecutors in the Aegean province of İzmir have released an arrest
warrant for two admirals and four navy majors for producing fake
evidence and blackmailing in a now-closed military spying case.
One major was arrested July 9 as part of the operation in ten province
across Turkey as other soldiers had health reports that postponed the
process.
A court in İzmir had acquitted in February 357 suspects, including
active duty soldiers, in the trial of a military espionage case where
the defendants were accused of “keeping confidential military
information and documents.”
The suspects in the recent operation are accused of blacklisting the
suspects in the former case and leakage. The prosecutors claim the
evidence in the former case was not provided by prostitutes but
produced by other soldiers and police officials.
After the acquittal of the former suspects, an inspection was launched
on a number of police officials, including former İzmir Police Chief
Ail Bilkay, for organizing a plot against soldiers and having links to
the U.S.-based Islamic scholar Fethullah Gülen, who is accused by the
government and President Recep Tayyip Erdoğan of attempting to topple
the government. (hurriyetdailynews.com, July 9, 2016)
Un hélicoptère militaire s'écrase, 7 morts, 8 blessés
Un hélicoptère militaire turc avec à son bord 15 personnes s'est écrasé
mardi en raison apparemment du brouillard dans la province de Giresun
(nord-est de la Turquie), faisant sept morts et huit blessés, a annoncé
l'armée.
"Sept de nos compagnons d'armes, leurs épouses et des enfants ont perdu
la vie", précise un communiqué de l'état-major des armées.
Le précédent bilan avait été fourni par le Premier ministre turc Binali
Yildirim. "Il y a des morts et des blessés (...) Cinq morts et
peut-être plus", a-t-il dit peu après l'accident aux journalistes à
Izmir (ouest).
Un général de brigade, responsable de la gendarmerie locale, et
plusieurs officiers se trouvaient dans l'appareil qui s'est écrasé vers
14H30 GMT dans le district d'Alucra, une région montagneuse de cette
province située sur la mer Noire où les conditions météorologiques
étaient peu favorables au vol, avait indiqué la chaîne d'information
CNN-Türk.
En outre des militaires, des civils et trois enfants, les familles de militaires, se trouvaient dans le Sikorsky S-70. (AFP, 7 juillet
2016)
Affaires
religieuses / Religious Affairs
Pas d'obsèques religieuses pour les putschistes tués
Les putschistes tués durant la tentative de coup d'Etat en Turquie
seront privés d'obsèques religieuses, a annoncé mardi l'Agence des
Affaires religieuses (Diyanet), la plus haute autorité islamique turque.
"Le service religieux ne sera pas assuré" pour les personnes mortes
dans les rangs des rebelles, a annoncé le Diyanet dans un communiqué.
"Ces personnes, par leurs actions, n'ont pas seulement piétiné les
droits d'individus, mais de tout un peuple, et n'ont ainsi pas mérité
les (...) prières", a-t-il ajouté.
L'armée a donné samedi un chiffre de 104 mutins tués lors de la tentative de coup d'état, qui n'a pas été réactualisé depuis.
Le gouvernement a lui par deux fois révisé à la hausse le bilan des
civils et membres des forces de sécurité tués dans les rangs
loyalistes, établi provisoirement à 204 personnes.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan avait participé dimanche à
plusieurs cérémonies mortuaires de ces victimes, officiellement
qualifiées de "martyrs". (AFP, 19 juillet
2016)
Les Turcs de Belgique et l'Islam selon CRISP
Extrait de @nalyse du CRISP:
La Turquie est une mosaïque culturelle et
ethnique hétérogène en raison de son histoire . Différentes
communautés peuvent être identifiées : d’une part, ce que l’on appelle
les Turcs ethniques et, d’autre part, des communautés qui se mélangent
relativement peu à ces derniers : les Kurdes, qui ne sont d’ailleurs
pas tous originaires du territoire turc, et des communautés qui ne sont
pas de confession musulmane, tels les chrétiens arméniens ou assyriens.
Ce que les spécialistes appellent les Turcs de Belgique n’inclut
que les Turcs ethniques résidant en Belgique.
Cette communauté est particulière de par son modèle migratoire, appelé
immigration en chaîne, et qui a débouché sur une très faible diversité
régionale des Turcs de Belgique 12 . Ceux-ci ont, pour la plupart, des
racines dans la ville turque d’Emirdag et ses environs. Cette
communauté a maintenu des liens avec le pays d’origine, une tradition
de mariage endogame y prévaut et le nationalisme turc y est répandu.
Les liens avec la Turquie sont cultivés par une administration turque
efficace. Ceux-ci sont parfois mobilisés par le pouvoir en place en
Turquie, comme le fit le président Recep Tayyip Erdogan dans le cadre
de sa campagne électorale de 2015 et 2016 en organisant des meetings en
Belgique. Ces différents éléments contribuent au maintien d’une
véritable communauté active et géographiquement identifiable.
Sur le plan religieux, cette communauté est principalement sunnite de
rite hanafite. Elle compte également une minorité alévie, un groupe
religieux chiite distinct du chiisme duodécimain iranien et que les
autorités turques tentent de rallier au sunnisme. En Belgique, le culte
sunnite turc se divise en plusieurs groupes d’influence.
D’une part,
on trouve la Diyanet, entité constituant le principal organisateur de
mosquées turques en Belgique, liée à l’islam officiel de Turquie. La
Diyanet compte ainsi près de 70 mosquées en Belgique et permet à
celles-ci d’avoir accès à des imams financés par l’État turc. Sous la
présidence de R. T. Erdogan, ce réseau a été accusé d’avoir une
position militante en faveur de l’AKP, parti de ce dernier.
D’autre
part, on trouve différentes entités associatives. Parmi celles-ci, les
plus importantes en Belgique sont Milli Görüs, la confrérie Suleymanci
et le mouvement fethullaci. Milli Görüs, entité née en Turquie en
opposition nationale-islamique à l’État turc laïque, s’est transformée
en Europe en une entité politico-religieuse mettant l’accent sur une
identité duale de musulmans belges mais d’origine turque. Son rôle
politique a diminué avec les succès électoraux de l’AKP du président
Erdogan. La confrérie Suleymanci prône une pratique islamique plus
mystique et spirituelle d’inspiration soufie, mais aussi individuelle
et apolitique.
Le mouvement élitiste fethullaci, plus controversé
au sein de la communauté turque de Belgique, est quant à lui lié à la
personne de Fethullah Gülen, un leader qui a été considéré comme un
allié puis comme un ennemi par le président turc Erdogan et son parti,
l’AKP. Tous ces mouvements sont en concurrence au sein de cette
communauté, mais ils ont en commun d’être fortement tournés vers la
Turquie.
Outre ces différences religieuses, « la » communauté des Turcs de
Belgique – dont on vient de voir la diversité – est également affectée
par l’existence d’une tension interne due à la question kurde et à
l’attitude de l’État turc à l’égard de celle-ci. La Belgique a ainsi
été le théâtre de dissensions parfois très vives entre membres de
groupes pro-kurdes et nationalistes turcs du mouvement des Loups gris.
La question de l’autonomie éventuelle des Kurdes est actuellement
ravivée par les affrontements au Moyen-Orient et dans l’est de la
Turquie.
(Photo: Ouverture par le bourgmestre de Saint-Josse Emir Kir de la première mosquée comprenant un minaret et appartenant à la confrérie
Suleymanci. La mosquée a été dessinée par l’architecte belgo-turc Sefik
Birkiye qui a également conçu le nouveau palais du président Recep
Tayyip Erdogan)
Le parti ISLAM veut créer des sections dans les 19 communes bruxelloises
Le parti compte des sections à Bruxelles-Ville, Anderlecht, Molenbeek
et Liège et s'apprête à créer une section à Jette avec l'aide d'un
transfuge du PS, Brahim Datoussaid, en vue des élections communales de
2018.
ISLAM (acronyme d'Intégrité, Solidarité, Liberté, Authenticité,
Moralité) entend également se professionnaliser, a confié son
vice-président, Michel Dardenne. Il organisera en décembre un congrès
national à Ostende.
ISLAM dit vouloir rassembler les Belges, représenter la diversité,
favoriser l'acceptation de la femme "quel que soit son couvre-chef". Il
milite en faveur de l'autorisation de l'abattage rituel.
En 2012, ISLAM avait décroché deux sièges de conseiller communal, l'un
à Anderlecht et l'autre à Molenbeek. Il s'était également présenté aux
régionales de 2014 à Bruxelles sans avoir d'élu. (LeVif, 15 juillet
2016)
Les ressortissants des pays turcophones dans les rangs jihadistes
Les autorités turques ont affirmé que les auteurs du triple
attentat-suicide ayant fait 44 morts et plus de 260 blessés à
l'aéroport d'Istanbul étaient un Russe, un Ouzbek et un Kirghiz.
Des milliers de ressortissants de l'ex-URSS ont rejoint les groupes
jihadistes en Irak et en Syrie, notamment au sein de l'organisation
Etat islamique, leur fournissant parmi les plus importants contingents
de combattants étrangers.
Près de 7.000 ressortissants des pays issus de l'éclatement de l'Union
soviétique ont rejoint des groupes jihadistes en Syrie et en Irak,
selon les services russes de sécurité. Parmi eux, environ 2.900 Russes,
dans leur plus grande majorité originaires des instables républiques
russes du Caucase telles que la Tchétchénie ou le Daguestan.
Avec le Caucase, qui fournit traditionnellement des bataillons de
combattants islamistes depuis le début des années 90 (en Bosnie puis en
Afghanistan et au Pakistan avant l'Irak et la Syrie), les pays pauvres
d'Asie centrale fournissent l'un des plus importants contingents de
jihadistes étrangers: entre 2.000 et 4.000 personnes originaires de la
région auraient rejoint les rangs de l'organisation État islamique
(EI), selon le cercle de réflexion International Crisis Group.
Selon les experts du Conseil russe des Affaires étrangères, les rangs
des organisations jihadistes en Syrie et en Irak comptaient déjà dans
leur rangs fin 2014 plus de 500 Ouzbeks, 360 Turkmènes, 250 Kazakhs,
190 Tadjiks et une centaine de Kirghiz.
- Qui sont-ils ? -
L'organisation Etat islamique et le Front Al-Nosra, branche syrienne
d'Al-Qaida, comptent dans leur rangs, parfois à des positions
importantes, de nombreux Tchétchènes.
Après la deuxième guerre de Tchétchénie au début des années 2000, la
rébellion tchétchène s'était progressivement islamisée et a fait tâche
d'huile dans tout le Caucase russe. Mais après avoir échoué à créer un
émirat dans la région, de nombreux combattants ont commencé à partir en
masse vers la Syrie à l'été 2012, tandis que les groupes restants
prêtaient allégeance à l'EI.
Le plus connu d'entre eux est surnommé Omar al-Chichani, plusieurs fois
donné pour mort par les Américains. Originaire des Gorges de Pankissi
en Géorgie, il est considéré comme l'un des plus redoutables
commandants de l'EI.
Des médias turcs ont identifié un Tchétchène du nom d'Akhmed Tchataïev
comme le cerveau de l'attentat de l'aéroport turc. Il serait le chef de
l'EI à Istanbul et aurait également organisé les attaques près de
Taksim (en mars) et Sultanahmet (janvier).
Au Tadjikistan, la défection en mai 2015 d'un ancien chef des forces
spéciales parti rejoindre l'EI en Syrie avait fait grand bruit après la
diffusion d'une vidéo dans laquelle il menaçait les autorités et
appelait ses compatriotes à prendre les armes.
Consciente de son attrait dans l'ex-espace soviétique, l'organisation
jihadiste a lancé en mai 2015 une version russe de son magazine
officiel, intitulé Istok ("La Source").
- Quelle menace ? -
Vladimir Poutine avait entre autres justifié son intervention fin
septembre dans le conflit syrien par sa volonté de prendre de vitesse
les jihadistes avant qu'ils ne reviennent en Russie commettre des
attentats.
Après plus de cinq mois de bombardements, le ministre russe de la
Défense Sergueï Choïgou s'était targué d'avoir éliminé près de 2.000
d'entre eux.
Le Conseil russe des Affaires étrangères estime néanmoins que le retour
des combattants de l'EI dans leur patrie reste l'une des principales
menaces pesant aujourd'hui sur la Russie.
Depuis la fin de l'année 2015, les services de sécurité russes ont
d'ailleurs multiplié les arrestations de militants présumés de l'Etat
islamique qui planifiaient des attentats. L'EI avait également
revendiqué une fusillade meurtrière près d'un site touristique au
Daguestan fin décembre.
Des combattants présentés par les autorités comme des jihadistes de
l'EI ont également frappé au cours des derniers mois le Kirghizstan, le
Kazakhstan ou encore le Tadjikistan, organisant des attaques ayant fait
plusieurs dizaines de morts dans une région par ailleurs frontalière de
l'Afghanistan, où l'Etat islamique concurrence les talibans. (AFP, 1 juillet
2016)
Prières inaugurales à la mosquée géante d'Erdogan
Avec ses minarets qui s'élancent vers le ciel, dominant de sa masse
Istanbul, la mosquée pharaonique de Çamlica devait recevoir vendredi
ses premiers fidèles, aboutissement de l'un des grands travaux
emblématiques des rêves grandioses du président turc Recep Tayyip
Erdogan.
M. Erdogan a supervisé personnellement la construction très
controversée de cette mosquée monumentale - la plus grande de Turquie -
qui se dresse sur la colline verdoyante de Çamlica, sur la rive
asiatique d'Istanbul, d'où elle doit être visible par tous ses
habitants.
Les premiers fidèles étaient attendus pour les tarawih, prières du soir
rituelles du ramadan, dans l'enceinte du lieu de culte musulman, et non
dans la mosquée elle-même, dont les travaux ne sont pas achevés.
Actions en justice ou protestations d'architectes, d'urbanistes ou
d'écologistes, rien n'a pu empêcher le complexe de Çamlica de sortir de
terre en seulement trois ans.
D'une superficie de 15.000 m2, la mosquée s'intègre dans une enceinte
capable d'accueillir jusqu'à 60.000 fidèles, avec une immense
bibliothèque, des salles de conférence, un musée d'arts turcs
islamiques et des ateliers d'art.
Si ses quatre minarets les plus hauts s'élancent à 107,1 mètres -- plus
que ceux de la mosquée de Médine, deuxième ville la plus sainte de
l'islam -- c'est dans une référence symbolique à la bataille de
Manzikert, qui a vu l'armée d'un sultan seldjoukide mettre en déroute
les Byzantins en 1071.
En faisant édifier Çamlica, la plus grande mosquée jamais construite
depuis l'avènement de la République en Turquie, le "sultan" Erdogan,
comme l'appellent ses détracteurs, a visiblement souhaité s'inscrire
dans la lignée des grands bâtisseurs de l'empire ottoman.
L'édifice, avec ses six minarets, est l'un de ses mégaprojets, comme
son palais présidentiel à Ankara de 1.150 pièces, le 3e aéroport
d'Istanbul, le nouveau pont du Bosphore ou le Canal d'Istanbul.
Ces grands travaux concernent presque tous Istanbul, dont M. Erdogan a
dirigé la municipalité pendant quatre ans, un véritable tremplin
politique pour lui.
Avec ses "projets fous", comme il les nomme lui-même, M. Erdogan veut
édifier une "nouvelle Turquie" en vue du centenaire de la République de
la Turquie en 2023, dont il ambitionne d'être toujours le président.
La mosquée de Çamlica illustre aussi le rêve de ce fervent sunnite de
se poser en grand dirigeant du monde musulman, à l'heure où beaucoup,
en Turquie laïque, s'inquiètent de l'islamisation de la société par
l'AKP, son parti islamo-conservateur.
- Architecture ostentatoire -
Ce sont deux femmes architectes, Bahar Mizrak et Hayriye Gül Totu, qui
ont remporté le concours avec cette construction de style classique,
critiqué pour son manque d'originalité.
"En termes architecturaux, ils n'y a rien d'innovant, c'est une pâle
copie de la Mosquée bleue", déclare à l'AFP Tayfun Kahraman, urbaniste.
Ce joyau d'Istanbul dû au grand architecte ottoman Mimar Sinan était
jusqu'ici la seule mosquée à six minarets de la métropole.
Fallait-il une autre grande mosquée à Istanbul? Les opposants au projet
ont fait valoir que la ville ne manquait pas de trésors architecturaux
: Mosquée bleue, Sainte-Sophie, mosquée de Soliman le Magnifique. Et
qu'elle a déjà 3.317 mosquées.
Ils ont également rappelé que la colline de Çamlica était l'une des dernières zones boisées de la métropole.
"C'est un site naturel protégé qui donne son identité au Bosphore
depuis des milliers d'années", dit M. Kahraman, l'urbaniste, qui a "mal
au coeur de voir qu'un édifice religieux est érigé sur ce que Dieu a
fait de plus beau, la nature".
De grands parkings, des routes et des tunnels d'accès vont être
construits, également contestés en justice par les opposants à la
mosquée.
Mais la majestueuse colline de Çamlica offrait le cadre idéal aux yeux
d'un président Erdogan, plus connu pour son goût de l'architecture
ostentatoire que pour son souci de la préservation de l'environnement.
"Dans quelques années, ce lieu sera plus beau", assure à l'AFP Ergin
Külünk, l'un des responsables du projet, à propos de la colline, "les
anciennes constructions vont être rénovées, ce sera plus vert".
Si la demande d'annulation du projet a été rejetée en justice, d'autre
actions sont toujours pendantes. Mais les travaux ont avancé plus vite
que la justice et la construction de Çamlica a pris les allures d'un
passage en force. (AFP, 30 juin
2016)
Socio-économique
/ Socio-economic
Le tourisme en Turquie a chuté de 40% en juin
Les arrivées de touristes étrangers ont chuté de 40% en Turquie en juin
par rapport au même mois de l'an dernier, à leur plus bas niveau cette
année, en raison des attentats et de la brouille avec la Russie, a
indiqué jeudi le ministère du Tourisme.
Mais l'impact de l'attentat à l'aéroport Atatürk d'Istanbul le 28 juin
attribué au groupe jihadiste Etat islamique (EI) et le coup d'Etat raté
du 15 juillet d'une faction de l'armée devraient se faire sentir sur
les statistiques du mois de juillet.
Ce mois est traditionnellement un mois de haute saison touristique pour
un secteur qui a engrangé 35 milliards de dollars (31,5 milliards
d'euros) de revenus l'an dernier.
Quelque 2,43 millions d'étrangers ont visité en juin la Turquie, en
baisse de 40,86% par rapport à juin 2015, a annoncé le ministère du
Tourisme.
Les arrivées de touristes russes se sont effondrées de 93% en juin en
raison de la brouille diplomatique entre les deux pays, qui viennent
juste de se réconcilier.
L'attentat à Atatürk (47 morts) comme la tentative de putsch manqué en
juillet (270 morts) avaient entraîné une fermeture temporaire de
l'aéroport.
Depuis un an, la Turquie a été secouée par une série d'attentats meurtriers attribués soit à l'EI soit à la rébellion kurde.
L'industrie du tourisme fonde des espoirs dans la normalisation toute
récente entre la Russie et la Turquie qui a commencé à ramener les
touristes russes sur la côte égéenne, notamment dans la grande station
balnéaire d'Antalaya.
"La récente normalisation avec la Russie pourrait alléger les
souffrances du secteur dans une certaine mesure et entraîner des
réservations de dernière minute pour la Turquie, mais les espoirs se
portent plutôt sur l'an prochain", a déclaré Ozgur Altug, économiste en
chef à BGC Partners.
Le premier vol amenant des groupes de touristes russes à Antalya a eu
lieu le 9 juillet. Les deux pays s'étaient brouillés après la
destruction en novembre 2015 par la chasse turque d'un avion russe,
près de la frontière syrienne.
(AFP, 28 juillet
2016)
La purge s'étend aux milieux économiques
La purge de l'après-coup d'Etat en Turquie s'est étendue vendredi au
monde des affaires, avec la mise en garde à vue de trois industriels de
premier plan dans le cadre des enquêtes tentaculaires sur les réseaux
du prédicateur Fethullah Gülen.
Le remaniement radical de l'armée turque, après le limogeage de près de
la moitié de ses généraux, a été complété par l'annonce de changements
au sein du haut commandement, à l'issue d'une réunion du Conseil
militaire suprême à Ankara.
Le porte-parole de la présidence, Ibrahim Kalin, a annoncé tard jeudi
que le vice-chef d'état-major, le général Yasar Guler, allait prendre
la tête de la gendarmerie et que le commandant la 1ère armée, le
général Umit Dundar, assumerait les fonctions de chef d'état-major
adjoint.
Le chef d'état-major, le général Hulusi Akar -- pris en otage par les mutins pendant la tentative de putsch du 15 juillet --
est confirmé à son poste, de même que les chefs des armées de terre, de l'air et de la marine, a ajouté M. Kalin.
Des officiers de rang inférieur ont reçu des promotions rapides pour
combler le vide créé par la saignée dans la hiérarchie de l'armée
turque, la deuxième la plus importante de l'Otan, qui a vu le limogeage
de 149 généraux pour indignité.
Selon un communiqué cité vendredi par l'agence progouvernementale
Anadolu, 99 colonels ont été promus au rang de général ou amiral et 47
généraux et amiraux immédiatement mis en retraite.
Le haut commandement militaire était reçu à la mi-journée vendredi par
le président Recep Tayyip Erdogan au palais présidentiel d'Ankara,
selon les télévisions.
La purge des gulenistes présumés depuis le putsch raté a massivement
touché l'armée, les médias, la justice et l'éducation. Le prédicateur
septuagénaire Fethullah Gülen a démenti tout rôle dans le coup d'Etat
avorté depuis son exil américain.
Sourde aux critiques internationales sur l'ampleur et la "brutalité" de
sa riposte, la Turquie a poursuivi vendredi dans le monde de
l'entreprise sa chasse aux gulénistes, supposés avoir noyauté tous les
secteurs et institutions.
Mustafa Boydak, le président du conglomérat familial Boydak Holding
company, a été arrêté par les forces de sécurité à Kayseri, dans le
centre de la Turquie, en même temps que deux dirigeants de son groupe,
a annoncé Anadolu.
Ces deux hommes -- Sukru Boydak et Halit Boydak -- ont été arrêtés à
leur domicile. La police était à la recherche de l'ancien président du
groupe, Haci Boydak, de même que de Ilyas et Bekir Boydak, pour
lesquels des mandats d'arrêt ont également été délivrés.
- Médias en première ligne -
Le conglomérat Boydak Holding a des intérêts dans l'énergie, la
finance, et les meubles où il détient les marques très connues
d'Istikbal et Bellona.
Ces arrestations sont apparemment les premières dans les milieux économiques en Turquie.
Mustafa Boydak est également le président de la chambre de commerce de
Kayseri, une ville au développement rapide faisant partie des "Tigres
d'Anatolie", ces municipalités ayant prospéré depuis le début du règne
de M. Erdogan en 2003.
L'économie en turque repose pour une bonne part sur de gros
conglomérats familiaux qui possèdent les plus grandes marques du pays
et ont largement contribué à la formidable ascension politique du
président Erdogan.
Depuis le coup d'Etat, près de 16.000 personnes ont été placées en
garde à vue, dont la durée peut être prolongée jusqu'à 30 jours en
vertu de l'état d'urgence instauré après le putsch manqué.
Avec l'armée, le monde des médias a également été en première ligne de la reprise en main.
Vingt-et-un journalistes en garde à vue comparaissaient vendredi devant
un tribunal d'Istanbul, a annoncé Anadolu. Des confrères ont annoncé
sur Twitter être rassemblés devant le tribunal pour les soutenir.
Parmi eux figure Nazli Ilicak, ancienne députée, qui avait été
licenciée du quotidien progouvernemental Sabah en 2013 après avoir
critiqué des ministres empêtrés dans un scandale de corruption --
orchestré, selon Ankara, par Gülen.
(AFP, 29 juillet
2016)
Purges en Turquie: Turkish Airlines licencie 211 employés
La compagnie nationale turque Turkish
Airlines a annoncé lundi le licenciement de 211 employés en raison de
leurs liens allégués avec le prédicateur Fethullah Gülen, accusé par
Ankara d'être l'instigateur du coup d'Etat manqué du 15 juillet.
Turkish Airlines explique dans un communiqué avoir pris cette décision
"dans le cadre des mesures nécessaires" contre le réseau de Fethullah
Gülen, et contre "des attitudes et des comportements en contradiction
avec l'intérêt de notre pays et de notre compagnie".
Fleuron de l'économie turque, la compagnie a dit sa détermination
à "continuer de s'acquitter de sa responsabilité de contribuer à la
démocratie".
Le transporteur, qui dessert 284 aéroports dans 113 pays, a
réalisé des résultats record en 2015, exercice conclu par une hausse de
19% de son chiffre d'affaires, à 8,9 milliards d'euros, et un bénéfice
net en progression de 65%. Mais en 2016, la compagnie souffre en raison
d'une situation sécuritaire dégradée.
Devenu en 2015 le troisième aéroport européen, son "hub",
l'aéroport Atatürk d'Istanbul, a été la cible d'un attentat attribué à
l'organisation de l'Etat islamique qui, le 28 juin, a fait 41 morts. (AFP, 25 juillet
2016)
Après le putsch, les nuages s'amoncellent sur l'économie turque
Une monnaie affaiblie, des investisseurs étrangers inquiets, un
tourisme frappé de plein fouet: le putsch manqué du 15 juillet va
laisser des traces sur l'économie turque, malgré les efforts du pouvoir
pour en minimiser l'impact.
Depuis le 15 juillet se succèdent sur les télévisions les images de
chars dans les rues, de chasseurs survolant Istanbul et Ankara, de
bâtiments en ruines, de suspects menottés traînés par milliers devant
les tribunaux, de foules vengeresses encouragées par des dirigeants
martiaux.
Ces événements aussi brutaux qu'inattendus "vont très certainement
dissuader l'investissement étranger", dit William Jackson, spécialiste
des économies émergentes dans le centre de recherche londonien, Capital
Economics. "Quant aux sociétés déjà présentes en Turquie, il semble
improbable qu'elles accroissent leurs opérations."
"Les pertes immédiates en terme de baisse des visites touristiques et
d'investissements différés, ralentiront probablement la croissance" en
2016 et 2017, prévient l'Institute of International finance (IFF), un
lobby basé à Washington regroupant 500 établissements bancaires.
Si la situation s'aggravait, "les retombées pourraient devenir plus
grave et menacer la stabilité financière", met en garde l'IFF.
La Turquie a connu une croissance de 4% en 2015, un taux que le Fonds
monétaire international prévoyait peu ou prou pour cette année.
Le niveau de vie de la population est en croissance constante depuis le
début des années 2000, période qui correspond à l'arrivée de Recep
Tayyip Erdogan aux affaires. Sa dette publique pèse pour seulement un
tiers de son Produit intérieur brut.
- Tourisme au tapis -
Mais la Turquie a aussi des faiblesses structurelles susceptibles
d'être accrues par le putsch raté: une inflation annuelle à près de 7%,
une épargne privée faible, une dépendance aux investissements
étrangers, un secteur bancaire fragilisé par une économie fondée sur
l'endettement.
Sans compter un tourisme touché de plein fouet par les attentats
récents: avant le coup d'Etat, les experts estimaient que la situation
politique et les risques terroristes pourraient coûter 8 milliards de
dollars à ce secteur qui emploie 8% de la population active. En mai, le
nombre de touristes visitant la Turquie avait chuté d'un tiers.
Les conséquences du putsch seront-elles compensées par le retour des
Russes? Des sanctions avaient été imposées par Moscou à l'automne 2015
après qu'un de ses bombardiers avait été abattu par la chasse turque.
Les Russes sont avec les Allemands et les Britanniques les premiers
visiteurs du pays.
Mais le tourisme n'est pas le seul souci. "Si les capitaux fuient, la
livre chutera et l'économie devra s'adapter en diminuant ses
importations", prévient William Jackson.
Dans les jours qui ont suivi le putsch, la livre a perdu 6% par rapport
au dollar. Depuis avril, la baisse est de 10%. Une baisse de la monnaie
a des conséquences directes pour les entreprises, très endettées en
devises étrangères.
"En Turquie, si la monnaie chute trop, c'est particulièrement
douloureux (...) et cela peut conduire à un scénario de récession", dit
Michael Harris, responsable du département de recherche dans la banque
d'investissement Renaissance Capital, spécialisée dans les marchés
émergents.
- 'Pour qui vous prenez-vous?' -
En janvier, la Coface, l'assureur français du commerce extérieur,
relevait que "les réserves de change du pays pourraient s'avérer
insuffisantes face à un retrait brutal de capitaux".
"Il y a donc un certain nombre de facteurs susceptibles de conduire à
un retournement brutal de l'économie dans les prochaines années", "avec
potentiellement une récession", met en garde William Jackson.
Le pouvoir s'emploie à rassurer. Pour le vice-Premier ministre chargé
des Finances, Mehmet Simsek, "l'impact de la tentative de coup d'Etat
sera sûrement de courte durée, les conséquences relativement
insignifiantes".
La semaine dernière, les médias progouvernementaux ont ouvert leurs
pages aux patrons exprimant leur gratitude envers le président Erdogan
ou aux investisseurs expliquant vouloir maintenir, voire accroître,
leurs apports de capitaux.
Et peu importerait la dégradation de BB+ à BB de la note de la dette
par Standard and Poor's, une décision "complètement politique", selon
le président Erdogan qui a pris à partie l'agence devant els députés:
"En quoi cela vous regarde-t-il, qui êtes-vous, pour qui vous
prenez-vous?".
(AFP, 24 juillet
2016)
SP abaisse la note de la Turquie à BB après la tentative de coup d'Etat
L'agence de notation SP Global Ratings a annoncé mercredi avoir abaissé
d'un cran la note souveraine de la Turquie, s'inquiétant de
l'affaiblissement des contrepouvoirs et de la période d'incertitude qui
s'ouvre après la tentative avortée de coup d'Etat.
SP accorde désormais la note BB à la dette du pays, contre BB+
précédemment, et assortit cette note d'une perspective négative, ce qui
signifie qu'elle envisage de l'abaisser à nouveau.
"Après la tentative de coup d'Etat dans la République de Turquie du 15
juillet, nous estimons que la polarisation du paysage politique turc a
affaibli encore davantage ses contrepouvoirs institutionnels", explique
l'agence de notation.
"De plus, nous nous attendons à une période d'incertitude accrue qui
pourrait freiner les entrées de capitaux" dans le pays, ajoute-t-elle.
Peu après l'annonce de cette décision, la livre turque reculait à
0,29477 euro, alors qu'elle s'était redressée à 0,30104 euro en fin de
matinée.
(AFP, 20 juillet
2016)
Le FMI appelle à "préserver" les institutions démocratiques en Turquie
Le FMI a appelé mardi à "préserver" les institutions démocratiques en
Turquie, "piliers" des progrès économiques du pays, quelques jours
après une tentative de coup d'Etat militaire qui provoque une "certaine
volatilité" financière.
"Il est très important de préserver (les institutions démocratiques) en
Turquie. Elles représentent un des piliers des progrès économiques que
le pays a accomplis au cours des récentes années", a relevé le chef
économiste du Fonds monétaire international, Maurice Obstfeld.
"Nous ne voudrions pas que (ces progrès) soient mis en péril", a-t-il
ajouté, en présentant les nouvelles prévisions économiques mondiales du
FMI.
La tentative de putsch militaire en Turquie a été déjouée par les
autorités mais elle a fait trembler les marchés, inquiets de possibles
répercussions sur l'économie de la région et sur l'acheminement du
pétrole.
"Nous voyons une certaine volatilité sur les marchés financiers", a
relevé M. Obstfeld, tout en assurant s'attendre à "un retour à la
normale" grâce à la réaction des autorités financières turques.
En réponse au coup d'Etat manqué, la Banque centrale turque s'est
engagée à prendre "toutes les mesures" nécessaires pour garantir la
stabilité financière.
"Les autorités turques, particulièrement la banque centrale, sont
intervenues de manière très efficace pour fournir des liquidités", a
salué M. Obstfeld.
Lundi, la directrice générale du Fonds, Christine Lagarde, avait déjà
assuré sur Bloomberg TV qu'une "perturbation massive" avait pu être
évitée grâce à cette intervention. (AFP, 19 juillet
2016)
Les tilleuls de Bruxelles, Sofia et Besiktas

Dogan Özgüden, Bruxelles, 14 juillet 2016
Cette année les si beaux tilleuls de Bruxelles ont
tellement retardé à diffuser leur parfum enivrant… J’ai arpenté le
dessous des tilleuls en forçant mes jambes devenues plus résistantes
après une opération de la colonne vertébrale pour sentir profondément
ce parfum vertigineux…
Ceci, je l’ai fait en me remémorant les poèmes que
Nazim Hikmet a écrit à sa femme Münevver de Sofia, il y a 59 ans, en
1957, après avoir été déchu de la nationalité turque en 1951 quand il a
été obligé de quitter son pays sous les menaces et après avoir purgé
une peine de prison pendant de longues années :
Je suis entré dans Sofia, un jour de printemps, ma bien-aimée
Les tilleuls en fleurs parfument la ville où tu es née
Et tous m’ont, en signe de bienvenue, salué
La ville où tu es née est aujourd’hui pour moi la maison d’un frère
Mais jamais on n’oublie sa propre maison
Pas même dans la maison du frère
Amer métier que l’exil, bien amer
Rentré à la maison, après cet éblouissement, j’ai
commencé à fouiller dans les informations de « ma propre maison », mon
pays natal, une nouvelle me tombe comme une massue :
Le pouvoir islamiste, qui a déjà transformé Istanbul
en une forêt de tours bétonnées et minarets-baïonnettes, vient de
décider de transformer le Parc des tilleuls de Besiktas à Istanbul en
un site de logements de mauvais goût. Quand les habitants de Besiktas
ont tenté d’entrer dans la maison communale de Besiktas pour protester
contre cette décision lors d’une réunion du conseil communal, ils ont
été expulsés par les forces de police.
Dans l’impossibilité de contribuer physiquement à
cette résistance dans un pays loin de quelques milliers de kilomètres,
si ce n’est en en informant l’opinion publique mondiale, j’ai fermé mon
ordinateur et me suis rendu au parc pour partager le chagrin des
tilleuls de Besiktas avec leurs frères de Bruxelles.
Tout en pensant également aux tilleuls du boulevard
de Lénine à Sofia dont j’en avais été imprégné il y a 30 ans par leur
parfum, comme Nazim Hikmet…
Et tout en répétant sans cesse du bout de mes lèvres les versets de notre grand poète qu’on a enterré en exil :
Mais jamais on n’oublie sa propre maison
Pas même dans la maison du frère
Amer métier que l’exil, bien amer.
Les premiers touristes russes de retour en Turquie
Un avion transportant des touristes russes a atterri samedi à Antalya,
grande station balnéaire du sud de la Turquie, effet concret de la
récente normalisation entre Moscou et Ankara après huit mois de crise
diplomatique, a-t-on appris de source aéroportuaire.
Un Boeing 737 de la compagnie Rossiya Airlines, en provenance de Moscou
avec 189 passagers à son bord, s'est posé à l'aéroport international
d'Antalya vers 07H30 GMT, dix jours après que le président russe
Vladimir Poutine a ordonné la levée des sanctions contre la Turquie
pour le secteur touristique, dans la foulée de la normalisation
politique entre les deux pays.
Ces premiers touristes russes revenant en Turquie ont été accueillis
avec une fanfare, puis un cocktail et des fleurs à l'aéroport. Leur
retour est une excellente nouvelle pour le tourisme en Turquie sinistré
par une succession d'attentats meurtriers depuis un an imputés au
groupe Etat islamique ou aux combattants kurdes.
"Cette année, la saison a démarré de manière un peu compliquée mais le
fait que la situation s'arrange nous rend vraiment heureux", a déclaré
Osman Serdar, directeur de l'aéroport d'Antalya. "Aujourd'hui, nous
accueillons notre premier convoi de touristes russes, désormais ça va
aller en augmentant".
Avant la brouille russo-turque, les Russes constituaient le premier
groupe de touristes étrangers en Turquie, mais leurs arrivées se sont
effondrées de 98,5% en juin par rapport à juin 2015, selon des
statistiques de l'aéroport d'Antalya, leur destination favorite.
La station balnéaire de la Méditerranée, l'une des premières
destinations touristiques de Turquie, s'est mise au goût russe, avec
notamment une réplique de la cathédrale moscovite Saint-Basile dans un
grand hôtel.
La brouille entre Moscou et Ankara, qui s'opposent sur le conflit en Syrie, avait été provoquée
par la destruction fin novembre d'un bombardier russe abattu par des F-16 turcs au-dessus de la frontière syrienne.
Moscou avait adopté des mesures de rétorsion contre Ankara, comprenant
entre autres un embargo sur l'importation de fruits et légumes turcs et
l'interdiction pour les employeurs russes d'embaucher des travailleurs
turcs.
- 'Un vol semblable à un charter' -
La Russie avait également rétabli le 1er janvier les visas pour les
Turcs, interdit les vols charter vers la Turquie et la vente de voyages
vers ce pays par les tour-opérateurs russes, portant un coup dur au
secteur du tourisme turc.
Mais le 30 juin, Vladimir Poutine a de nouveau autorisé officiellement
la vente par les tour-opérateurs russes de voyages vers la Turquie,
après avoir, selon Moscou, reçu un message d'excuses de son homologue
turc Recep Tayyip Erdogan.
Ankara a insisté sur le fait qu'il ne s'agissait que de "regrets", tout
en tendant la main à Moscou pour sortir de son isolement croissant sur
la scène internationale.
Le vice-gouverneur d'Antalya, Mehmet Yavuz, cité par les médias turcs,
a précisé samedi que Moscou n'ayant pas encore formellement donné son
accord à la reprise des vols charter, le vol de samedi devait être
considéré comme "un vol semblable à un vol charter" bien qu'il ait été
effectué "par une compagnie régulière".
La Russie et la Turquie sont également convenues de renforcer leur
contacts militaires, y compris sur la Syrie, où Moscou soutient
militairement le président Bachar al-Assad tandis que Ankara encourage
activement sa chute en soutenant des groupes rebelles. (AFP, 9 juillet
2016)
Turquie, un des pays à éviter pour les vacances
Turquie, Tunisie, Égypte : trois destinations habituellement très
prisées des vacanciers belges. Mais les attentats qui ont frappé ces
trois contrées ont complètement modifié la carte des lieux de
villégiature des touristes belges. La Tunisie fait d’ailleurs toujours
l’objet d’un avis de voyage négatif de la part du ministère des
Affaires étrangères. S’y rendre est donc compliqué, d’autant que les
tour-opérateurs n’ont bien entendu pas repris la destination dans leur
catalogue estival.
Le récent attentat à l’aéroport d’Istanbul ne va pas redorer le blason
d’un pays déjà maintes fois frappé par le terrorisme cette année. Le 12
janvier dernier, une attaque près de la Mosquée bleue avait déjà coûté
la vie à 12 touristes allemands. Le 19 mars, c’est à Istanbul que
quatre autres touristes ont trouvé la mort dans un attentat. Pour une
destination qui se classe en sixième position des pays les plus
visités, les répercussions sont évidemment énormes.
Au mois de mai, les arrivées de touristes affichaient un recul de 35 %
! Sur l’ensemble du premier semestre, la baisse se chiffre à 23 %. Avec
les vacances d’été qui viennent de débuter et la menace toujours
omniprésente en Turquie, le bilan risque d’être encore bien plus
négatif dans les mois à venir. (La Dernère Heure, 8 juillet 2016)
Istanbul désertée par les visiteurs, le secteur touristique désespère
Près d'une semaine après l'attentat à l'aéroport d'Istanbul, les
visiteurs étrangers semblent avoir déserté la première destination
touristique de Turquie, inhabituellement calme en ce début d'été, au
désespoir des professionnels du secteur.
La magie de la plus grande ville de Turquie séduit depuis des siècles
les voyageurs, enchantés par ses imposants palaces et mosquées, et sa
vue époustouflante sur le Bosphore ou la Corne d'or.
Mais pour les professionnels du tourisme, les attentats suicide de
mardi signent la mise à mort de l'industrie, déjà très affectée par la
série d'attaques qu'a connue la Turquie depuis le début de l'année.
"C'est un désastre", se lamente Orhan Sonmez, offrant aux passants une
visite guidée de Sainte-Sophie, monumental édifice autrefois église
puis mosquée, et aujourd'hui musée.
"Toute ma vie j'ai travaillé comme guide touristique. La plupart
d'entre nous en sont aujourd'hui à se demander s'ils pourront continuer
(dans cette voie). C'est tragique".
Les tables des restaurants sont vides dans le quartier
ultra-touristique de Sultanahmet et les hôtels cinq étoiles offrent des
chambres à des prix cassés.
En des temps meilleurs, il fallait parfois rester dans une file
d'attente plus d'une heure avant d'entrer à Sainte-Sophie. Aujourd'hui,
il suffit d'acheter son billet et de se laisser envoûter par la
splendeur du lieu, avec une poignée de touristes.
Par ailleurs, beaucoup de Stambouliotes ont quitté la ville à
l'occasion de Bayram, un congé national de neuf jours qui a commencé
samedi, contribuant à vider la métropole.
- 'Mauvais billet de loterie -
Dix-neuf étrangers font partie des 45 personnes tuées dans le triple
attentat à l'aéroport Atatürk d'Istanbul attribué au groupe Etat
islamique. Selon des experts, l'attaque a été délibérément conçue pour
affaiblir la Turquie en sapant son industrie touristique.
L'organisation jihadiste est également accusée d'avoir perpétré un
attentat-suicide en janvier à Sultanahmet (12 Allemands tués), et un
autre en mars sur l'artère commerçante d'Istiklal (3 Israéliens et un
Iranien tués). Un attentat à la voiture piégée revendiqué par les
rebelles kurdes a par ailleurs fait en juin 11 morts, dont six
policiers, à Beyazit, un quartier historique d'Istanbul.
Les Etats-Unis et l'Allemagne notamment ont mis en garde leurs
ressortissants contre les menaces qui pèsent sur le pays mais les
touristes fraîchement débarqués à Istanbul adoptent, eux, une approche
plus fataliste, à un moment où la menace jihadiste est devenue mondiale.
Les attentats "peuvent survenir dans n'importe quelle ville. C'est
comme tirer le mauvais billet de loterie", soutient Nessa Feehan, une
touriste irlandaise en escale à Istanbul. "Les gens sont très
chaleureux ici, je pense vraiment revenir pour passer plus de temps",
dit-elle.
- 'Peur de travailler ici' -
En mai, la Turquie a affiché sa plus forte baisse d'arrivées en 22 ans,
avec une chute de près de 35% du nombre de touristes étrangers, à 2,5
millions de visiteurs.
Cette dégringolade est en partie due à l'effondrement du nombre de
touristes russes, conséquence d'une brouille diplomatique entre Ankara
et Moscou qui a interdit la vente par les tour-opérateurs russes de
voyages vers la Turquie.
Mais cette interdiction a été levée la semaine dernière, à la plus
grande joie des professionnels du tourisme de la province côtière
d'Antalya (sud), où les Russes viennent traditionnellement en masse
profiter de la mer turquoise et des plages de sable fin.
Cette bonne nouvelle pour la Turquie bénéficiera toutefois peu à
Istanbul, les Russes optant généralement pour des séjours "tout
compris" au bord de la mer.
"Si ça continue, de nombreux magasins devront fermer", affirme Ismail
Celebi, assis à l'intérieur de sa boutique de bijoux, un chapelet à la
main.
Les hordes de touristes chinois qui continuent d'arriver sont le seul
rayon d'espoir dans ce sombre horizon, soutient M. Celebi, indiquant
qu'ils dépensent "un argent fou".
"Mais ce n'est pas assez", poursuit-il. "Nous avons besoin d'Américains et d'Européens".
Sa bijouterie se trouve à quelques mètres seulement du lieu de
l'attentat qui a coûté la vie à une dizaine d'Allemands il y a six
mois, et M. Celebi dit ne pas en vouloir aux touristes qui ont déserté
les lieux.
"Même moi j'ai peur de travailler ici", confie-t-il. (AFP, 4 juillet
2016)
Relations
turco-européennes / Turkey-Europe Relations
L'UE : dites à Erdoğan que ça suffit !
To Président et membres du Conseil de l'Europe, Haut représentant de
l'union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité and
Commissaire européen à l'élargissement et à la politique européenne de
voisinage
Pétition:
L’Union européenne devrait immédiatement suspendre toute négociation
d’adhésion avec l’administration turque, tout en agissant résolument
pour le maintien des droits humains et de la primauté du droit en
Turquie, par exemple en continuant à renforcer la société civile et à
engager un dialogue constructif, en commençant par la création d’une
mission européenne chargée de suivre les évolutions des droits
fondamentaux et de l’État de droit dans le pays.
Pourquoi c'est important :
Dans une réaction tout à fait disproportionnée à la tentative de coup
d’État militaire, le président turc Recep Tayyip Erdoğan vient de
lancer une attaque de grande ampleur contre la démocratie et l’État de
droit. Avide d’un pouvoir absolu, il a fait arrêter ou limoger des
dizaines de milliers d’enseignants, de juges et de doyens de facultés
dans le pays.
Dans les journées de purge qui ont suivi la tentative avortée de coup
d’État, des dizaines de milliers de fonctionnaires, de militaires, de
professeurs et d’universitaires ont perdu leur emploi – et parfois la
liberté – sans pouvoir faire appel. Des journalistes ont été détenus
sans procès et l’État a censuré les médias.
Il semble désormais que la répression ne fasse que commencer. Tout en
clamant que son but était la défense de la démocratie, Erdoğan a
décrété mercredi 20 juillet l'état d'urgence, suivi par une suspension
de la Convention Européenne des Droits de l'Homme. En faisant cela, il
met fin à toutes prétentions de maintien des droits fondamentaux, des
principes démocratiques et de l'état de Droit. Il est même allé jusqu'à
proposer la réinstauration de la peine de mort, rapprochant un peu plus
la Turquie d'un régime autoritaire.
La Turquie aspire depuis longtemps à devenir membe de l'UE, mais les
négociations à ce sujets évoluent très lentement. Mais il n'y a pas de
place au sein de la communauté européenne pour le régime d'Erdoğan -un
régime violant nos valeurs fondamentales: primauté du droit, liberté
d'expression, protection des minorités et le droit à un procès
équitable. Alors que la Turquie entretient des liens important avec
l'UE dans des domaines comme l'immigration ou la sécurité, cela ne doit
pas aveugler nos représentants quant à la situation critique que
subissent des citoyens turcs, ainsi que sur les abus de pouvoir de
l'administration d'Erdoğan.
Nous devons exiger de l'Union européenne qu'elle suspende toutes
négociations d'entrée du régime Turc dans l'union, ainsi que de
conditionner tout futur dialogue avec son gouvernement au respect par
ce dernier de l'Etat de droit, des droits de l'Homme et des principes
démocratiques. (Link to sign)
"La Turquie ne s'est pas européanisée, c'est l'Europe qui est devenue plus turque"
Marc Devos, levif.be, 29 juillet 2016
Lisez cet extrait: "La présence d'institutions stables garantissant la
démocratie, l'état de droit, les droits de l'homme, le respect des
minorités et leur protection". Voilà le premier critère qu'un pays qui
souhaite s'affilier à l'Union européenne doit officiellement respecter.
En outre, les négociations avec un pays candidat potentiel "ne débutent
que si le premier critère est respecté".
À présent, regardez la Turquie. Depuis fin 1999, la Turquie est
reconnue comme un pays en route vers une adhésion à part entière à
l'Union. Nous, les états membres de l'UE unis, nous estimons que la
Turquie est notre égale en démocratie, état de droit, droits de l'homme
et minorités. Nous avons abouti à cette conclusion éclairée deux ans à
peine après le dernier putsch militaire réussi et avant que Recep
Tayyip Erdogan n'arrive au pouvoir. De quoi réfléchir.
Il est clair depuis très longtemps que l'Europe a jeté son identité et
ses valeurs en pâture dans un calcul géopolitique pour attacher un pays
islamique stratégique à l'Europe. Les dirigeants politiques de la
génération précédente - le rapprochement de la Turquie date du début
des années 1960, en pleine Guerre froide, ont joué le tout pour le
tout. Soit ils étaient d'avis que les valeurs européennes étaient sans
importance, soit ils ont cru que la Turquie s'européaniserait sous
l'influence européenne. La première pensée était une erreur, la seconde
une illusion.
Entre-temps, on sait que l'enchevêtrement de la Turquie et de l'Europe
est revenu comme un boomerang. Stratégiquement, l'Europe et l'OTAN ne
peuvent se passer de la Turquie alors que le Moyen-Orient sombre dans
la guerre civile. L'Europe a délégué la crise des réfugiés à la
Turquie, en faisant fi des droits de l'homme. En Europe nous avons,
dixit Erdogan, plus besoin de la Turquie que ce que la Turquie a besoin
de l'Europe. La Turquie ne s'est pas européanisée, mais l'Europe est
devenue plus turque.
Et puis il y a les valeurs. Si les attentats terroristes nous
apprennent quelque chose, c'est bien qu'il existe dans notre société
des valeurs partagées qui la distinguent à tel point que des fanatiques
islamistes sont prêts à l'attaquer avec une barbarie arbitraire. Notre
"liberté, égalité et fraternité" - pour utiliser ces termes symboliques
- signifie pour eux "décadence, blasphème et perversion". Les jeunes
qui sont nés et qui ont grandi dans les pays les plus libres,
pacifiques et sociaux de la planète se transforment en terroristes
théologiques, convaincus de la supériorité d'une vision du monde que
nous trouvons totalement démente.
Il est terrifiant que le "théoterrorisme" prospère chez nous. On peut
essayer de le rationaliser : ce sont des jeunes à problèmes, on leur
lave le cerveau, ils sont coupés de la réalité, ils cherchent un sens à
leur vie, etc. Les théoterroristes sont un fléau, mais c'est une petite
minorité cinglée. C'est vrai, mais ils partagent une aversion ou une
mise en cause des valeurs de base de notre société avec des groupes
plus importants. Cet écart de valeurs s'observe même parmi ce qu'on
peut appeler la première génération d'élite de migrants en Belgique.
Durant les jours agités qui ont suivi le coup d'État et la répression
en Turquie, on a donné la parole à des "Turcs belges" diplômés de
l'enseignement supérieur. Et qu'est-ce qu'on voit ? Plusieurs voix
trouvent qu'il faut comprendre le régime d'Erdogan. On affirme qu'il
faut une réaction solide après un putsch qui ne peut être réduit à une
bagatelle. On explique qu'aujourd'hui un dirigeant fort prime sur la
démocratie, une démocratie venue très progressivement en Europe aussi.
J'en tombe à la renverse. Je n'approuve pas la tentative de putsch
militaire, mais il ne tombe pas du ciel. Il implique un schéma
historique. Mustafa Kemal Atatürk a tenté obstinément de modeler la
Turquie sur un modèle d'état occidental. Ensuite, une élite de
Kémalistes a veillé à la séparation de l'Église et de l'État. Chaque
fois que la bride a été relâchée, la Turquie s'est retrouvée dans le
cercle vicieux des états islamiques : plus de démocratie entraîne plus
de fondamentalisme, ce qui menace la démocratie. Au fil du temps, on y
a interdit ou chassé du pouvoir, avec l'aide de l'armée, toute une
série de partis islamiques. L'AKP d'Erdogan découle d'un parti
islamique élu et puis interdit.
Il est indéniable qu'Erdogan, mais aussi l'AKP, a entraîné leur pays
sur la pente de l'autocratie et de l'islamisme. Depuis des années, la
liberté de presse, l'égalité homme femme, la possibilité de
protestations pacifiques et le respect des minorités s'érodent en
Turquie. La démocratie c'est davantage que remporter les élections, ce
n'est pas la "dictature de la minorité". C'est précisément en temps de
crise que le respect des valeurs démocratiques est important pour
éviter un déraillement et préserver un avenir partagé. Sans surprise,
Erdogan fait l'inverse : les masques tombent. Allo, l'Union européenne ?
Il est effarant que certaines personnes en Belgique éprouvent de la
sympathie pour la répression turque. Mais ce n'est pas inattendu : cela
illustre une aliénation des valeurs qui infiltre même l'intelligentsia.
Nous avons du pain sur la planche pour inverser cette tendance. On peut
commencer par balayer devant notre porte. Ne prenons pas la menace de
terrorisme comme alibi pour instaurer des mesures draconiennes sur le
sol européen.
La tentation d'un dirigeant fort qui se moque des équilibres et des
libertés de la démocratie est grande. Mais les leçons de l'histoire, de
l'Antiquité au vingtième siècle, sont là pour nous rappeler à quel
point cette tentation est fatale. La force d'un état de droit
démocratique, c'est sa résistance morale. Faisons preuve de résistance
démocratique. Le théoterrorisme est idéologique : on ne peut le battre
qu'en tenant à nos valeurs, pas en les relativisant.
ONU-OSCE: la purge des médias, "grave coup" au débat public
L'intensification de la purge dans les médias turcs est un "grave coup
porté au débat public", ont estimé jeudi les deux représentants pour la
liberté de la presse de l'ONU et l'OSCE qui demandent aux autorités
turques de "revoir ces décisions".
"Les arrestations simultanées de journalistes indépendants et les
fermetures d'organes de presse écrite et audiovisuelle portent un grave
coup au débat public et au principe de responsabilité gouvernementale",
ont mis en garde les deux experts dans un communiqué commun.
David Kaye, rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté
d'expression et Dunja Mijatovic, représentante de l'Organisation pour
la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour la liberté de la
presse "demandent instamment aux autorités turques de revoir ces
décisions et de confirmer leurs obligations envers la liberté de la
presse".
Les autorités turques ont ordonné mercredi soir la fermeture de trois
agences de presse, 16 stations de télévision, 23 stations de radio, 45
journaux, 15 magazines et 29 maisons d'édition, en vertu de l'état
d'urgence.
"Le caractère généralisé et brutal de ces mesures, auxquelles font
défaut les éléments de base d'une procédure régulière, est choquant et
sans précédent dans la période récente en Turquie", a dénoncé M. Kaye.
(AFP, 28 juillet
2016)
Allemagne: Les purges "dépassent toute mesure"
Le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier, a dénoncé
jeudi les purges menées par le gouvernement turc depuis le putsch raté,
jugeant qu'elles "dépassaient toute mesure" et que face à elles, "on ne
pouvait se taire", dans un entretien à un journal allemand.
"Le putsch a heureusement été déjoué. Maintenant, les réactions
dépassent toute mesure", a dénoncé le ministre des Affaires étrangères
allemand dans un entretien à
l'édition du journal régional Ruhr Nachrichten à paraître vendredi mais dont des extraits on été diffusés jeudi.
"Lorsque 10.000 fonctionnaires, enseignants et juges sont remerciés,
des milliers d'écoles et d'institutions éducatives fermées et des
dizaines de journalistes arrêtés, sans qu'aucun lien direct avec le
putsch ne soit mis en évidence, on ne peut simplement pas se taire",
a-t-il insisté.
"Il semble presque, alors que la Turquie a évité de chuter dans
l'abîme, que le pays se dirige vers une crise intérieure grave", a
ajouté M. Steinmeier, qui a également jugé que le retour de la peine de
mort en Turquie, évoquée par le président Recep Tayyip Erdogan,
constituerait "un grand pas en arrière".
Pour justifier les purges d'ampleur menées notamment dans l'armée, les
médias et l'éducation, le président islamo-conservateur Recep Tayyip
Erdogan invoque les réseaux du prédicateur Fethullah Gülen, qu'il
accuse d'être responsable de cette tentative de coup d'Etat.
Le patron de l'Etat régional du Bade-Wurtemberg (sud-ouest), Winfried
Kretschmann, a évoqué dans l'édition de vendredi de la Frankfurter
Allgemeine Zeitung une lettre du consulat de Turquie lui demandant de
"soumettre à un nouvel examen les associations, institutions, écoles
qui sont, du point de vue du gouvernement turque, conduites par le
mouvement de Gülen (...) et d'en faire une nouvelle évaluation".
"Cela m'a déconcerté au plus haut point! C'est quelque chose que
précisément nous ne ferons pas", a-t-il ajouté. "Ici, personne ne doit
être poursuivi sans raison ni discriminé", a-t-il encore insisté.
(AFP, 28 juillet
2016)
Adhésion à l'UE: Bruxelles lance une mise en garde à Ankara
Le commissaire européen à l'Elargissement, Johannes Hahn, a
implicitement mis en garde la Turquie contre un gel des négociations
d'adhésion du pays à l'UE si les poursuites contre les putschistes ne
se font pas dans le respect de l'Etat de droit.
"Même si je suis d'avis qu'après la tentative de putsch les mesures
prises sont disproportionnées, j'ai besoin de (voir) comment ces gens
sont traités", a déclaré M. Hahn au quotidien allemand Süddeutsche
Zeitung.
"Si le moindre doute demeure que (leur traitement) n'est pas correct,
des conséquences seront inévitables", a-t-il mis en garde, allusion
implicite au processus d'adhésion de la Turquie à l'UE, lancé en 2005,
et qui avance depuis à la vitesse de l'escargot.
Interrogé sur le fait de savoir si une poursuite des discussions sur
une adhésion de la Turquie font encore sens aujourd'hui, le commissaire
répond: "C'est une question légitime que je me pose très souvent, pour
ne pas dire quotidiennement".
Depuis le coup d'Etat, près de 16.000 personnes ont été placées en
garde à vue et des purges engagées dans l'armée, la justice,
l'enseignement et les médias, une répression qui suscite de vives
critiques en Europe et aux Etats-Unis.
M. Hahn a dans le même temps salué l'accord passé entre l'UE et la
Turquie en mars, qui a "stoppé la vague de réfugiés" en route vers
l'Europe de l'ouest. "Aujourd'hui, il s'agit d'aider la Turquie à
supporter la charge financière que représentent les trois millions de
réfugiés" présents sur son sol, a-t-il ajouté.
Le 23 juillet, le ministre turc des Affaires européennes, Omer Celik,
avait déclaré que le putsch manqué n'avait eu aucune conséquence sur ce
pacte: "Nous avons continué à tranquillement mettre en oeuvre
l'accord". "Cela montre à quel point la démocratie turque est solide",
avait alors assuré le ministre.
(AFP, 29 juillet
2016)
Juncker ferme la porte à l'adhésion de la Turquie à l'UE
Union européenne. Le président de la Commission européenne a affirmé
que la Turquie ne remplissait pas les critères pour adhérer à l'UE,
alors que le pays est en état d'urgence à la suite du coup d'Etat
manqué contre Recep Tayyip Erdogan. Ankara envisage notamment de
rétablir la peine de mort.
Ni maintenant, ni dans un avenir lointain. Le président de la
Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a affirmé sur France 2
qu'Ankara était très loin pour l'instant d'une adhésion à l'Union
européenne : "Je crois que la Turquie, dans l'état où elle se trouve,
n'est pas en situation de pouvoir adhérer sous peu ni d'ailleurs sur
une plus longue période". Depuis le coup d'Etat manqué contre Recep
Tayyip Erdogan, une purge a été lancée dans l'administration et
l'armée, et quelque 60 000 militaires, policiers, magistrats,
enseignants, ou fonctionnaires ont été arrêtés. Aujourd'hui, des
mandats d'arrêt ont été lancés contre 42 journalistes.
"Pas sa place au sein de l'Union européenne"
Plus grave pour Juncker, le possible rétablissement de la peine de
mort, envisagé par le chef du parti islamo-conservateur : "Si la
Turquie demain matin devait réintroduire la peine de mort, nous
arrêterions immédiatement les négociations parce qu'un pays qui dispose
dans son arsenal législatif de la peine de mort n'a pas sa place au
sein de l'Union européenne", a prévenu le Luxembourgeois. (AFP, 25 juillet
2016)
L'UE récuse les allégations d'Erdogan concernant ses engagements financiers
L'UE tient ses engagements financiers en faveur des réfugiés syriens en
Turquie, a affirmé mardi un porte-parole de la Commission européenne,
en réponse aux accusations du président turc Recep Tayyip Erdogan qui
affirme n'avoir reçu aucun soutien.
"L'Union européenne respecte ses engagements et toute suggestion du
contraire n'est pas vraie", a répondu Margaritis Schinas, porte-parole
en chef de l'exécutif européen, interrogé lors de son point de presse
quotidien.
Le président turc a accusé lundi dans un entretien à la télévision
allemande ARD les Européens de ne pas tenir leurs engagements en
matière d'aide financière pour les réfugiés syriens.
Affirmant que les gouvernements européens "ne sont pas honnêtes", il a
avancé que sur les trois milliards d'euros promis par l'UE, seuls "un à
deux millions" ont été versés.
Selon les chiffres présentés mardi aux journalistes par Margaritis
Schinas, environ 740 millions d'euros ont déjà été alloué dans le
budget européen, et la Commission s'apprête à "adopter une mesure
spéciale supplémentaire" pour allouer 1,4 milliard d'euros.
Sur ces 740 millions, 105 millions ont déjà été dépensés, a précisé une source à la Commission.
"Ce qui monte le total à 2,15 milliards avant la fin du mois" en
direction des réfugiés et des communautés qui les accueillent, a résumé
le porte-parole.
Les fonds de l'UE sont destinés aux réfugiés, "pas au gouvernement (turc)", a-t-il par ailleurs insisté.
L'UE, soucieuse de réduire le nombre de migrants entrant sur son sol, a
conclu le 18 mars un accord controversé avec la Turquie qui prévoit une
aide financière conséquente en échange notamment de la promesse
qu'Ankara accueille sur son sol les réfugiés syriens.
Lors de son entretien, M. Erdogan a chiffré à 12 milliards de dollars
les dépenses effectuées par la Turquie pour venir en aide aux réfugiés
fuyant la guerre en Syrie. (AFP, 26 juillet
2016)
Ankara fait fi des critiques européennes et poursuit la riposte
La Turquie a porté samedi à 30 jours la durée des gardes à vue, a
dissous plus de 2.000 institutions, dont la garde présidentielle, et
prévenu l'UE qu'elle ne faiblirait pas dans sa riposte aux partisans du
prédicateur Fethullah Gülen, accusés d'être à l'origine du putsch
manqué.
Ce que les responsables européens "disent ne m'intéresse pas et je ne
les écoute pas", a déclaré le président Recep Tayyip Erdogan dans une
interview à la chaîne française France 24.
Enième critique venue de responsables de l'UE, peu après la diffusion
de cet entretien samedi, le chef du gouvernement italien Matteo Renzi
reprochait à Ankara de "mettre en prison l'avenir" du pays, où l'état
d'urgence a été instauré jeudi pour la première fois en quinze ans.
Ses premiers effets concrets ont été déclinés dans le Journal officiel:
extension de quatre à 30 jours de la durée maximale de garde à vue;
radiation à vie des fonctionnaires liés à Fethullah Gülen. Et samedi
soir, un responsable a annoncé l'arrestation de Hails Hanci, qualifié
de "bras droit" de M. Gülen.
Ont été fermés 1.043 établissements d'enseignement, 15 universités,
1.229 associations et fondations, 19 syndicats... Le président Erdogan
a répété sa volonté d'éradiquer ce "virus", ce "cancer" qui se serait
"métastasé" dans les institutions.
Certes, la justice a annoncé l'élargissement de 1.200 militaires du
rang, une décision de libération inédite depuis le début des purges
massives après l'échec du coup d'Etat qui s'est soldé par 270 morts,
dont 24 mutins.
Mais dans la soirée de samedi, le Premier ministre Binali Yildirim a
annoncé à la télévision la dissolution de la garde présidentielle, car
"elle n'a pas de raison d'être". Après le putsch manqué, 283 de ses
2.500 membres ont été arrêtés.
M. Yildirim a également indiqué que 13.002 gardes à vue avaient été
prononcées depuis les événements de la nuit du 15 au 16 juillet et
5.837 personnes placées en détention, dont 3.718 soldats et 123
généraux.
- 'Plus sauvage que Daech' -
"Venez ici! Venez voir à quel point c'est grave!", a lancé le ministre
des Affaires européennes Omer Celik à ceux qui penseraient "que c'est
juste un jeu de Pokémon". M. Gülen, a-t-il ajouté, est "plus dangereux
qu'Oussama Ben Laden" et son mouvement "plus sauvage que Daech",
acronyme arabe du groupe Etat islamique (EI).
Le responsable a toutefois assuré que l'accord du 20 mars entre Ankara
et Bruxelles, qui a permis d'assécher le flux des migrants en route
vers l'Union européenne (UE), avait continué à être appliqué "sans
accroc" et appelé de ses voeux "un nouvel élan" dans les négociations
d'adhésion avec l'UE.
Le président Erdogan s'est montré moins volontariste et a répété que si
le peuple l'exigeait et si le Parlement le votait, il accepterait le
rétablissement de la peine de mort, ce qui risque de torpiller le
processus d'adhésion.
- Gülen au bout du fil ? -
Avant une manifestation qui s'annonce massive dimanche place Taksim à
Istanbul, les partisans de M. Erdogan redescendaient dans les rues
samedi soir, crier leur haine de Fethullah Gülen, dont un neveu a été
interpellé, outre son proche collaborateur Hails Hanci.
"On ramènera aussi ce traître (...) de Pennsylvanie", a affirmé
vendredi le ministre des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu lors d'un
de ces rassemblements dans la ville côtière d'Antalya (sud).
Dans un contexte de tensions entre Ankara et Washington, le président
Barack Obama a prévenu que la question d'une éventuelle remise du
septuagénaire, exigée par les Turcs, serait traitée conformément à la
loi américaine.
Par le passé, les Etats-Unis "nous ont fait plusieurs demandes
d'extradition, (...) nous ne leur avons jamais demandé aucun document",
a déclaré M. Erdogan, qui a assuré que des preuves seraient envoyées
d'ici "une dizaine de jours".
Le président turc a affirmé que le chef d'état-major de l'armée Hulusi
Akar, resté loyal et pris en otage par les putschistes, s'était vu
proposer par ses ravisseurs de s'entretenir au téléphone avec Fethullah
Gülen.
Si les autorités sont déterminées à poursuivre le grand ménage dans les
services de sécurité, Hakan Fidan, le patron des puissants services de
renseignement, le MIT, pris en défaut par le putsch, a pour le moment
sauvé sa tête.
Le principal parti prokurde (HDP) a réuni quelques milliers de
personnes à Istanbul, pour protester contre le putsch mais aussi contre
l'état d'urgence.
(AFP, 23 juillet
2016)
L'UE suit "de très près et avec inquiétude" l'application de l'état d'urgence
L'Union européenne a déclaré suivre "de très près et avec inquiétude"
l'application de l'état d'urgence décrété en Turquie à la suite du coup
d'Etat manqué du 15 juillet, après lequel Ankara a lancé une
gigantesque purge.
Alors que la Turquie venait de vivre sa sa première journée en état
d'urgence depuis 15 ans, la chef de la diplomatie de l'UE, Federica
Mogherini, et le commissaire européen à l'Elargissement, Johannes Hahn,
ont exprimé dans la soirée de jeudi la préoccupation de Bruxelles.
"Nous suivons les développements concernant l'état d'urgence que la
Turquie a déclaré après la tentative de coup d'Etat, que l'UE a
condamné, de très près et avec inquiétude", ont déclaré dans un
communiqué commun les deux responsables européens.
L'entrée en vigueur de l'état d'urgence est survenue "dans la foulée
des récentes décisions inacceptables concernant l'enseignement, la
justice et les médias", ont-ils souligné.
L'UE appelle donc une nouvelle fois les autorités turques "à respecter
en toutes circonstances l'état de droit, les droits de l'Homme et les
libertés fondamentales, y compris le droit de chacun à un procès
équitable".
L'appel de l'UE est intervenu alors que la vaste purge déclenchée par
le président Recep Tayyip Erdogan après l'échec du coup d'Etat
militaire contre lui continuait à plein régime, suscitant l'inquiétude
dans plusieurs capitales occidentales. Berlin a encore appelé jeudi
Ankara à respecter "la juste mesure des choses".
Près de 60.000 personnes, notamment des militaires, des juges ou des
professeurs, ont été arrêtées, suspendues ou limogées, selon un
comptage de l'AFP.
Jusqu'à présent, 10.410 personnes ont été placées en garde à vue et
4.060 ont été mises en détention, a indiqué M. Erdogan lors d'une brève
allocution à Ankara dans les premières heures de vendredi.
L'état d'urgence n'a pas empêché les Turcs de descendre en masse dans la rue, à l'appel du président.
Munies de flambeaux et de drapeaux, plusieurs milliers de personnes se
sont rassemblées dans la nuit de jeudi à vendredi sur le pont du
Bosphore, qui relie les deux parties d'Istanbul, avec des pancartes
proclamant "Nous veillons pour la patrie", a constaté une journaliste
de l'AFP.
"J'appelle le peuple héroïque qui a réussi à mettre en échec le coup
d'Etat militaire à poursuivre la veille pour la démocratie sur les
places publiques jusqu'à ce que notre pays soit définitivement sorti de
cette période difficile", a lancé M. Erdogan dans son allocution
télévisée.
"Notre gouvernement et nos forces de sécurité poursuivent les opérations avec détermination et succès", a-t-il assuré.
Selon un bilan révisé communiqué par le gouvernement turc, le putsch a
fait 265 morts parmi lesquels 24 mutins dans la nuit dramatique du 15
au 16 juillet.
L'état d'urgence a été instauré pour trois mois et prévoit notamment
des restrictions aux libertés de manifester ou de circuler.
- 'Traîtres terroristes' -
Sous l'état d'urgence, la Turquie va déroger à la Convention européenne
des droits de l'homme, a déclaré le porte-parole du gouvernement, Numan
Kurtulmus.
Cet article reconnaît aux gouvernements, "dans des circonstances
exceptionnelles", la faculté de déroger, "de manière temporaire,
limitée et contrôlée", à certains droits et libertés garantis par la
CEDH.
Cette dérogation prémunit donc la Turquie contre d'éventuelles
condamnations de la CEDH alors que des purges sont en cours dans
l'armée, la justice, la magistrature, les médias et l'enseignement.
Malgré les restrictions au droit de manifester prévues par l'état
d'urgence, de nombreux Turcs ont reçu un texto de "R.T.Erdogan" les
appelant à continuer de descendre dans la rue et à poursuivre "la
résistance héroïque" contre les "traîtres terroristes".
Une expression faisant référence aux partisans du prédicateur exilé aux
Etats-Unis Fethullah Gülen, accusés d'avoir noyauté l'Etat et fomenté
le putsch.
Un porte-parole du parti AKP au pouvoir, Yasin Aktay, a qualifié jeudi
soir le puissant réseau d'écoles, entreprises et ONG du prédicateur
septuagénaire de "structure clandestine et ésotérique (...) qui
retourne les fils contre leur père".
Ankara demande à la justice américaine de lui remettre M. Gülen,
affirmant avoir transmis à Washington des preuves de son implication,
qui n'ont toujours pas été rendues publiques.
- Humiliés et brutalisés -
Lors de son allocution de vendredi, M. Erdogan a proclamé le 15 juillet
"jour de commémoration des martyrs" tombés lors du putsch avorté.
"Les générations à venir n'oublieront jamais tous les civils, policiers
et soldats héros de la résistance démocratique du 15 juillet", a-t-il
déclaré.
Traitement diamétralement opposé pour les putschistes présumés: des
figures emblématiques de l'armée arrêtées sont désormais présentées
comme des traîtres, exhibées devant les médias d'Etat, humiliées et
probablement brutalisées.
Mais Ankara assure toujours ignorer qui a été sur le terrain le grand
organisateur du coup d'Etat. "On ne sait pas. Ce n'est pas clair", a
dit M. Kurtulmus à des journalistes étrangers. "Il y a tant de noms
dans les dossiers, tant de personnes de niveau moyen et élevé".
(AFP, 23 juillet
2016)
Erdogan dit au chef de la diplomatie française de "se mêler de ses affaires"
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a demandé mercredi au ministre
français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault de "se mêler de ses
affaires" en réponse à ses critiques sur les purges en Turquie après le
coup d'Etat raté.
Le chef de la diplomatie française avait réclamé dimanche le respect de
l'Etat de droit en Turquie, refusant tout "chèque en blanc" au
président Erdogan, qui a lancé une vaste purge au lendemain de la
tentative de putsch.
"Il devrait se mêler de ses affaires", a déclaré M. Erdogan dans une
interview à Al-Jazeera. "Est-ce qu'il a l'autorité pour faire ces
déclarations à mon propos? Non, il ne l'a pas. S'il veut une leçon de
démocratie, nous pouvons aisément lui donner", a-t-il poursuivi.
M. Ayrault avait estimé qu'il "fallait condamner le coup d'Etat en
Turquie, c'est la moindre des choses". Mais "nous voulons que l'Etat de
droit fonctionne pleinement, ce n'est pas un chèque en blanc pour M.
Erdogan", avait-il ajouté.
"Il ne faut pas faire de purges. Ceux qui ont porté atteinte à la
démocratie doivent pouvoir être poursuivis dans le cadre de l'Etat de
droit", a répété M. Ayrault.
La vaste purge engagée en Turquie a suscité de nouvelles critiques
mercredi du porte-parole de la chancelière allemande Angela Merkel,
Steffen Seibert, selon qui "presque quotidiennement, de nouvelles
mesures sont prises, qui sont contraires à un mode d'action respectant
l'Etat de droit".
Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a toutefois apporté le
soutien américain à M. Erdogan, refusant de "commenter" les purges
opérées par Ankara.
(AFP, 20 juillet
2016)
Le CCBE est extrêmement préoccupé par l'arrestation des milliers de juges
Le Conseil des barreaux européens (CCBE)
a suivi les événements alarmants qui ont eu lieu en Turquie au cours
des derniers jours. Le CCBE est extrêmement préoccupé par les diverses
évolutions, y compris des rapports selon lesquels des milliers de juges
ont été arrêtés et révoqués. À cet égard, il a écrit au président Recep
Tayyip Erdoğan et a contacté la Commission européenne et le SEAE.
Ces arrestations de masse ont des conséquences inquiétantes pour l'état
de droit. Un pouvoir judiciaire indépendant est une composante
essentielle au respect de l'état de droit dans une société libre, et
l'application impartiale de l'état de droit exige l'indépendance
judiciaire, à savoir l'indépendance vis-à-vis du gouvernement.
À cet égard, le CCBE souligne l'importance des Principes fondamentaux
des Nations unies relatifs à l'indépendance de la magistrature, qui
prévoient que l'indépendance de la magistrature est garantie par l'État
et énoncée dans la Constitution ou la législation nationales. Les
Principes fondamentaux prévoient que le devoir de toutes les
institutions gouvernementales et autres est de respecter l'indépendance
du pouvoir judiciaire.
Le CCBE souligne également le fait que les Principes fondamentaux des
Nations Unies comportent la disposition suivante : « Un juge ne peut
être suspendu ou destitué que s'il est inapte à poursuivre ses
fonctions pour incapacité ou inconduite. »
À la lumière des événements récents, le président du CCBE, Michel
Benichou, a déclaré : « nous sommes tous choqués par les évolutions
récentes et leurs conséquences possibles. On ne saurait trop insister
sur l'importance de la sauvegarde de l'état de droit. L'indépendance du
pouvoir judiciaire est indispensable au fonctionnement de toute
démocratie. Une société libre n'existe que si elle est régie par l'état
de droit. »
Le CCBE continuera à suivre la situation en Turquie, à observer les évolutions et leurs conséquences possibles.
À propos du CCBE
Le Conseil des barreaux européens (CCBE) représente les barreaux de 32
pays membres et 13 pays associés et observateurs, soit plus d'un
million d'avocats européens. Fondé en 1960, le CCBE est reconnu comme
le porte-parole de la profession d'avocat en Europe par les
institutions européennes. Il assure la liaison entre l'Union européenne
et les barreaux nationaux. Le CCBE est en contact régulier avec les
représentants de la Commission, les eurodéputés et leurs collaborateurs
responsables des questions concernant la profession d'avocat. Le CCBE
est établi en Belgique sous la forme d'une association internationale
sans but lucratif.
Les Européens mettent en garde la Turquie contre le retour de la peine de mort
Les Etats-Unis, l'Union Européenne et l'Otan ont mis en garde lundi la
Turquie contre la tentation d'une répression généralisée et du
rétablissement de la peine de mort, trois jours après le coup d'Etat
avorté, exhortant Ankara à "respecter l'Etat de droit".
"Nous appelons le gouvernement de Turquie à respecter les institutions
démocratiques de la nation et l'Etat de droit", a martelé le secrétaire
d'État américain, John Kerry, à l'issue d'une réunion à Bruxelles avec
les ministres des Affaires étrangères de l'UE.
"Le niveau de vigilance et de surveillance va être important dans les
jours qui viennent", a prévenu M. Kerry, lors d'une conférence de
presse avec la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini.
Trois jours après le putsch qui a fait au moins 308 morts, dont plus de
100 mutins, un total de 7.543 suspects étaient en garde à vue lundi,
dont 6.038 militaires, 755 magistrats et 100 policiers.
"Nous disons aujourd'hui que l'Etat de droit doit être protégé pour le bien" de la Turquie, a affirmé de son côté Mme Mogherini.
La diplomate italienne, qui coordonne l'action extérieure de l'UE, a
aussi averti la Turquie que sa candidature à l'UE pourrait être remise
en cause après les déclarations du président Recep Tayyip Erdogan
évoquant une possible réintroduction de la peine de mort.
"Aucun pays ne peut adhérer à l'UE s'il introduit la peine de mort", a dit Mme Mogherini.
La chancelière allemande Angela Merkel a téléphoné lundi au président
turc pour lui passer ce message. Elle a souligné "très clairement" à M.
Erdogan que la peine de mort ne serait "en aucun cas compatible avec
une adhésion à l'UE", selon une porte-parole du gouvernement.
L'Allemagne est le pays européen qui compte la plus grande communauté
turque hors de Turquie. Samedi, Mme Merkel, cheville ouvrière de
l'accord UE-Turquie sur les réfugiés, avait déjà appelé M. Erdogan à
traiter les putschistes en respectant "l'Etat de droit".
- Le 'courage' des Turcs -
De son côté, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc
Ayrault, a affirmé que les Européens "feront tout pour que la peine de
mort ne soit pas rétablie".
"La Turquie a pris des engagements, elle est signataire de la
Convention européenne des droits de l'Homme, elle est membre du Conseil
de l'Europe", a rappelé M. Ayrault à Bruxelles.
La peine de mort a été officiellement abolie en Turquie en 2004 dans le
cadre de la candidature d'Ankara à l'entrée dans l'Union européenne.
"Aucun Etat membre" du Conseil de l'Europe "ne peut exercer la peine de
mort", a souligné le secrétaire général de cette organisation,
Thorbjørn Jagland.
Le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, a de son côté
téléphoné au président turc, a indiqué l'Alliance atlantique, dont la
Turquie est un membre stratégique.
"Il est essentiel pour la Turquie, comme pour tous les autres alliés,
de respecter pleinement la démocratie et ses institutions, l'ordre
constitutionnel, l'Etat de droit et les libertés fondamentales", a
estimé M. Stoltenberg.
Mais le chef de l'Otan a aussi à nouveau "condamné" la tentative de
coup d'Etat et apporté son "soutien total aux institutions
démocratiques turques", estimant que "le peuple de Turquie a fait
preuve d'un grand courage". (AFP, 18 juillet
2016)
Erdoğan to Merkel: Turkey frustrated by ‘Armenian genocide’ bill
Turkish President Recep Tayyip Erdoğan expressed his discomfort with a
German parliament’s resolution on the mass killings of Armenians at the
hands of the Ottomans a century ago when he met with German Chancellor
Angela Merkel on the sidelines of the NATO summit in Warsaw on July 9.
“The Turkish president expressed Turkey’s frustration and discomfort
with the resolution, while the German chancellor vowed to show the
necessary sensitivity required for the move to not cast a shadow over
bilateral relations,” Turkey’s state-run Anadolu Agency said.
A source close to the Turkish Presidency said Merkel stressed she would
do her utmost to ensure this event would not harm German-Turkish
relations, Reuters reported.
In a press conference after the meeting, Merkel said she had talked
through German-Turkish differences in a constructive spirit with
Erdoğan but the issues had not disappeared.
“We discussed all outstanding issues. The atmosphere was
constructive... and very businesslike in an effort to solve the
existing conflicts,” Merkel told reporters.
Asked whether they had been resolved, she said: “The differences don’t
just disappear through such a discussion. But I believe it was
important that we talked them through.”
The German parliament passed the resolution on June 2, causing outrage
in Turkey, which denies the accusation. Relations between the two
countries have been strained since then, with Ankara withdrawing its
ambassador from Berlin.
In apparent retaliation, German parliamentarians were denied access to
the İncirlik Air Base in southeastern Turkey, where some 250 German
troops are participating in NATO operations against Islamic State of
Iraq and the Levant (ISIL) militants in Iraq, prompting protests from
the Berlin government.
The Turkish source said Merkel had raised the issue and asked Erdoğan
to restore access to İncirlik for lawmakers, who approve all military
spending and investment.
Erdoğan had replied that the air base was not a place for “public shows
and marketing” but Turkey would consider the request in the light of
German statements on relations, the source said, according to Reuters.
The source close to the Turkish Presidency said Merkel also expressed
satisfaction with the way Turkey was keeping its word in preventing
refugees and migrants crossing the Aegean Sea to Greece after more than
1 million flooded into Europe last year, most ending up in Germany.
The two leaders also discussed intelligence cooperation in the fight
against foreign fighters recruited by ISIL in Syria, some of whom have
returned to carry out attacks in Europe.
Meanwhile, Erdoğan conveyed his condolences to U.S. President Barack
Obama over the tragic events unfolding in the U.S. recently during the
course of the summit.
Separately, the Turkish president told U.K Prime Minister David Cameron
he respected the vote of the British people to exit from the European
Union.
Erdoğan also met with the presidents of Ukraine, Finland, Bosnia and Herzegovina and Azerbaijan. (hurriyetdailynews.com, July 9, 2016)
Européens et Turcs se rapprochent sans taire leurs griefs mutuels
Européens et Turcs ont fait jeudi à Bruxelles un pas de plus dans leur
rapprochement, en ouvrant un nouveau chapitre des négociations
d'adhésion d'Ankara à l'UE, sans taire leurs récriminations mutuelles
sur la liberté de la presse ou la lutte contre la guérilla kurde.
Le ministre néerlandais des Affaires étrangères Bert Koenders, qui a
présidé à cette avancée, a rappelé qu'elle résulte de l'engagement pris
par l'UE de "redynamiser le processus d'adhésion" de la Turquie, à la
faveur d'un rapprochement sans précédent fin 2015 pour tenter
d'endiguer la crise migratoire.
Mais, a-t-il immédiatement ajouté, "l'UE exhorte la Turquie à des
réformes rapides, particulièrement dans les domaines de l'Etat de droit
et les droits de l'Homme".
"Il est important que la Turquie s'attaque à plusieurs graves
défaillances", a renchéri le commissaire européen à l'Elargissement
Johannes Hahn, au moment où la guerre ouverte déclarée par le pouvoir
islamo-conservateur turc à certains intellectuels et médias
d'opposition ne montre aucun signe d'essoufflement.
L'ouverture avant fin juin d'un seizième chapitre de négociations,
portant sur les questions budgétaires, était prévue dans un accord
migratoire inédit et décrié, conclu en mars à Bruxelles. Depuis, le
flot de migrants tentant de rallier l'Europe en traversant la mer Egée
depuis les côtes turques a quasiment cessé.
Quelque 7.000 migrants gagnaient quotidiennement les îles grecques au
plus haut de la crise, en octobre 2015. Grâce aux actions entreprises
par la Turquie contre les passeurs, "il y en a maintenant cinquante,
même moins, chaque jour", s'est félicité le chef de la diplomatie
turque, Mevlüt Cavusoglu.
En échange, les Européens se sont engagés à accueillir des réfugiés
syriens directement depuis la Turquie, ont promis de relancer les
négociations d'adhésion au point mort depuis des années, et d'accélérer
l'octroi aux ressortissants turcs de visas pour de courts séjours dans
l'UE.
Mais la lune de miel n'a guère duré, le président turc Recep Tayyip
Erdogan appréciant peu que les Européens campent sur certaines de leurs
exigences avant de libéraliser le régime de visas, une perspective très
attendue par l'opinion publique turque.
- 'Deux poids, deux mesures' -
La question est très sensible, puisqu'elle touche un point de désaccord
fondamental entre l'UE et Ankara: la lutte antiterroriste.
Pour Bruxelles, il est impossible d'aller de l'avant sur les visas tant
que la législation antiterroriste turque permettra "d'emprisonner et de
poursuivre" des journalistes et intellectuels simplement "pour avoir
exprimé leur point de vue (...) d'une manière non violente".
A l'inverse, les ministres turcs présents jeudi ont de nouveau accusé
les Européens de faire "deux poids deux mesures" en étant trop
permissifs avec la guérilla kurde du Parti des travailleurs du
Kurdistan.
"Il y a en Europe des personnes et partis politiques qui soutiennent le
PKK parce que leur idéologie est proche de la leur", a dénoncé Mevlüt
Cavusoglu, appelant l'UE à "cesser de faire une distinction" entre les
jihadistes du groupe Etat islamique (EI) et le PKK.
Plusieurs organisations proches du PKK, placé sur la liste
d'organisations terroristes de l'UE, sont très actives en Europe,
notamment en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas et en France.
"Dans les capitales européennes, les drapeaux et insignes de Daech
(acronyme arabe de l'EI, ndlr) ne sont pas autorisés", a argué le
ministre turc aux Affaires européennes, Omer Celik. "De la même façon,
le PKK, qui se manifeste par des drapeaux, collecte des fonds (...) ne
devrait pas être permis!".
Face aux menaces du président Erdogan de dénoncer l'accord migratoire, les Européens semblent prêts à lâcher un peu de lest.
"L'intention (...) n'a jamais été de limiter les capacités de la
Turquie à combattre efficacement le terrorisme, bien au contraire", a
assuré jeudi le porte-parole de la Commission, Margaritis Schinas, deux
jours après le triple attentat-suicide qui a fait 43 morts à l'aéroport
d'Istanbul.
Même si Bruxelles exclut tout élargissement de l'UE avant 2020, des
préparatifs sont en cours pour ouvrir cinq autres chapitres dans les
négociations d'adhésion d'Ankara, sur un total de 35. (AFP, 30 juin
2016)
Turquie-USA-OTAN /
Turkey-USA-NATO
Le président turc dit aux Occidentaux de se "mêler de leurs affaires"
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a rejeté vertement les critiques
des Occidentaux inquiets des purges de masse en cours deux semaines
après le putsch raté, leur conseillant de "se mêler de leurs affaires".
Le grand "coup de balai" en Turquie s'est étendu vendredi au monde des
affaires, avec de premières gardes à vue de dirigeants d'entreprise,
tandis que 17 journalistes dont des figures de premier plan ont été
inculpés pour appartenance "à une organisation terroriste" et écroués.
A ce jour, plus de 18.000 personnes ont été mises en garde à vue à un
moment donné, dont près de 10.000 sont poursuivies et placées en
détention préventive, a dit le ministre de l'Intérieur vendredi, et
3.500 ont été libérées.
Quelque 50.000 passeports ont été annulés, une "précaution contre le
risque de fuite des terroristes", a précisé un responsable turc, alors
que la Turquie s'est installée dans l'état d'urgence pour trois mois.
Accusé du putsch par le président Erdogan sans qu'aucune preuve
publique n'ait été fournie, le prédicateur septuagénaire Fethullah
Gülen a démenti tout rôle dans le coup d'Etat avorté, depuis son exil
américain.
Mais ses sympathisants présumés sont les victimes d'une chasse aux
sorcières radicale qui touche l'armée, les médias, la justice et
l'éducation.
Le ministre allemand des Affaires étrangères a dénoncé jeudi des purges
qui "dépassent toute mesure" et l'Union européenne laissait entrevoir
un gel des négociations d'adhésion d'Ankara en cas de violation de
l'Etat de droit.
Mais M. Erdogan a fait fi de ces mises en garde.
"Certains nous donnent des conseils. Ils se disent inquiets. Mêlez-vous
de vos affaires!", a lancé M. Erdogan depuis son palais présidentiel à
Ankara.
"Ces pays dont les leaders ne sont pas inquiets pour la démocratie
turque, ni pour la vie de nos citoyens et leur avenir alors qu'ils sont
tellement préoccupés par le sort des putschistes, ne peuvent pas être
nos amis", a-t-il ajouté.
Signe de la tension avec l'UE, le président de la Commission européenne
Jean-Claude Juncker a estimé que l'accord entre l'Union et la Turquie
pour freiner l'afflux de réfugiés en Europe occidentale risquait de
capoter, dans un entretien au journal autrichien Kurier.
Le président turc a toutefois fait un geste de bonne volonté en
affirmant abandonner les poursuites en justice lancées contre des
personnes accusées de l'avoir insulté.
Un des leaders de l'opposition était notamment poursuivi ainsi que plus de 2.000 autres personnes, selon des chiffres officiels.
- Purges dans les affaires -
Vendredi, la purge s'est étendue aux secteurs des affaires. Mustafa
Boydak, président du conglomérat familial Boydak Holding, a été arrêté
à Kayseri (centre), en même temps que deux dirigeants de son groupe,
Sukru Boydak et Halit Boydak, a rapporté l'agence de presse
progouvernementale Anadolu.
Des mandats d'arrêt ont également été délivrés contre l'ex-président de
ce groupe qui a des intérêts dans l'énergie, la finance et les meubles,
ainsi que contre deux proches.
Vingt-et-un journalistes ont aussi comparu devant un tribunal, dont
Nazli Ilicak, ancienne députée, licenciée du quotidien
progouvernemental Sabah en 2013 après avoir critiqué des ministres
empêtrés dans un scandale de corruption -- orchestré, selon Ankara, par
Fethullah Gülen.
Des confrères s'étaient rassemblés devant le tribunal pour les soutenir, a constaté une journaliste de l'AFP.
Sur les 21 journalistes, 17 dont Nazli Ilicak ont été placés en
détention préventive et sont poursuivis pour appartenance à "un groupe
terroriste", a rapporté l'agence Anadolu.
Les quatre autres ont été remis en liberté, dont Bulent Mumay, ancien
éditeur du quotidien Hurriyet et figure connue du monde des médias.
Le Premier ministre Binali Yildirim a par ailleurs affirmé que l'armée était maintenant "nettoyée" de ses éléments pro-Gülen.
- Critiques 'ridicules' -
Le chef de la diplomatie Mevlut Cavusoglu a assuré que l'armée turque
continuerait la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique et
sortirait renforcée de son remaniement, en réponse aux critiques
"ridicules" du général américain Joe Votel, chef des forces américaines
au Moyen-Orient.
Le président Erdogan a accusé ce général de "prendre le parti des
putschistes", des accusations démenties par le chef militaire américain.
"Toute information selon laquelle j'ai quoi que ce soit à voir avec la
récente tentative de coup d'Etat en Turquie est complètement fausse", a
déclaré le général Votel.
La veille, il avait dit "craindre l'impact" des purges dans l'armée
turque sur les relations entre Washington et la hiérarchie militaire
turque, selon des médias américains.
L'armée turque a subi un vaste remaniement après le limogeage de près de la moitié de ses généraux (149).
"Toutes les bases dont sont partis les hélicoptères et les chars seront
fermées", a annoncé le Premier ministre, "nous éliminerons tous les
risques de nouveau putsch", a-t-il tonné devant la presse.
Par ailleurs, après le Kirghizistan, Ankara a mis en garde le
Kazakhstan concernant des écoles "turco-kazakhes" liées à Fethullah
Gülen.
(AFP, 29 juillet
2016)
Erdogan accuse un général américain de "prendre le parti des putschistes"
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé vendredi un général
américain de "prendre le parti des putschistes" pour avoir dit craindre
que les purges en cours en Turquie n'aient des conséquences sur les
relations bilatérales avec les Etats-Unis.
"Vous prenez le parti des putschistes au lieu de défendre un pays qui a
mis en échec la tentative de coup d'Etat", a déclaré M. Erdogan après
une cérémonie dans un centre d'entraînement de l'armée bombardé par les
putschistes dans la nuit du 15 au 16 juillet. Quarante-sept personnes y
avaient été tuées, une des attaques les plus meurtrières commises par
les mutins.
"Celui qui a ourdi le coup d'Etat est déjà dans votre pays et vous le
nourrissez", a-t-il ajouté, évoquant le prédicateur Fethullah Gülen,
qui vit en exil aux Etats-Unis dont Ankara demande l'extradition.
Le général américain Joseph Votel, commandant des opérations du
Pentagone au Moyen-Orient, a déclaré jeudi soir, selon des médias
américains, pendant un colloque organisé par le centre de réflexion
Aspen, "craindre l'impact que pourraient avoir" les purges en cours
dans l'armée turque sur les relations que Washington entretient avec
des membres de la hiérarchie militaire turque.
Interrogé pour savoir si certains des interlocuteurs de Washington au
sein de l'armée turque étaient détenus, il a répondu : "oui, je pense
que certains sont en prison".
Le général a souligné que la Turquie était un partenaire très important
de son pays dans la lutte contre le groupe Etat islamique (EI), entre
autres en termes de partage de renseignements.
Ce pays, qui a mis à disposition de la coalition internationale
antijihadiste menée par Washington la base aérienne d'Incirlik pour
procéder à ses frappes aériennes en Irak et en Syrie, "est plus qu'un
endroit où nous entreposons nos équipements", avait ajouté le général
américain.
(AFP, 29 juillet
2016)
Fethullah Gülen demande aux Etats-Unis de ne pas l'extrader
L'opposant turc Fethullah Gülen demande aux autorités américaines de
"résister" à la "tentation de donner (au président turc) Erdogan tout
ce qu'il veut", notamment en l'extradant vers son pays d'origine, dans
un éditorial publié mardi sur le site du New York Times.
Exilé aux Etats-Unis depuis 1999, Fethullah Gülen est accusé par Recep
Tayyip Erdogan d'avoir initié la tentative de coup d'Etat du 15 juillet
en Turquie, qui a été mise en échec.
Dans l'éditorial, il réfute une nouvelle fois ces accusations, condamne
le coup d'Etat manqué et rappelle qu'il a toujours été opposé à la
violence.
Il s'inquiète aujourd'hui de la stratégie du président turc, qui
"soumet les Etats-Unis à un chantage en menaçant de réduire son soutien
à la coalition contre le groupe Etat islamique".
"Son objectif: obtenir mon extradition, malgré l'absence de preuve
crédible et sans aucune perspective d'un procès équitable", écrit
l'ancien imam, âgé de 75 ans.
"La tentation de donner à M. Erdogan tout ce qu'il veut est
compréhensible", explique-t-il. "Mais les Etats-Unis doivent y
résister."
Fethullah Gülen dénonce "l'évolution du gouvernement Erdogan vers une
dictature" et s'inquiète de ses effets sur la société turque.
Pour préserver la paix et la démocratie au Moyen-Orient, "les
Etats-Unis ne doivent pas céder à un autocrate qui est en train de
profiter d'une tentative de putsch pour réaliser son propre coup d'Etat
au ralenti", exhorte l'opposant turc.
La Turquie doit prochainement demander formellement à Washington l'extradition du prédicateur.
Dimanche, le ministre turc de la Justice, Bekir Bozdag, a directement mis en cause les Etats-Unis dans ce dossier.
"L'Amérique sait que Fethullah Gülen est derrière ce coup", a-t-il déclaré. (AFP, 26 juillet
2016)
Un binational turco-canadien arrêté en Turquie, innocent selon sa famille
Un membre de la famille d'un binational
turco-canadien arrêté en Turquie a affirmé dimanche au Canada que
celui-ci n'était pas un proche du prédicateur Fethullah Gülen et
n'avait joué aucun rôle dans le coup d'État manqué du 15 juillet.
Interrogé par la chaîne publique canadienne CBC, Selman Durmus a
déclaré être "très inquiet" pour son beau-frère présenté sous le nom de
Davud Hanci accusé, a-t-il dit, "d'être le bras droit de Fethullah
Gülen", le prédicateur considéré par Ankara comme l'instigateur du coup
d'Etat manqué du 15 juillet en Turquie.
M. Hanci, qui vit à Calgary (ouest du Canada), travaille comme imam
pour les services correctionnels canadiens, a précisé M. Durmus qui a
expliqué être le frère de son épouse.
Les autorités turques avaient annoncé samedi l'arrestation d'un homme
de nationalité canadienne, et l'avaient identifié comme Halis Hanci.
Selon elles, c'est un proche collaborateur de Fethullah Gülen.
Selon l'agence de presse Anadolu, la personne en question s'appelle
Davut Hanci (BIEN: Davut Hanci) et Halis Hanci est un "nom de code" de
cette personne, Halis signifiant "pur". Cet homme avait pénétré en
Turquie une semaine avant la pustch raté, selon Anadolu.
M. Durmus a expliqué que son beau-frère avait été arrêté devant son
épouse qui l'a aussitôt appelé au Canada. Il a reconnu que celui-ci
avait "du respect pour l'idéologie de M. Gülen", mais il a affirmé que
M. Hanci "ne jouait aucun rôle au sein du mouvement".
Ce proche a aussi souligné que l'homme figurant en compagnie de M.
Gülen sur une photo, qui circule actuellement dans les médias turcs,
n'était pas son beau-frère.
M. Durmus a aussi assuré que M. Hanci n'avait "évidemment" joué aucun
rôle dans le coup d'Etat, relevant en outre que celui-ci avait fait
l'objet d'une enquête de sécurité dans le cadre de son travail pour les
services pénitentiaires.
Selon lui, M. Hanci avait quitté Calgary le 7 juillet avec sa famille pour aller rendre visite à son père.
Interrogé au sujet de ce ressortissant turco-canadien, un porte-parole
du ministère canadien des Affaires étrangères a indiqué à l'AFP avoir
"connaissance d'un individu détenant la nationalité canadienne et
turque qui est détenu en Turquie".
"Des responsables consulaires canadiens sont en contact avec les
autorités locales et fournissent des services consulaires à cet
individu", a ajouté le porte-parole en indiquant ne pas être en mesure
de donner d'autres précisions.(AFP, 25 juillet
2016)
Les Etats-Unis autorisent le "départ volontaire" des familles en Turquie
Le département d'Etat américain a autorisé le "départ volontaire" des
familles de son personnel en Turquie après le coup d'Etat manqué du 15
juillet, une mesure prise généralement quand la situation sécuritaire
se dégrade "de manière significative".
"Le département d'Etat a pris cette décision à la suite de la tentative
de coup d'Etat du 15 juillet et de la proclamation de l'état d'urgence
pour 90 jours par le gouvernement turc", précise mardi l'ambassade des
Etats-Unis en Turquie sur son site internet.
La procédure dite de "départ autorisé" est enclenchée "quand la
situation sécuritaire dans un endroit donné s'est dégradée de manière
significative", explique un document du département d'Etat.
Les familles qui partent dans le cadre de cette procédure voient entre autres leurs frais de voyage remboursés.
Les Etats-Unis mettent en garde leurs citoyens contre un possible
renforcement des activités policières et militaires en Turquie, ainsi
que sur de possibles restrictions à la liberté de circuler.
Washington "recommande aux citoyens américains de reconsidérer leurs plans de voyage vers la Turquie", a ajouté l'ambassade.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a décrété jeudi dernier l'état
d'urgence pour une durée de trois mois afin de poursuivre les auteurs
du putsch avorté.
Ankara accuse le prédicateur exilé aux Etats-Unis Fethullah Gülen
d'avoir ourdi le coup d'Etat et a procédé à des purges de masse dans
l'armée, la justice, l'éducation et les médias. (AFP, 26 juillet
2016)
Les Etats-Unis soutiennent l'action de la Turquie contre le "coup" d'Etat avorté
Les Etats-Unis condamnent la tentative de "coup" d'Etat en Turquie et
appuient le régime du président Recep Tayyip Erdogan dans ses actions
d'épuration qui s'illustrent par des purges massives, a indiqué
mercredi le secrétaire d'Etat John Kerry.
"Nous soutenons l'élimination par le gouvernement du coup" d'Etat
manqué de vendredi soir, a déclaré M. Kerry, interrogé sur les dizaines
de milliers de personnes arrêtées, limogées ou suspendues en Turquie.
"Nous soutenons le gouvernement démocratique (...). Nous condamnons le
coup" d'Etat, a insisté John Kerry devant la presse lors d'une
conférence de donateurs pour l'Irak, refusant de "commenter" les purges
opérées par Ankara et qui touchent de larges secteurs de la société, de
l'armée aux médias en passant par les universités.
Le chef de la diplomatie américaine, qui avait insisté dimanche sur le
respect de la "démocratie" et de "l'Etat de droit" en Turquie, a
toutefois averti que "nous voulons être certains que la réponse au coup
d'Etat respecte complètement la démocratie".
L'épuration menée par le régime Erdogan cible des proches présumés du
prédicateur Fethullah Gülen, exilé aux Etats-Unis depuis 1999, accusé
d'être l'instigateur du putsch.
La Turquie réclame à Washington son extradition mais John Kerry a
réaffirmé que son administration avait besoin de ""preuves" de
l'éventuelle implication de cet opposant âgé de 75 ans. Il a expliqué
que les Etats-Unis avaient "un dispositif d'exigences (juridiques) très
strictes en matière d'extradition".
Ankara et Washington sont en principe "alliés" historiques au sein de
l'Otan et "partenaires" et "amis" dans la lutte internationale contre
le groupe Etat islamique en Irak et en Syrie. Mais les deux pays
traversent une zone de turbulences diplomatiques depuis des mois,
notamment sur le conflit syrien et sur le dossier des droits de l'homme.
Le coup d'Etat manqué risque d'envenimer encore les relations déjà très
tendues entre les deux gouvernements, selon des experts.
(AFP, 20 juillet
2016)
ONU: Respecter les droits fondamentaux est crucial pour protéger la démocratie
Respecter les droits fondamentaux comme la liberté d'expression et la
tenue de procès en bonne et due forme est crucial pour préserver la
démocratie en Turquie, a prévenu l'ONU lundi tandis que les autorités
turques procèdent à des purges après le putsch manqué.
De son côté, l'ambassadeur de Turquie à l'ONU a réclamé le soutien de la communauté internationale, et pas des critiques.
"La Turquie espère, souhaite recevoir du soutien, pas des conseils ou
des critiques", a indiqué Yasar Halit Cevik à des journalistes. "Nous
aurions aimé que le Conseil de sécurité prenne position dans les
meilleurs délais. C'est important".
Selon des diplomates, l'Egypte a bloqué samedi une déclaration du
Conseil de sécurité qui avait été proposée par les Etats-Unis après
consultation avec Ankara. Ce texte devait dénoncer la tentative de coup
d'Etat.
En revanche, à l'instar de l'ONU, les Etats-Unis, l'Union européenne et
l'Otan ont averti Ankara qu'il était crucial de respecter l'Etat de
droit, face aux représailles d'ampleur lancées par le pouvoir.
Plus de 7.500 personnes, y compris des hauts gradés de l'armée, ont été
placées en détention, et près de 9.000 policiers, gendarmes et
fonctionnaires ont été limogés dans le sillage de la tentative de coup
d'état dans la nuit de vendredi à samedi pour renverser le président
turc Recep Tayyip Erdogan.
"L'ordre constitutionnel doit être totalement préservé en vertu des
principes de démocratie et des droits fondamentaux, y compris le
respect total de la liberté d'expression et de réunion et de procès en
bonne et due forme", a affirmé lundi Farhan Haq, porte-parole des
Nations unies.
"Ces éléments sont cruciaux pour préserver la démocratie de la Turquie et sa future stabilité", a-t-il ajouté.
Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon avait appelé vendredi à un retour rapide et pacifique du pouvoir civil en Turquie.
"Les Nations unies continuent de rester fermement aux côtés de la
Turquie et de sa démocratie pendant ce moment difficile", a poursuivi
M. Haq.
L'ONU a réaffirmé son opposition à la peine de mort, soulignant que les pays l'ayant abolie ne devraient pas revenir en arrière.
Le chef de l'Etat islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan a réitéré
lundi sur la chaine américaine CNN qu'il n'écartait pas le
rétablissement de la peine de mort après le coup d'Etat manqué à la
veille du week-end.
"Mais évidemment, il faudra une décision parlementaire pour que cela
prenne effet sous forme d'une mesure constitutionnelle", a-t-il ajouté,
considérant que le coup de force mené par un groupe de militaires
constituait un "délit évident de traitrise".
Ankara a aboli la peine de mort en 2004 dans le cadre de sa candidature à l'Union européenne. (AFP, 18 juillet
2016)
Le putsch avorté en Turquie envenime la crise Washington-Ankara
Le putsch avorté en Turquie et la reprise en main par le président
Recep Tayyip Erdogan enveniment une relation Washington-Ankara déjà
empoisonnée par la guerre en Syrie et le dossier des droits de l'homme.
Alliés historiques au sein de l'Otan et officiellement côte à côte dans
la lutte contre le groupe Etat islamique (EI) en Syrie et en Irak, les
Etats-Unis et la Turquie subissent depuis des mois un sérieux coup de
froid dans leur relation diplomatique. Tant sur leurs désaccords
profonds à propos du combat international contre le jihadisme que sur
la dérive jugée autoritaire du régime Erdogan.
Une mise en garde très claire est venue lundi du secrétaire d'Etat
américain John Kerry, qui a exhorté, au côté de homologue européenne
Federica Mogherini à Bruxelles, "le gouvernement de Turquie à respecter
les institutions démocratiques de la nation et l'Etat de droit".
C'est la énième fois que Washington tacle Ankara sur les libertés publiques.
Après des mois de répression contre des médias et opposants turcs, le
président américain Barack Obama avait dénoncé en avril, en des termes
très forts, "le chemin très inquiétant" emprunté par son homologue turc
en matière de liberté de la presse.
Lundi, M. Kerry a aussi réagi aux de milliers d'arrestations de
militaires et magistrats turcs, menaçant Ankara sur son avenir au sein
de l'Alliance atlantique: être membre de "l'Otan comporte des exigences
en matière de démocratie", a-t-il martelé.
- La Turquie hors de l'Otan -
Aux yeux de Matthew Bryza, expert du Dinu Patriciu Eurasia Center basé
en Turquie et qui s'exprimait lors d'une conférence téléphonique de
l'Atlantic Council à Washington, ces propos "ont été mal interprétés
ici, peut-être injustement, comme un avertissement selon lequel les
Etats-Unis pousseraient la Turquie à quitter l'Otan".
Le spécialiste pronostique ainsi un "voyage agité" pour la relation Etats-Unis/Turquie.
Son collègue Bayram Balci, chercheur au Centre de recherches
internationales de Sciences Po, juge aussi "totalement irresponsable"
cette déclaration de M. Kerry. "Si la Turquie sortait de l'Otan, par
qui les Etats-Unis la remplaceraient-ils?", s'interroge-t-il auprès de
l'AFP.
Pour des analystes, le noeud des tensions turco-américaines se fixe
cette fois sur le sort du prédicateur musulman en exil aux Etats-Unis,
Fethullah Gülen, accusé par Ankara d'avoir fomenté le putsch avorté.
Ennemi juré du président Erdogan, M. Gülen pilote un puissant mouvement
en Turquie qui compte des écoles, des ONG et des entreprises.
Alors qu'Ankara réclame à Washington l'extradition de cet opposant,
John Kerry a rétorqué que non seulement la Turquie devait former cette
requête par voie officielle et que, de surcroît, elle devait présenter
"des preuves, pas des allégations" contre M. Gülen qui vit depuis plus
de 15 ans dans le nord-est des Etats-Unis.
- 'Choisir la Turquie ou Gülen' -
"On voit de plus en plus de hauts responsables turcs dire que les
Etats-Unis doivent choisir entre la Turquie et Gülen", résume Aaron
Stein, du Rafik Hariri Center for the Middle East et qui s'exprimait
devant l'Atlantic Council.
L'expert prédit aussi une "crise dans la relation entre les Etats-Unis et la Turquie".
A court terme, la lutte contre le groupe EI risque aussi de se compliquer.
Allié jugé officieusement réticent, voire ambigu, Ankara a autorisé en
juillet 2015 la coalition internationale à utiliser sa base aérienne
d'Incirlik (sud), pour le lancement d'opérations aériennes contre les
jihadistes en Syrie et en Irak. Les Etats-Unis, qui ont 1.500
militaires et civils sur la base, y ont déployé des drones et des
avions d'attaque.
Or Ankara soupçonne qu'Incirlik a été utilisée pour le ravitaillement des avions de chasse des putschistes vendredi soir.
La priorité de la Turquie dans la région reste la lutte contre les
Kurdes du PKK, tandis que les Kurdes en Syrie et en Irak sont soutenus
par les Etats-Unis dans leur combat contre l'EI.
L'expert Aaron Stein estime qu'en conséquence "la manière dont la coalition conduit ses opérations sera affectée".
Certes, reconnaît l'ancien ambassadeur britannique en Turquie et aux
Etats-Unis Peter Westmacott, "tout cela va être un peu plus compliqué
pour un moment mais l'implication de la Turquie dans l'effort uni et
international contre Daech, je l'espère, demeurera inchangé". (AFP, 18 juillet
2016)
NATO's AWACS surveillance jets to fly over Turkey
NATO leaders agreed 9 July on a set of decisions to project stability
beyond the Alliance’s borders, including starting a new training and
capacity building effort in Iraq and the use of AWACS surveillance
aircraft on the Turkish sky to support the strikes by the coalition
against the Islamic State of Iraq and the Levant (ISIL).
“To the south we see failed and failing states. And millions left
homeless and hopeless by terrorist groups like ISIL,” NATO Secretary
General Stoltenberg told a news conference on day two of the NATO
Summit.
“This instability has a direct impact on our societies. The scale of the challenge demands that we take action.”
(hurriyetdailynews.com, July 9, 2016)
Relations
régionales / Regional Relations
Après le Kirghizistan, la Turquie alerte le Kazakhstan sur ses écoles pro-Gülen
La Turquie a mis en garde vendredi le Kazakhstan concernant des écoles
"turco-kazakhes" liées au prédicateur Fethullah Gülen, qu'Ankara accuse
d'avoir ourdi le coup d'Etat raté du 15 juillet contre le président
Erdogan.
La veille, le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu
avait averti le Kirghizistan, pays voisin du Kazakhstan, du risque de
coup d'Etat des sympathisants de l'ex-imam Gülen, expliquant qu'ils
avaient "infiltré toutes les institutions" de l'ancienne république
soviétique.
L'ambassadeur turc à Astana Nevzat Uyanik a mis en garde le Kazakhstan
concernant des "écoles turco-kazakhes" qui seraient dirigées par des
fondations liées à Gülen, et qui n'ont pas le soutien d'Ankara.
"Ces écoles n'ont pas le moindre lien avec les organes officiels
turcs", a indiqué l'ambassadeur lors d'une conférence de presse à
Astana, la capitale kazakhe.
Selon M. Uyanik, le coup d'Etat raté du 15 juillet est "un
avertissement aux autres pays". "Nous sommes sûrs que les institutions
concernées vont prendre les mesures nécessaires", a ajouté
l'ambassadeur, semblant s'adresser aux autorités kazakhes.
La coopération "n'est pas seulement dans les intérêts de la Turquie, mais également dans ceux du Kazakhstan", a-t-il déclaré.
Ankara accuse le prédicateur Gülen de bâtir son influence à travers un
vaste réseau d'enseignement privé, non seulement en Turquie mais aussi
en Afrique et en Asie centrale.
L'agence turque progouvernementale Anadolu a affirmé qu'une fondation
liée à Gülen gérait neuf écoles primaires et secondaires, deux écoles
internationales et une université au Kirghizistan.
Le Kazakhstan et le Kirghizistan sont les deux seuls pays d'Asie
centrale où les écoles liées à Gülen ont encore une présence
significative.
(AFP, 29 juillet
2016)
L'État islamique revendique l'attentat de Qamichli
Une nouvelle attaque a frappé la Syrie. Le bilan est lourd. Au moins 44
personnes sont mortes et 140 ont été blessées dans un attentat ayant
visé des bâtiments de la sécurité kurde mercredi 27 juillet dans la
ville syrienne de Qamichli (Nord-Est), non loin de la frontière turque,
selon un nouveau bilan des médias officiels.
Cet attentat a été revendiqué par le groupe État islamique. Dans un
communiqué diffusé sur les réseaux sociaux, le groupe extrémiste, qui a
déjà visé cette ville par le passé, a dit que l'attaque avait été
perpétrée par un kamikaze à bord d'un camion piégé en réponse aux raids
aériens de la coalition antidjihadiste sur la ville de Minbej (nord),
fief de l'EI assiégé depuis plusieurs semaines par les forces d'une
alliance de combattants kurdes et arabes syriens
L'attaque s'est produite dans un quartier où sont installés de nombreux
organismes – notamment de sécurité – de l'administration autonome que
les Kurdes ont installée dans les territoires qu'ils contrôlent dans le
Nord-Est syrien. La télévision nationale syrienne a parlé d'un «
attentat terroriste » qui selon l'agence officielle Sana a fait « 44
morts et 140 blessés, dont plusieurs grièvement atteints ». Un bilan
précédent de la télévision faisait état de 31 morts et 170 blessés,
ajoutant que les opérations de sauvetage se poursuivaient.
L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) avait auparavant
parlé d'au moins 14 morts et de plusieurs dizaines de blessés. Des
images de l'attentat montrent un secteur dévasté, une chaussée
recouverte de débris et plusieurs immeubles très endommagés.
Appel au don du sang
Selon un correspondant de l'AFP citant une source des forces de
sécurité kurdes (Assayech), « il s'agit du plus gros attentat jamais
perpétré dans la ville » de Qamichli. Il a fait état de dégâts très
importants et de corps ensevelis sous les décombres. Selon la même
source, l'attentat a été mené par un kamikaze qui s'est fait exploser à
bord d'un gros camion près d'un point de contrôle proche des
administrations de la « zone autonome » kurde dans la ville, dont
l'organisme chargé des affaires de Défense. Elle a fait état d'hôpitaux
débordés par le grand nombre de victimes. Selon la télévision nationale
syrienne, le gouverneur de la province de Hassaké, où se trouve
Qamichli, a lancé à la population un appel au don de sang « pour les
victimes [...] dans les hôpitaux publics et privés ». Les premières
informations avaient fait état d'un double attentat, mais selon des
sources dans Qamichli et selon l'OSDH, l'explosion du camion a en fait
provoqué une autre déflagration, causée par un réservoir de gaz.
La majorité de la province de Hassaké est contrôlée par les forces
kurdes qui y ont établi une « administration autonome ». Les forces
gouvernementales syriennes contrôlent l'aéroport et certains quartiers
de Qamichli. Le reste de la province est aux mains des Unités de
protection du peuple kurde (YPG, principale force militaire kurde), qui
ont annoncé en mars la création d'une zone « autonome » dans le
Nord-Est syrien. Les combattants kurdes sont à la pointe du combat
contre le groupe extrémiste État islamique (EI) et ont remporté
plusieurs victoires dans le nord et l'est de la Syrie, mais les
djihadistes ont répliqué par une série d'attaques-suicides.
(AFP, 27 juillet
2016)
Rencontre Poutine-Erdogan le 9 août à Saint-Pétersbourg
Le président russe Vladimir Poutine et son homologue turc Recep Tayyip
Erdogan comptent se rencontrer le 9 août à Saint-Pétersbourg pour la
première fois en près d'un an de crise, a annoncé le Kremlin mardi,
alors que Moscou et Ankara cherchent à normaliser leurs relations
économiques.
La visite de M. Erdogan en Russie "aura lieu le 9 août. La rencontre se
tiendra à Saint-Pétersbourg" (nord-ouest), a indiqué à la presse le
porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, confirmant ainsi les
informations annoncées dans la matinée par des responsables turcs en
visite à Moscou.
"Il s'agit de la première rencontre après l'incident survenu dans nos
relations (...) et après que les deux dirigeants ont réussi à tourner
la page", a-t-il souligné. "On peut dire avec assurance qu'ils ne
manqueront pas de sujets de conversation", a-t-il poursuivi.
Le crash d'un bombardier russe abattu par l'aviation turque au-dessus
de la frontière turco-syrienne a déclenché en novembre une grave crise
dans les relations entre Moscou et Ankara. La Russie avait alors adopté
des mesures de rétorsion économique contre la Turquie.
Après des mois d'invectives entre les deux dirigeants, les relations
russo-turques se sont apaisées début juillet lorsque M. Erdogan a
envoyé à Vladimir Poutine une lettre d'excuses.
Après une tentative de putsch militaire en Turquie, M. Poutine s'est
entretenu au téléphone avec M. Erdogan en lui souhaitant un rapide
retour à la stabilité et en lui demandant également d'assurer la
sécurité des touristes russes.
Dans le cadre de ce réchauffement, une délégation ministérielle turque
a tenu des rencontres mardi à Moscou pour tenter de relancer la
coopération, la crise diplomatique ayant plombé le commerce agricole
mais aussi remis en questions des projets importants comme le gazoduc
TurkStream.
- 'Normaliser la situation' -
"Nous sommes là aujourd'hui pour normaliser la situation et nos
relations le plus vite possible et à un rythme accéléré", a déclaré le
vice-Premier ministre turc Mehmet Simsek, le plus haut responsable turc
à se rendre à Moscou depuis le début de la crise, lors d'une rencontre
avec son homologue russe Arkadi Dvorkovitch.
Si ces discussions n'ont abouti à aucune avancée concrète, le ministre
turc de l'Economie Nihat Zeybekçi, cité par les agences russes, a
assuré qu'Ankara souhaitait avancer sur deux projets majeurs : la
centrale nucléaire d'Akkuyu et le gazoduc TurkStream.
Ce dernier visait pour Moscou à faire de la Turquie un important pays
de transit pour le gaz russe destiné à l'Europe, à la place de
l'Ukraine.
"TurkStream répond totalement aux intérêts de la Turquie et la
réalisation de ce projet rendra les livraisons de gaz vers (la Turquie)
plus fiables et plus intéressantes", a insisté le ministre russe de
l'énergie, Alexandre Novak, dans un communiqué.
Le numéro deux du groupe russe Gazprom, Alexandre Medvedev, a fait état
de "progrès" et indiqué que des délais de réalisation du projet
seraient déterminés après la rencontre des présidents le 9 août.
Concernant l'embargo décrété par Moscou sur certains fruits et légumes
turcs, le ministre russe de l'Economie Alexeï Oulioukaïev a prévenu
qu'une levée ne pourrait se faire que "par étapes" et était peu
probable d'ici à l'entretien prévu à Saint-Pétersbourg.
Dès le début juillet, le rapprochement entre les deux pays avait permis
le retour de touristes russes sur les plages d'Antalya, dans le sud de
la Turquie, pour qui les Russes représentaient avant la crise le
premier contingent de visiteurs.
Si la vente de voyages organisés vers la Turquie est de nouveau
autorisée, Moscou n'a pas donné son feu vert aux vols charters et les
séjours ne peuvent se faire que par des vols réguliers, limitant les
flux. (AFP, 26 juillet
2016)
Assad accuse Erdogan de se servir du coup d'Etat avorté
Le président syrien Bachar al-Assad a accusé son homologue turc Recep
Tayyip Erdogan, bête noire de Damas, de se servir du coup d'Etat avorté
dans son pays comme prétexte pour mettre en oeuvre son "projet
extrémiste".
Dans un entretien à l'agence de presse officielle cubaine Prensa Latina
diffusé jeudi, M. Assad affirme que le président turc "utilise le coup
d'Etat dans le but d'appliquer son propre projet extrémiste, celui (la
confrérie) des Frères musulmans", que M. Erdogan affectionne.
"Cela est dangereux pour la Turquie et les pays voisins, y compris la
Syrie", indique le président syrien engagé depuis cinq ans dans une
lutte sans merci contre la rébellion appuyée par Ryad, Doha mais aussi
Ankara.
M. Assad s'est abstenu de répondre à la question de savoir s'il aurait souhaité que le coup d'Etat réussisse.
Depuis le début du conflit en 2011, Damas accuse le gouvernement
islamo-conservateur de fournir du soutien logistique aux rebelles qu'il
accuse de "terrorisme". Ankara est régulièrement la cible de diatribes
dans les médias officiels syriens, à l'instar de l'Arabie saoudite et
de Qatar.
Au cours de la tentative de putsch vendredi soir, plusieurs
sympathisants du régime d'Assad avaient tiré en l'air en signe de joie
avant que le pouvoir turc n'annonce que le coup d'Etat a été avorté.
Damas et Ankara étaient des alliés avant le début de la guerre en Syrie
qui a fait plus de 280.000 morts. La Turquie, abrite sur son sol
quelque 2,7 réfugiés syriens et accueille le siège de l'opposition en
exil.
Toutes les tentatives de cessez-le-feu ou de négociations sous l'égide de l'ONU ont jusqu'à présent échoué.
Dans cette interview, M. Assad soutient que tous les "médiateurs (de
l'ONU) ne sont pas indépendants", en citant Kofi Annan, Lakhdar Brahimi
et l'actuel émissaire de l'ONU pour la Syrie Staffan de Mistura. "Il
n'y a pas de rôle des Nations unies dans le conflit en Syrie, il y a
juste un dialogue russo-américain", précise-t-il.
Russes et Américains cherchent à s'entendre sur une issue au conflit
mais celle-ci semble improbable avec la poursuite des combats sanglants
sur le terrain entre régime, rebelles, jihadistes et forces kurdes.
(AFP, 21 juillet
2016)
Yildirim: Pas de solution en Syrie tant qu'Assad reste au pouvoir
Il ne peut y avoir de solution politique au conflit chez le voisin
syrien et à la menace jihadiste émanant de cette crise tant que le
président Bachar al-Assad restera au pouvoir, a prévenu le Premier
ministre turc Binali Yildirim dans une interview diffusée mercredi soir.
"D'une part il y a Assad et de l'autre Daech (acronyme du groupe de
l'Etat islamique, l'EI). Si vous nous demandez si l'on préfère Assad ou
Daech, nous ne pouvons choisir ni l'un ni l'autre", a-t-il dit,
interrogé par la BBC.
Le chef de l'exécutif turc qui a ces derniers jours semblé évoquer,
avec des déclarations ambiguës, une volonté de renouer avec la Syrie,
ex-allié régional de la Turquie, a été clair: "Ils doivent tous les
deux partir".
"Imaginons que nous sommes débarrassés de Daech, le problème ne sera
toujours pas résolu. Tant qu'Assad est là, le problème ne sera pas
résolu. Une autre organisation terroriste émergerait", a estimé M.
Yildirim.
Et d'accuser le régime de Damas d'avoir créé l'EI par sa politique consistant à tuer ses propres citoyens.
La Turquie avait de bonnes relations avec Damas avant le déclenchement
de la guerre civile il y a cinq ans en Syrie. Le régime
islamo-conservateur du président turc Recep Tayyip Erdogan est
toutefois devenu l'un des plus farouches opposants du régime syrien,
soutenant ouvertement les rebelles.
Mercredi, M. Yildirim avait affirmé devant les cadres de son parti à
Ankara être certain que tôt ou tard la Turquie normaliserait ses liens
avec son voisin syrien.
"Les choses doivent changer en Syrie mais d'abord Assad doit changer.
Tant qu'Assad ne change pas, rien ne changera", avait ajouté M.
Yildirim, sans cependant préciser ce qu'il entendait par ce changement.
Le conflit syrien a fait plus de 280.000 morts. La Turquie abrite sur
son sol quelque 2,7 réfugiés syriens qui ont dû fuir les combats dans
leurs pays. (AFP, 14 juillet
2016)
Assad affirme que Moscou n'a jamais évoqué avec lui son départ
Le président syrien Bachar al-Assad a affirmé que son allié russe
n'avait "jamais" évoqué avec lui son départ, avant des entretiens jeudi
à Moscou du secrétaire d'Etat américain John Kerry pour tenter de
ressusciter le processus de paix en Syrie.
Depuis plusieurs mois, Russes et Américains multiplient les efforts
pour relancer des pourparlers entre le régime de Damas et les groupes
rebelles afin de trouver une issue -via un processus de "transition
politique"- au conflit syrien.
Mais les progrès diplomatiques ont été si minces que ce processus de
transition ne devrait pas pouvoir commencer début août, comme le
prévoit pourtant une feuille de route diplomatique adoptée par l'ONU
l'an dernier.
Le sort d'Assad reste la principale pierre d'achoppement dans les
différents rounds tenus jusquà présent sous l'égide de l'ONU à Genève.
Interrogé par NBC News sur le fait de savoir si les responsables
russes avaient évoqué avec lui un processus pouvant aboutir à son
départ, le président syrien a été catégorique: "Seul le peuple syrien
peut dire qui sera président (...). Ils (les Russes) n'ont jamais dit
un mot là-dessus".
Ces déclarations de M. Assad interviennent avant l'arrivée de John
Kerry à Moscou, où il doit s'entretenir notamment avec le président
russe Vladimir Poutine.
En route pour Moscou, le secrétaire d'Etat américain n'a pas démenti
une information du Washington Post selon lequel les Etats-Unis vont
proposer à la Russie une coopération militaire en Syrie contre les
groupes jihadistes Etat islamique (EI) et Front Al-Nosra (branche
locale d'Al-Qaïda).
Dans la capitale russe, le porte-parole du Kremlin n'a pas voulu
commenté mais a souligné que M. Poutine "considérait que la lutte
contre le terrorisme en Syrie et dans les Etats voisins ne pouvait être
faite que de manière conjointe". (AFP, 14 juillet
2016)
Somalie: le chef des shebab dénonce la Turquie, "envahisseur économique"
Le chef des islamistes radicaux somaliens shebab, Ahmed Diriye, a
dénoncé mardi le "pillage" économique de la Somalie par la Turquie,
dans son premier message audio depuis son accession à la tête du
mouvement en septembre 2014.
Dans ce discours de 44 minutes diffusé sur des réseaux sociaux et la
station des shebab Radio Andalus, Ahmed Diriye, également connu sous le
nom d'Ahmed Umar Abu Ubaidah, s'en prend notamment à la Turquie.
Intitulé "La charia ou le martyre", ce message audio est le premier
enregistrement du leader des shebab, affiliés à el-Qaëda, depuis qu'il
a remplacé l'ancien chef suprême Ahmed Godane tué dans une attaque de
drones américains en septembre 2014.
"Le gouvernement turc est l'ennemi de la nation. Aujourd'hui,
l'économie de la Somalie est en ruine à cause de son intervention", a
déclaré Ahmed Diriye.
La Turquie a considérablement accru sa présence en Somalie ces
dernières années. Ankara joue un rôle très actif dans les domaines
humanitaire et de la reconstruction. Des entreprises turques gèrent
également le port et l'aéroport de la capitale.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan était en visite début juin à
Mogadiscio, où il a conclu des accords sur des projets de développement
et inauguré les nouveaux bâtiments de l'ambassade de son pays, "l'une
des plus grandes ambassades turques dans le monde".
"La Turquie a envahi ce pays économiquement et ne soyez pas dupes du
soi-disant développement mis en avant par les Turcs, gardez en tête que
les Turcs pillent les ressources de la Somalie plus qu'ils ne
l'aident", a poursuivi le chef des shebab.
Ahmed Diriye a par ailleurs une nouvelle fois dénoncé "l'occupation des
envahisseurs croisés", en référence aux contingents burundais,
ougandais et kényans de la force de l'Union africaine en Somalie
(Amisom). Il a également appelé le peuple somalien au soulèvement.
L'Amisom est déployée depuis 2007 en Somalie, où ses 22.000 soldats
soutiennent le fragile gouvernement somalien contre les shebab qui ont
juré sa perte.
La puissance de feu supérieure de l'Amisom a permis de chasser les
shebab de Mogadiscio en août 2011. Ceux-ci ont ensuite perdu
l'essentiel de leurs bastions, mais ils contrôlent toujours de vastes
zones rurales d'où ils mènent leurs opérations de guérilla et des
attentats suicide, souvent jusque dans la capitale. (AFP, 13 juillet 2016)
Erdogan exclut une réconciliation avec le régime égyptien
Le président islamo-conservateur turc Recep Tayyip Erdogan a exclu pour
l'heure tout rapprochement avec le régime égyptien qu'il a qualifié
d'"oppresseur" après la réconciliation entreprise par Ankara avec
Israël et la Russie.
"Le cadre (d'une normalisation) avec l'Egypte est différent des
démarches engagées avec la Russie et Israël", a indiqué mardi l'homme
fort de Turquie à des journalistes cité par l'agence de presse Dogan.
M. Erdogan a souligné que la Turquie n'avait pas de différend avec le
peuple égyptien et affirmé que les problèmes provenaient du régime
égyptien et une nouvelle fois dénoncé les peines de prison et de mort
infligées aux Frères musulmans dans ce pays.
Le gouvernement de M. Erdogan, alors Premier ministre, était un proche
soutien de l'islamiste Mohamed Morsi après son élection à la tête de
l'Egypte en 2012, espérant qu'il aiderait à ranimer l'influence de la
Turquie dans la région.
La Turquie s'est insurgée contre sa destitution par l'armée et M.
Erdogan critique depuis régulièrement son homologue égyptien Abdel
Fattah al-Sissi.
Les deux pays sont brouillés, Le Caire accusant la Turquie de soutenir
les Frères musulmans en Egypte contre lesquels M. Sissi mène une dure
répression. Les deux capitales ont rappelé leurs ambassadeurs.
"Nous rejetons les verdicts de la justice égyptienne (...) Les
sentences prononcées contre Morsi et ses amis ont été prises sur la
part d'inventions. Ces gens sont tous nos frères, nous ne pouvons
accepter ces décisions d'un régime oppresseur", a dit le chef de l'Etat
turc.
La Turquie a récemment fait de grands pas vers Israël et la Russie,
d'anciens alliés majeurs avec lesquels elle était brouillée, afin de
sortir de l'isolement sur la scène régionale. (AFP, 5 juillet
2016)
Arrivée d'une aide turque pour Gaza après l'accord de normalisation
Un navire turc transportant de l'aide humanitaire à destination de la
bande de Gaza est arrivé dans un port israélien dimanche, une semaine
après la normalisation des relations entre Israël et la Turquie après
six ans de brouille.
Le navire cargo Lady Leyla est arrivé dimanche après-midi au port
d'Ashdod, à une trentaine de kilomètres au nord de la bande de Gaza,
après avoir quitté la Turquie vendredi, a constaté un journaliste de
l'AFP.
Sa cargaison est composée de 11.000 tonnes de denrées alimentaires de
première nécessité et de jouets, selon l'agence nationale
d'informations turque Anadolu.
Elle sera inspectée par les autorités israéliennes avant d'être envoyée
dans la bande de Gaza, contrôlée par le mouvement islamiste Hamas et
durement touchée par trois guerres avec Israël depuis 2008 et par un
blocus israélien.
La Turquie avait d'abord exigé une levée du blocus du territoire
palestinien pour normaliser ses relations avec Israël, ce que l'Etat
hébreu avait refusé. Les deux pays ont finalement trouvé un compromis
autorisant la Turquie à envoyer de l'aide humanitaire via le port
d'Ashdod.
Israël estime le blocus nécessaire pour empêcher le Hamas de recevoir
des matériaux pouvant être utilisés à des fins militaires, notamment
pour construire des tunnels permettant à des hommes armés de
s'infiltrer en Israël.
Des responsables de l'ONU ont de leur côté appelé à une levée du blocus
en raison de la détérioration des conditions de vie dans l'enclave
palestinienne.
La Turquie, gouvernée par le parti islamo-conservateur AKP, est proche
du Hamas et le président turc Recep Tayyip Erdogan est un défenseur de
la cause palestinienne.
La Turquie et Israël, qui étaient traditionnellement alliés, se sont
brouillés en 2010 lorsque des commandos israéliens ont lancé l'assaut
sur un navire qui tentait de briser le blocus de Gaza, tuant dix
activistes turcs à bord.
Selon les termes de l'accord, Israël versera 20 millions de dollars (18 millions d'euros) aux familles des militants tués.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a mis en avant les
bénéfices économiques de l'accord, notamment les discussions sur un
projet de construction d'un pipeline vers la Turquie pour y acheminer
du gaz.
Mais l'opinion et la classe politique israélienne ont accueilli cet
accord de façon mitigée en raison, notamment, de l'absence de mention
du sort de quatre Israéliens - deux soldats tenus pour morts et deux
civils qui seraient aux mains du Hamas -
disparus dans la bande de Gaza.
Plusieurs sympathisants et membres des familles des soldats ont
manifesté contre l'accord dimanche à l'extérieur du port d'Ashdod. (AFP, 3 juillet
2016)
Première rencontre entre chefs de la diplomatie russe et turque
Les chefs de la diplomatie russe et turque, Sergueï Lavrov et Mevlut
Cavusoglu, sont tombés d'accord vendredi à Sotchi pour renforcer leur
contacts militaires, y compris sur la Syrie, lors d'une rencontre
destinée à relancer leurs relations après des mois de grave crise
diplomatique.
"Nous pouvons parler avec la Russie de toutes les questions, positives
ou négatives, car le dialogue qui avait été rompu a repris et que nos
relations reviennent à ce qu'elles étaient auparavant", a résumé M.
Cavusoglu après la réunion.
"Nous espérons que cette rencontre va donner le ton juste pour la
normalisation de nos relations", avait déclaré M. Lavrov au début de
l'entretien entre les deux hommes, en marge de l'Assemblée générale de
l'Organisation de coopération économique de la mer Noire (OCEMN).
Le ministre russe des Affaires étrangères a en outre indiqué que les
deux pays avaient décidé de relancer leur "groupe de travail sur la
lutte antiterroriste", dont l'activité était "gelée" depuis novembre et
que les "contacts militaires" seraient approfondis.
Moscou et Ankara s'opposent notamment sur la Syrie, la Russie soutenant
militairement le président Bachar al-Assad tandis que la Turquie
encourage de son côté activement sa chute en soutenant des groupes
rebelles.
Les deux pays sont en mesure de discuter "même des questions les plus
difficiles", y compris "la tâche consistant à ne pas permettre aux
organisations terroristes en Syrie de se servir du territoire turc"
comme base arrière, a assuré Sergueï Lavrov.
Lors de la brouille diplomatique, provoquée par la destruction fin
novembre d'un bombardier russe abattu par des F-16 turcs au-dessus de
la frontière syrienne, Vladimir Poutine avait publiquement accusé le
président turc et sa famille de profiter de la contrebande de pétrole à
laquelle se livrent les jihadistes de l'Etat islamique (EI).
- Possible rencontre en août -
Vladimir Poutine et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan s'étaient
parlé mercredi pour la première fois depuis le début de la crise
diplomatique. Cet entretien téléphonique, au terme de mois de critiques
et d'invectives violentes, est intervenu après que le dirigeant turc a
envoyé une lettre d'excuses à Vladimir Poutine.
M. Cavusoglu a affirmé que M. Erdogan pourrait se rendre à Sotchi en
août pour rencontrer M. Poutine. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri
Peskov, a évoqué dans le pire des cas une rencontre en marge du sommet
du G20 début septembre en Chine.
Le chef de l'Etat russe a, dans un premier signe de détente, ordonné la
levée des sanctions contre la Turquie dans le domaine touristique et la
"normalisation" des relations commerciales avec Ankara.
Après le crash de l'avion russe abattu par la Turquie et la mort d'un
des deux pilotes, Moscou avait en effet adopté des mesures de rétorsion
contre Ankara, qui comprenaient entre autres un embargo sur
l'importation de fruits et légumes turcs et l'interdiction pour les
employeurs russes d'embaucher des travailleurs turcs.
La Russie avait également rétabli à partir du 1er janvier 2016 les
visas pour les Turcs, interdit des vols charter vers la Turquie et la
vente des voyages vers ce pays par les tour-opérateurs russes, portant
un coup dur au secteur du tourisme turc.
M. Poutine a ainsi officiellement réautorisé jeudi la vente de voyages
vers la Turquie par les tour-opérateurs russes, dont les pertes en
raison de cette interdiction vers l'une des destinations privilégiées
des touristes russes ont été estimées à des centaines de milliers
d'euros par des experts. (AFP, 1 juillet
2016)
Chypre
et la Grèce / Cyprus and Greece
Les 8 militaires obtiennent un délai dans l'examen de leur demande d'asile
Les huit militaires turcs qui avaient fui en Grèce après le putsch
manqué du 15 juillet, ont obtenu le report de leur entretien prévu
mercredi au service d'asile grec, afin de "mieux se préparer", a
annoncé à l'AFP leur avocat.
"Comte tenu de la situation très volatile en Turquie, les huit
militaires souhaitent attendre et mieux se préparer (...) ils ont peur
pour leur vie", a expliqué Me Vassilis Terzidis. Les huit hommes sont
désormais convoqués pour le 19 août.
Une première décision sur leur demande d'asile était initialement
attendue début août mais après ce report, cette décision "sera
retardée", selon l'avocat.
Me Terzidis a invoqué "la condamnation récente par Amnesty
International des tortures" et des violations des droits de l'Homme en
Turquie, ainsi que le possible rétablissement de la peine de mort.
Car si la peine de la mort est finalement rétablie en Turquie, comme
l'avait récemment évoqué le président turc Recep Tayyip Erdogan, "cela
sera encore un argument en leur faveur pour la protection
internationale qu'ils demandent", souligne Me Terzidis.
L'évocation d'un rétablissement de la peine de mort en Turquie et
l'état d'urgence proclamé dans le pays ont soulevé l'inquiétude et de
nombreuses critiques des responsables européens.
Les huit hommes - deux commandants, quatre capitaines et deux sergents
- ont demandé l'asile en Grèce après l'atterrissage de leur hélicoptère
à Alexandropolis, ville proche de la frontière greco-turque le 16
juillet au matin.
Ils avaient été autorisés à atterrir après l'envoi d'un signal de
détresse aux autorités grecques. Les militaires turcs affirment qu'ils
n'auront pas un procès équitable en Turquie.
La semaine dernière, le tribunal d'Alexandropolis les a condamnés à
deux mois de prison avec sursis pour entrée illégale en Grèce et,
depuis, ils sont en rétention dans le commissariat du village olympique
construit pour les athlètes lors des jeux d'Athènes de 2004 et situé
dans la banlieue ouest d'Athènes.
La Turquie, qui les soupçonne d'avoir participé au putsch raté, réclame
leur renvoi. Mais cette demande provoque l'embarras en Grèce. Malgré
l'amélioration de relations bilatérales ces dernières années, les deux
pays voisins se disputent sur certains points de souveraineté en mer
Egée, une question historique et à l'origine des tensions. (AFP, 27 juillet
2016)
Huit militaires turcs condamnés dans une Grèce en "vigilance accrue"
Huit militaires turcs ayant fui en Grèce samedi après le putsch avorté
en Turquie ont été condamnés jeudi par un tribunal grec à deux mois de
prison avec sursis dans un contexte sensible sur le plan bilatéral.
Les officiers, dont cinq pilotes, resteront toutefois en rétention en
raison de l'"absence de papiers d'identité" sur eux, et ce jusqu'à ce
que leur demande d'asile en Grèce soit examinée, selon un de leurs
avocats, Me Vassiliki-Ilia Marinaki.
Les huit militaires avaient été arrêtés et placés en détention
provisoire après s'être illégalement rendus en hélicoptère à l'aéroport
d'Alexandroupolis (nord-est de la Grèce, près de la frontière) samedi
matin, quelques heures après le coup d'Etat manqué.
Ils ont été condamnés pour "entrée illégale", un délit puni de cinq ans
de prison maximum, voire d'une peine administrative d'expulsion.
La présidente du tribunal a pris en compte les circonstances
atténuantes évoquées par le procureur, prévoyant une réduction de peine
en cas de "menaces sérieuses pour la vie", a dit aux médias, Me
Marinaki.
Au cours de leurs dépositions, les officiers ont nié avoir participé au
putsch avorté et expliqué qu'ils avaient "eu peur car il y avait des
arrestations massives de militaires" dans la nuit de vendredi à samedi.
"Nous avions pensé aller soit en Bulgarie, en Roumanie ou en Grèce,
pays proches", finalement nous avons choisi la Grèce (...) où nous nous
sentons plus en sécurité", a raconté l'un des prévenus.
- 'Pardon'-
Selon leurs témoignages, leur unité se trouvait à Istanbul et ils
étaient tous en train de transférer en hélicoptère des blessés.
Mais au cours de "mon deuxième transfert, il y a eu des tirs sur
l'hélicoptère", a raconté l'un des militaires, qui a alors décidé avec
ses collègues d'emprunter un des appareils pour aller se poser "dans
une région boisée près d'Istanbul".
"Pendant que nous regardions des images" montrant ce qui se passait
dans les rues "sur nos téléphones portables, nous avons entendu des
tirs (...) et nous avons décidé de fuir", a-t-il poursuivi.
A l'issue du procès, une des personnes ayant assuré leur défense a lu
aux médias un communiqué commun des huit hommes dans lequel ils
demandent "pardon pour l'agitation" qu'ils avaient provoquée en Grèce,
ajoutant : "Nous n'avons pas eu d'autre choix (...) Nous croyons aux
principes démocratiques et des droits de l'Homme, nous sommes des
officiers de l'armée turque et nous en sommes fiers".
Des avocats d'une association turque de juristes ont de leur côté
distribué un communiqué accusant ces officiers d'être membres de
"l'organisation terroriste FETÖ/PDY", nom donné par les autorités
turques au mouvement du prédicateur musulman Fethullah Gülen, accusé
par la Turquie d'avoir fomenté le coup de force.
Selon cette association, les huit militaires ont participé à l'attaque
contre l'hôtel à Marmaris, sur la côte méridionale turque, où
séjournait le président Recep Tayyip Erdogan.
Ce procès a été suivi de très près par la Turquie qui réclame le renvoi des officiers pour qu'ils y soient jugés.
- Embarras -
L'affaire est embarrassante pour la Grèce et risque d'envenimer ses
relations avec son voisin qui restent toujours sensibles malgré une
claire amélioration ces dernières années en matière de coopération
économique.
La Grèce a été l'un des premiers pays à exprimer "son soutien au
gouvernement démocratiquement élu" de Turquie dans la nuit de vendredi
à samedi, une réaction rapide saluée mardi par l'ambassadeur turc à
Athènes Kevin Uras.
Dimanche matin, les forces aériennes turques sont allées récupérer l'hélicoptère Black Hawk utilisé par les militaires en fuite.
La marine de guerre grecque restait "en vigilance accrue", selon un
responsable de l'armée, au large de l'île de Symi en mer Egée près de
la Turquie, après des rumeurs de la presse turque selon lesquelles deux
bateaux de Turcs en fuite avaient cherché mercredi à entrer en Grèce au
large de cette île.
(AFP, 21 juillet
2016)
Opération aérienne contre deux bateaux tentant de gagner les eaux grecques
Des avions de l'armée turque ont décollé mercredi pour tenter d'arrêter
deux bateaux des garde-côtes turcs qui tentaient de rejoindre les eaux
territoriales grecques, a rapporté l'agence de presse Dogan, cinq jours
après un putsch avorté.
Les avions "mènent une opération contre deux bateaux des garde-côtes
turcs dont il a été déterminé qu'ils essaient de gagner les eaux
territoriales grecques", selon Dogan. On ignorait dans l'immédiat qui
se trouvait à bord.
Un responsables turc a indiqué à l'AFP qu'il ne pouvait pas confirmer l'information dans l'immédiat.
"Un bateau de la marine grecque a été envoyé près de l'île de Symi (mer
Egée), mais rien ne permet de confirmer la venue de militaires turcs
vers cette île", a indiqué une source gouvernementale grecque.
L'île grecque de Symi est proche de la station balnéaire turque de
Marmaris, où se trouvait le président Recep Tayyip Erdogan vendredi
soir au début de la tentative de putsch, échappant, selon lui, de peu à
l'attaque d'une commando de putschistes.
Selon les médias turcs, les autorités recherchent activement des
membres de ce commando qui seraient en fuite dans la région de Bodrum
(sud-ouest).
Le gouvernement turc a lancé une vaste purge dans la foulée du coup d'Etat manqué, arrêtant des milliers de personnes.
Ankara a par ailleurs demandé à Athènes l'extradition de huit
putschistes présumés qui s'étaient rendus en Grèce en hélicoptère dans
la nuit de vendredi à samedi et ont été arrêtés par les autorités
grecques.
Les prévenus, deux commandants, quatre capitaines et deux sergents,
doivent comparaître jeudi devant le tribunal d'Alexandroupolis
(nord-est), selon une source judiciaire.
Le ministre des Affaires étrangères turc, Mevlüt Cavusoglu, a annoncé
qu'Ankara demandait l'extradition des huit hommes, après la tentative
de coup d'Etat qui a fait au moins 300 morts.
(AFP, 20 juillet
2016)
Un millier de Turcs traversent "la ligne verte" pour célébrer l'Aïd
Un millier de musulmans turcs ont traversé jeudi la ligne de
démarcation séparant Chypre pour participer à un pèlerinage, un rare
voyage rendu possible par le rapprochement entre les deux parties de
l'île divisée.
Les pèlerins ont été acheminés par autocar sous escorte policière à la
mosquée Hala Sultan Tekke, un sanctuaire révéré par les musulmans qui
est situé dans la partie sud de l'île peuplée majoritairement de
Chypriotes grecs orthodoxes.
Sous une chaleur torride, les fidèles y ont participé à la grande
prière de midi - en arabe et en turc - à l'occasion des fêtes de l'Aïd
el-Fitr marquant la fin du ramadan, a constaté un journaliste de l'AFP.
Le mufti de Chypre, Talip Atalay, a conclu en 2014 un accord avec le
chef de l'Eglise orthodoxe de Chypre Chrysostomos II, permettant aux
pèlerins turcs, non autorisés à se rendre dans la partie sud, de venir
prier trois fois par an sur ce lieu saint.
"Nous sommes sur un site très important pour les musulmans, car la
tante du Prophète y est enterrée", a expliqué Abdel Raouf al-Hallaq,
mufti de Nicosie.
Yunus, 21 ans, ne cachait pas sa joie. "Lorsque j'ai appris que je
pouvais venir, j'étais vraiment heureux", a raconté cet étudiant
originaire d'Adana, dans le sud de la Turquie. "Nous pouvons prier tous
ensemble, c'est très important".
Chypre est divisée en deux depuis l'invasion en 1974 de sa partie nord
par des troupes turques en réponse à un coup d'État nationaliste visant
à rattacher l'île à la Grèce. Les dirigeants des deux parties ont
relancé en 2015 les négociations de paix sous les auspices de l'ONU
pour réunifier l'île méditerranéenne.
Des représentants des Eglises maronite, arménienne, orthodoxe et
romaine catholique, qui ont exprimé leur soutien au processus de paix,
ont également participé à la prière jeudi. (AFP, 7 juillet
2016)
Immigration
/ Migration
La N-VA met en cause la double nationalité belgo-turque
La députée Zuhal Demir (N-VA) a remis en question la double nationalité
belgo-turque. Selon elle, à partir de la deuxième génération, une
personne dont les parents sont venus de Turquie ne peut plus porter
cette double nationalité.
La députée nationaliste, originaire de la communauté kurde de Turquie,
fait référence aux manifestations qui ont eu lieu dans le Limbourg à la
suite du coup d’État en Turquie. A Beringen, plusieurs centaines de
manifestants menaçaient un centre proche du mouvement de Fatullah
Gülen, accusé par Ankara d’être à l’origine de la tentative de putsch.
«Qui voit-on dans la rue? Ce sont des gens de la deuxième ou de la
troisième génération. Des gens qui sont nés ici. Ce sont des Belges ou
des Turcs? Maintenant, ils ont encore la double nationalité mais c’est
quelque chose que nous devons revoir. En Allemagne, cette double
nationalité a été supprimée», a-t-elle expliqué dans «Het Belang van
Limburg» avant d’appeler les politiques belges d’origine turque à faire
un choix.
Dans la majorité, le CD&V juge logique le fait qu’une personne ne
possède qu’une nationalité mais rappelle que la situation est plus
compliquée qu’il n’y paraît car certains pays, dont la Turquie mais
aussi le Maroc ou la Syrie, n’acceptent pas que l’on renonce à sa
nationalité, celle-ci se transmettant par le père à ses enfants.
Les chrétiens-démocrates appellent aussi les nationalistes à se montrer
conséquents. Il y a deux semaines, deux autres députés N-VA annonçaient
qu’ils déposaient une proposition de loi visant à retirer la
nationalité belge aux personnes condamnées pour terrorisme, à condition
qu’ils aient une double nationalité. De la sorte, ils pourraient
également être renvoyés vers l’autre pays. «Si l’on retire la double
nationalité, ils sont Belges et on ne peut plus les renvoyer», a fait
remarquer le président Wouter Beke. (Belga, 29 juillet 2016)
Inquiétudes en Allemagne avant une manifestation pro-Erdogan à Cologne
Des milliers de partisans du président Recep Tayyip
Erdogan comptent manifester dimanche en Allemagne, au risque d'attiser
les tensions au sein de l'importante communauté turque du pays autour
des suites de la tentative de putsch.
La police locale, qui va déployer 2.300 agents, attend jusqu'à 30.000
manifestants à partir de 10h00 (08h00 GMT) à Cologne, la métropole
rhénane, qui compte une importante minorité turque ou d'origine turque.
L'appel a été lancé par l'Union des démocrates européens-turcs (UETD),
pro-Erdogan, pour venir soutenir le président islamo-conservateur.
Ce dernier a appelé vendredi les Occidentaux, très critiques face aux
purges, à "se mêler de leurs affaires" et il a accusé l'Allemagne et
l'Autriche de faire en sorte que les Turcs se voient "empêchés de se
rassembler, de manifester" et de mettre le drapeau turc à leurs
fenêtres.
"Voilà quels démocrates ils sont!", a raillé devant ses partisans le
dirigeant turc, qui bénéficie en Allemagne d'un immense soutien auprès
des 1,55 million de membres de la diaspora turque - 3 millions de
personnes si l'on y ajoute les Allemands ayant une origine turque -
soit la plus importante au monde.
La police de Cologne a menacé un temps d'interdire la manifestation si
des représentants du gouvernement turc devaient y intervenir, ce qui ne
sera finalement pas le cas.
Plusieurs contre-manifestations, dont une d'extrême droite, sont aussi
prévues dans la ville dimanche, faisant craindre des débordements entre
partisans et adversaires du Parti de la justice et du développement
(AKP), la formation de Recep Tayyip Erdogan. De nombreux Kurdes et
Alévis, opposés au régime Erdogan, résident en effet aussi dans le pays.
Samedi, une première contre-manifestation rassemblant 150 personnes a
eu lieu sans incident dans le centre-ville, rapporte l'agence de presse
allemande DPA.
Les tensions sont montées dans la communauté après le coup d'Etat raté
du 15 juillet, mené par une fraction de l'armée, puis les purges tous
azimuts conduites dans la foulée par Ankara.
Plusieurs responsables politiques allemands ont exhorté à ne pas exporter les conflits existant en Turquie.
- 'Tensions politiques' -
"Amener les tensions politiques internes de la Turquie chez nous (...)
et intimider les gens qui ont d'autres convictions politiques, ça ne va
pas", a déclaré le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter
Steinmeier, au journal Süddeutsche Zeitung.
Sur sa page Facebook, le vice-chancelier Sigmar Gabriel a émis le
"souhait" que "ceux qui pensent différemment puissent se rencontrer
dans le respect. Même les divergences d'opinions fondamentales ne
doivent pas nous conduire à nous diviser".
Cem Özdemir, patron des Verts et lui-même d'origine turque, a estimé
dans un entretien à des journaux allemands que "les partisans d'Erdogan
qui veulent intimider les autres doivent être punis avec toute la
rigueur de la loi".
Le ministre de l'Intérieur de la région de Cologne, Ralf Jäger, a
prévenu pour sa part qu'en cas d'"appels à la violence", "la police
interviendra de manière rigoureuse", alors que les adversaires de M.
Erdogan en Allemagne se plaignent de recevoir menaces et insultes.
Enfin, la chancelière Angela Merkel s'est inquiétée jeudi de l'impact
des tensions en Turquie sur la diaspora et a appelé Ankara à faire
"preuve de proportionnalité" dans sa réponse au coup d'Etat manqué.
Mais au même moment le gouvernement turc a jeté de l'huile sur le feu
en demandant à l'Allemagne d'extrader les membres présents sur son
territoire du réseau du prédicateur Fethullah Gülen, accusé par Ankara
d'avoir ourdi la tentative de putsch.
(AFP, 31 juillet
2016)
La Turquie veut que Berlin extrade des partisans du prédicateur Gülen
Le ministre turc des Affaires étrangères a estimé jeudi que l'Allemagne
devrait extrader vers la Turquie des membres du réseau du prédicateur
Fethullah Gülen qu'Ankara accuse d'avoir ourdi le putsch manqué du 15
juillet.
"Les juges et les procureurs de cet Etat parallèle (terme donné par les
autorités turques au réseau de sympathisants du prédicateur Gülen) qui
vivent en Allemagne, l'Allemagne doit les extrader", a déclaré Mevlut
Cavusoglu dans une interview diffusée par la chaîne privée CNN-Türk.
Quelque trois millions de Turcs ou de personnes d'origine turque vivent
en Allemagne. Parmi eux se trouvent des sympathisants du président
Recep Tayyip Erdogan, mais aussi du prédicateur Gülen.
Ankara réclame déjà aux Etats-Unis l'extradition du prédicateur, exilé
dans ce pays depuis 1999 au moment où il était visé par une enquête en
Turquie.
Le ministre a déclaré que les relations avec Washington "seraient affectées si les Etats-Unis n'extradent pas" le prédicateur.
Fethullah Gülen n'a jamais donné de nom officiel à son mouvement, qui se présente comme tenant d'un islam ouvert et tolérant.
Ses membres le désignent comme l'"Hizmet", "le service" au service du
bien commun. Leur objectif affiché: transformer la société par
l'éducation, l'action civique ou les médias. Les hommes d'affaires et
industriels gulenistes avaient leur organisation, Tuskon.
(AFP, 28 juillet
2016)
Les Turcs de Belgique divisés après le coup d’Etat raté
Depuis la tentative de coup d’Etat du 15 juillet,
les tensions sont vives au sein de la communauté turque de Belgique
entre les partisans du président Erdogan et ceux qu’ils suspectent
d’être des sympathisants de Fethullah Gülen, la bête noire du régime
turc, qui l’accuse d’avoir ourdi le putsch raté. Au point que Fedactio,
une coupole qui fédère une bonne soixantaine d’associations
belgo-turques (lire par ailleurs), a chargé l’avocat Walter Van
Steenbrugge de déposer plainte contre X, à Gand, à la suite des menaces
de mort et autres intimidations dont ceux qui passent pour des
gülénistes font l’objet, tous ces jours-ci.
« Cela doit cesser » , a expliqué Me Van Steenbrugge
dont la plainte, déposée ce jeudi, fait état de plus de 600 messages de
haine collationnés par Fedactio en provenance, pour l’essentiel, du
Limbourg, d’Anvers, de Gand et de Bruxelles.
Selon l’avocat, la situation s’aggrave et des
mesures de sécurité doivent être prises : « Nous réclamons une enquête
approfondie. »
Pour ne pas attiser les tensions, la plainte ne
contient aucun nom mais décline, sur quinze pages, la longue litanie
des intimidations en tous genres recensées en Flandre et à Bruxelles :
jusqu’à des menaces de mort, des appels au viol, des menaces de bouter
le feu aux bâtiments. Et des déprédations : tags – « Chiens » , «
Partez ! », « Fetö » (du nom par lequel le régime turc désigne « les
terroristes gülénistes ») –, vitres brisées, voitures endommagées et
autres saccages… Notamment lors des rassemblements qui ont eu lieu
après l’appel lancé par le président Erdogan invitant les Turcs à
descendre dans la rue.
Des partisans d’Erdogan s’en sont ainsi pris à des
bâtiments hébergeant des sociétés ou des associations réputées, à tort
ou à raison, soutenir la cause de Fethullah Gülen. Ces déprédations se
sont cantonnées à la Flandre et à Bruxelles.
Les menaces et les intimidations, elles, continuent
de circuler de part et d’autre de la frontière linguistique,
principalement via les forums sur internet et les réseaux sociaux sur
lesquels circulent des listes de gülénistes présumés, des appels à la
délation et au boycott d’entreprises décrites comme favorables à
Fethullah Gülen.
Tourne ainsi sur les réseaux un numéro d’appel que
les partisans d’Erdogan peuvent former pour dénoncer les « gülénistes »
qu’ils connaissent.
Un flux haineux qui ne tarit pas et dont on redoute
même qu’il redouble de vigueur avec le retour de ceux qui, à la faveur
de ces vacances, auront séjourné en Turquie, d’où ils risquent
d’importer des opinions plus radicales encore.
Il y a eu de nombreuses plaintes individuelles avant
celle, collective, déposée ce jeudi par Fedactio dont les locaux, à
Schaerbeek, ont eux-mêmes été la cible de casseurs dans les heures qui
ont suivi la tentative de putsch.
Fedactio a pourtant publié sur son site un
communiqué dans lequel elle condamne fermement « toute forme d’action
anti-démocratique à l’encontre de tout gouvernement légitimement élu »,
tout en déplorant les déprédations commises à Gand, Anvers, Beringen et
Maasmechelen sur plusieurs bâtiments des associations membres de
Fedactio.
La coupole se défend de toute implication et de
toute forme d’influence sur les événements survenus en Turquie. « Nous
avons, au contraire, toujours fait en sorte de nous tenir à l’écart de
l’actualité turque car nous sommes prioritairement soucieux d’œuvrer au
mieux vivre ensemble » , explique la porte-parole francophone, Seval
Kayman, tout en convenant qu’il y a, parmi les membres fondateurs de
Fedactio, « des sympathisants de Gülen, qui est pour eux une source
d’inspiration à titre personnel » .
Dans un souci d’apaisement, l’association s’est
gardée, dit-elle, de mobiliser ses membres dès lors que la situation
dégénérait. « Nous avons lancé un appel à la sérénité et conseillé à
nos membres de ne pas céder aux provocations mais de déposer plainte,
le cas échéant, auprès de la zone de police de leur domicile. Nous
sommes inquiets face à ce déferlement de violence. Parce qu’elle risque
de créer une polarisation dangereuse au sein de la population belge
d’origine turque et de compromettre sa cohésion. » (Le Soir, STÉPHANE DETAILLE ET CATHERINE JOIE, 29 juillet 2016)
Des listes de "gulénistes" circulent aussi en Belgique
"La Belgique n'acceptera pas une exportation des tensions qui ont lieu
en Turquie." Le gouvernement belge a mis en garde les autorités turques
contre les débordements qui se multiplient chez nous depuis la
tentative de coup d’État du 15 juillet. Un climat délétère de menaces
et de violences s'est installé dans la communauté turque de Belgique.
Des sympathisants du président Erdogan ont mené plusieurs actions de
vandalisme contre des associations considérées comme proches du
mouvement Gülen. A Schaerbeek, des pavés ont été jetés dans les
vitrines d'un bâtiment de bureaux. A Gand, des tags d'insultes ont été
badigeonnés sur les locaux d'un association. Et à Beringen, des
manifestants pro-Erdogan ont attaqué et endommagé un bâtiment.
Mouvement de haine et appels à la délation
Ces incidents font écho au vaste mouvement de répression qui se
poursuit en Turquie à l'encontre de tous ceux qui sont considérés comme
sympathisants de l'imam Fettullah Gülen. Ce prédicateur, ancien allié
de Recep Tayyip Erdogan, est accusé par Ankara d'avoir commandité le
putsch manqué. Fetullah Gülen a démenti, mais de vastes purges se
poursuivent inexorablement.
Au-delà des dégradations commises sur des bâtiments catalogués
gulénistes, des menaces circulent dans la communauté belgo-turque.
"Dans ce mouvement de haine, il y a des appels à la délation de toute
personne, organisation ou entreprise, qui aurait un lien quelconque
avec le mouvement Gülen", s'inquiète Hüseyin Çakmak, représentant de
Fedactio, une fédération d'associations. "Certaines personnes publient
des noms sur les réseaux sociaux. Ils désignent des gens, des
organisations, des commerces à boycotter. Il y a des listes de
commerces où ils demandent de ne plus rien acheter. Ceux qui
continueraient à les fréquenter sont considérés comme traitres à la
nation et assimilés aux putschistes. En tant que fédération, nous
conseillons à nos membres victimes de ces menaces de porter plainte."
Une volonté d'importer le problème en Belgique
L'ambiance dans les quartiers à majorité turque est devenue très
lourde. Chacun est sommé de se positionner, pour ou contre Erdogan.
"Nous craignons que cette polarisation ne s'aggrave, prévient Hüseyin
Çakmak. Il y a des discours de haine, des propos injurieux, notamment
sur les réseaux sociaux. C'est un mouvement émotionnel des partisans du
gouvernement turc dirigé contre le mouvement Gülen. Pour eux, c'est
noir ou blanc. Vous êtes pour eux ou contre eux. Et si vous n'êtes pas
pour Erdogan, vous êtes considéré comme un traître à la nation, qu'on
ait un lien avec le mouvement Gülen ou pas. Ça crée un malaise général
au sein de la communauté belgo-turque."
"Nous sommes très inquiets de la tournure des événements, poursuit
Hüseyin Çakmak, parce qu'il y a une volonté et une organisation pour
importer en Belgique ce problème politique. Des personnes subissent des
menaces contre elles, leur famille, leur commerce, sous prétexte qu'ils
auraient sponsorisé une activité. Pour nous, ce sont des faits graves."
"Nous constituons des cibles"
Pour le représentant de Fedactio, le déclenchement de ces incidents
vient de Turquie: "Le président turc pointe du doigt un soi-disant
'État parallèle', ce qui, dans le contexte turc, fait référence au
mouvement Gülen. Comme il se trouve dans nos associations, ou parmi
leurs fondateurs, des gens qui sont sympathisants de ce mouvement, et
que ceci est connu de la communauté belgo-turque, nous constituons
aussi des cibles."
Fedactio est une coupole de 67 associations qui disent vouloir
contribuer positivement à la société belge. Parmi elles, des
associations culturelles, des écoles, des organisations de cohésion
sociale, des entreprises…
L’ambiguïté sur les liens avec Gülen
Ce réseau constitue-t-il la colonne vertébrale de Hizmet (le service en
turc, nom du mouvement Gülen) en Belgique? Hüseyin Çakmak ne répond ni
par oui, ni par non. "Le mouvement Gülen, c'est un mouvement social
d'inspiration religieuse. On n'en fait pas partie en signant un
document ou en se conformant à des critères. Ce mouvement est formé par
des gens qui partagent les idées inspirées par Fetullah Gülen. Des
membres et des fondateurs de Fedactio et de ses associations se
retrouvent dans cette inspiration. Mais Fedactio ne se revendique pas
comme faisant partie du mouvement Gülen. Cela dit, la communauté turque
de Belgique sait que bon nombre de gens actifs dans les associations de
notre fédération sont inspirées par les idées de Gülen ou sont d'accord
avec certaines de ses idées."
Cette ambiguïté sur les liens avec le prédicateur réfugié aux
États-Unis nourrit certains fantasmes. Fedactio a beau condamner
clairement la tentative de coup d’État en Turquie, Fetullah Gülen a
beau démentir tout lien avec les putschistes, le soupçon demeure,
nourrit par les accusations formulées à Ankara.
Par précaution, Fedactio a recommandé à ses membres les plus connus de
renoncer à se rendre en Turquie cet été et jusqu'à nouvel ordre. Le
risque de se retrouver derrière les barreaux est trop grand. (RTBF, 24
juillet 2016)
Geert Bourgeois a accepté les excuses de l’ambassadeur de Turquie
Le ministre-président flamand Geert Bourgeois (N-VA) a accepté les
excuses L'ambassadeur de Turquie en Belgique, Mehmet Hakan Olcay.
L'ambassadeur lui avait présenté ses excuses après des propos
controversés tenus par le porte-parole de l'ambassade sur les liens
entre certaines organisations flamandes et le mouvement "terroriste" du
prédicateur Fethullah Gülen.
L'ambassadeur de Turquie avait été convoqué mercredi après-midi aux
Affaires étrangères à la suite de ces déclarations de l'un de ses
collaborateurs, Veysel Filiz, dans la presse et sur Twitter.
Interrogé par le journal "Gazet van Antwerpen", le porte-parole de
l'ambassade avait affirmé que des organisations flamandes soutenaient
le mouvement du prédicateur Gülen, accusé par Ankara d'être à l'origine
du coup d'Etat de vendredi dernier, et que le gouvernement flamand
entretenait de bonnes relations avec ce mouvement.
L'ambassade de Turquie en Belgique a précisé que l'ambassadeur Hakan
Olcay s'était entretenu d'abord avec Geert Bourgeois vers 15h00, pour
ensuite se rendre au ministère des Affaires étrangères vers 16h30 jeudi.
Hakan Olcay a présenté ses excuses au ministre-president flamand au
sujet du "malentendu" suscité par les "propos tenus à titre personnel
et à sa propre initiative" par le porte-parole de l'ambassade dans les
médias. Dans la soirée mercredi, on apprenait du porte-parole de Geert
Bourgeois que le ministre-président flamand a accepté les excuses de
l'ambassadeur.
Hakan Olcay a rencontré ensuite durant trois quarts d'heure le
directeur général des affaires bilatérales du département pour
s'expliquer sur ces propos et cette "immixtion" dans les affaires
intérieures belges.
Hakan Olcay a également adressé un "rappel à l'ordre, verbal et écrit"
à ses collaborateurs en leur demandant de s'abstenir de tels propos.
(Belga, 23 juillet 2016)
Didier Reynders soutient-il une organisation terroriste?
Le porte-parole de l'ambassade turque en Belgique Veysel Filiz accuse
plusieurs dirigeants belges d'avoir soutenu les associations de
Fethullah Gülen cataloguées comme "organisations terroristes" par le
dictateur islamiste Erdogan.
Plusieurs dirigeants belges dont le ministre des affaires étrangères
Didier Reynders assistaient comme invités d'honneur aux réunions ou
festivités organisées par Fedactio, structure principale du mouvement
Fethullah Gülen en Belgique.
Question: les rapports diplomatiques entre la Turquie et la Belgique,
comment seront-ils assurés avec ces deux personnes ayant confiance
entière du dictateur islamiste de Turquie?
Bourgeois choqué par des déclarations du porte-parole de l'ambassade de Turquie
Le ministre-président flamand, Geert Bourgeois, a qualifié mardi de
"totalement inacceptables" des propos tenus par le porte-parole de
l'ambassade de Turquie à Bruxelles, qui a affirmé que certaines
organisations flamandes soutiennent le mouvement "terroriste" du
prédicateur Fethullah Gülen et que le gouvernement flamand entretient
de bonnes relations avec les organisations qui lui sont liées.
Le porte-parole de l'ambassade, Veysel Filiz, a affirmé au journal
'Gazet van Antwerpen' que le mouvement de M. Gülen, qui vit aux
Etats-Unis, entretenait de bonnes relations avec des gouvernement
européens. "Et certainement aussi avec le gouvernement flamand et le
ministre-président Geert Bourgeois", a-t-il assuré.
M. Filiz a aussi conseillé aux autorités flamandes d'enquêter sur les
flux financiers du mouvement Gülen et des organisations associées en
Flandre. "Cela montrera qu'il s'agit de 'paravents', des écrans
derrière lesquels l'organisation terroriste peut se cacher", a ajouté
le porte-parole.
Tensions turques en Flandre
Ces déclarations ont provoqué l'irritation de M. Bourgeois (N-VA). Il a
affirmé à l'agence Belga que les diplomates en poste en Belgique ne
devaient pas s'immiscer dans les affaires intérieures. "Il est dès lors
totalement inacceptable que le collaborateur d'une ambassade fasse la
leçon au gouvernement flamand et à son ministre-président", a ajouté M.
Bourgeois.
Il a aussi dénoncé le fond de ces propos, affirmant ne pas accepter des
accusations de soutien à des organisations terroristes. "C'est trop
ridicule", a-t-il dit. M. Bourgeois a ajouté qu'il prendrait contact
avec l'ambassadeur de Turquie à Bruxelles pour faire part de son
mécontentent face à de telles affirmations.
Le minister-president a réitéré son appel au calme "pour ne pas
importer les tensions turques en Flandre". Les autorités turques
accusent M. Gülen, un ancien allié du président Recep Tayyip Erdogan
devenu son pire ennemi, d'être l'instigateur de la tentative de coup
d'Etat menée dans la nuit de vendredi à samedi. (Belga, 20 juillet 2016)
La Belgique convoque l'ambassadeur de Turquie
L'ambassadeur de Turquie en Belgique a été convoqué mercredi après-midi
aux Affaires étrangères à la suite de déclarations tenues par le
porte-parole de la représentation diplomatique turque, a annoncé le
Premier ministre Charles Michel en réponse à des questions d'actualité
à la Chambre.
Interrogé dans un journal flamand, le porte-parole de l'ambassade a
affirmé que des organisations flamandes soutenaient le mouvement du
prédicateur Fethullah Gülen, accusé par Ankara d'être à l'orginie du
coup d'Etat, et que le gouvernement flamand entretenait de bonnes
relations avec ce mouvement.
Ces déclarations, après avoir été condamnées par le ministre-président
flamand, Geert Bourgeois, ont été qualifiées d'inacceptables par le
Premier ministre.
Des troubles ont également eu lieu à Beringen, dans le Limbourg, où se
trouve une association liée au mouvement Gülen. La Belgique n'acceptera
pas une exportation des tensions qui ont lieu en Turquie, a averti M.
Michel.
Lundi, le conseil national de sécurité a d'ailleurs donné des consignes
de "tolérance zéro" aux services de sécurité à l'égard de toute forme
de menace ou d'intimidation.
Le chef du gouvernement et le ministre des Affaires étrangères ont
dénoncé vendredi la tentative de coup d'Etat militaire contre les
institutions turques. La Belgique se montre également sévère à l'égard
de la répression qui sévit depuis lors. "Ce qui se passe aujourd'hui
est un dérapage, une dérive totalement inacceptable que nous
condamnons", a souligné M. Michel.
Aux yeux de plusieurs partis, les événements qui se produisent
aujourd'hui coulent par le fond l'idée d'une adhésion de la Turquie à
l'Union européenne.
"La Turquie tourne le dos au projet et aux valeurs européens"
"De plus en plus, la Turquie tourne le dos au projet et aux valeurs
européens. L'adhésion de la Turquie n'est aujourd'hui rien d'autre
qu'un mirage", a souligné le Premier ministre.
Tant le coup d'Etat que la purge orchestrée par le président Recep
Tayyip Erdogan ont été condamnés par les groupes politiques de la
Chambre. Une députée d'origine turque a pris la parole au cours du
débat.
"Mon coeur saigne en tant que femme politique belge, en tant que Belge
aux racines turques mais encore plus en tant que démocrate", a lancé la
présidente de Groen, Meyrem Almaci. "La Turquie n'a pas besoin d'une
dictature militaire, pas plus que d'une dictature présidentielle".
(Belga, 20 juillet 2016)
La Turquie ouvre des lignes de dénonciation et demande à la Flandre
La tentative de coup d'Etat turc continue à se répercuter à l'étranger,
avec des lignes de dénonciations aux Pays-Bas et un appel de
l'ambassade turque à Bruxelles au gouvernement flamand de mener une
enquête sur le mouvement Gülen.
Erdogan accuse Fethullah Gülen d'être derrière le putsch manqué du
week-end dernier. Gülen le nie toutefois et a toujours condamné le coup
d'Etat. Selon Zaman Vandaag Nederland, une publication liée au
mouvement de Gülen, Fethullah Gülen a demandé à Erdogan d'établir une
enquête internationale indépendante. Erdogan n'a pas réagi à cela.
Zaman a également annoncé que le consulat turc à Rotterdam a créé une
ligne de dénonciation. Sur celle-ci, les insultes à l'adresse d'Erdogan
pouvaient être dénoncées.
L'ambassade turque à Bruxelles juge que le gouvernement flamand doit
faire une enquête sur les flux d'argent du mouvement Gülen et des
organisations apparentées en Flandre. "Il ressortira alors qu'elles
sont des paravents, des écrans derrière lesquels les organisations
terroristes se cachent", selon le porte-parole Veysel Filiz dans la
Gazet van Antwerpen. "C'est ce mouvement dirigé par Fethullah Gülen qui
a fait la tentative de coup d'Etat vendredi dernier. Ce sont des
terroristes, tout comme les membres de l'EI et le PKK", dit le
porte-parole. "Toutes ces soi-disant associations socioculturelles,
écoles et entreprises forment un réseau qui sert à rassembler de
l'argent pour le mouvement. Ceux qui les soutiennent soutiennent
directement le terrorisme."
Il est connu que les organisations Gülen ont de bons rapports avec les
autorités européennes. "Et certainement aussi avec les autorités
flamandes et le ministre-président Geert Bourgeois (N-VA)", dit Veysel
Filiz. (LeVif.be, 20 juillet 2016)
STIB et la police belge sont-elles au service du dictateur islamiste turc?
Un conducteur de la STIB place un drapeau de la Turquie à l’avant d'un
tram: certaines marques de soutien à Erdogan posent question.
Nombreux sont ceux qui soutiennent le président Erdogan, y compris chez
nous. Des marques de soutien au régime turc apparaissent, mais elles
posent parfois question. Reportage de Justine Sow et Denis Caudron.
Deux jours après la tentative avortée de coup d'Etat à Ankara et
Istanbul, un conducteur de tram a placé un drapeau de la Turquie à
l'avant d'un véhicule de la STIB. Une photo a été prise dimanche soir à
Schaerbeek. Problème, cette initiative ne respecte pas la charte
d'éthique et de déontologie de la société de transports en commun.
"On ne peut pas exprimer d’opinions politiques ou philosophiques dans
le cadre de l’exécution du contrat de travail. Et donc, ici, il y a
clairement une infraction par rapport au règlement de travail", déclare
Françoise Ledune, porte-parole de la STIB, au micro de notre
journaliste pour le RTLINFO 13H.
La STIB rappelle l'obligation de neutralité pour toute l'entreprise, y
compris son personnel. Le conducteur a été identifié, il sera entendu
par sa hiérarchie qui décidera d'une éventuelle sanction.
300 personnes s'étaient rassemblées devant l'ambassade de Turquie dans la nuit de vendredi à samedi
A la police de Bruxelles, c'est un autre type de soutien éventuel qui
est examiné. Dans la nuit de vendredi à samedi, 300 personnes se
rassemblent pour soutenir le président conservateur, devant l'ambassade
turque.
Une manifestation pacifique avec une particularité: pour lancer leurs
prières à la nation et leurs slogans politiques, les manifestants
auraient utilisé le haut-parleur des policiers.
La police de Bruxelles refuse de commenter l'information tout comme le
cabinet du bourgmestre de la Ville, Yvan Mayeur. Une enquête
administrative est ouverte afin de déterminer avec exactitude le rôle
de la police dans ces événements. (RTL, 20 juillet 2016)
La Turquie pourrait accorder la nationalité à 300.000 Syriens
La Turquie pourrait accorder la citoyenneté à 300.000 réfugiés syriens
fortunés et qualifiés afin de les garder sur son sol, a rapporté samedi
un journal turc.
L'octroi de la nationalité turque se ferait progressivement, a indiqué
le quotidien Haberturk. Il concernerait dans un premier temps entre
30.000 et 40.000 Syriens, sur les quelque 2,7 millions vivant en
Turquie après avoir fui leur pays en guerre, puis jusqu'à 300.000
d'entre eux.
Le président Recep Tayyip Erdogan avait déclaré le 2 juillet étudier
une naturalisation des réfugiés syriens, sans fournir de précisions.
Seuls 10% environ des Syriens en Turquie vivent dans des camps près de
la frontière, les autres, toutes catégories sociales confondues, se
battent pour s'intégrer à la société et au marché du travail. La
Turquie ne les considère pas juridiquement comme des réfugiés mais
comme des "invités".
Ankara espère que les Syriens aisés resteront dans le pays pour y
investir et alimenter l'économie, "notamment les riches Syriens qui
veulent aller en Europe", a indiqué le journal.
Les Syriens ayant un niveau d'études supérieures et des qualifications
professionnelles -- comme des réfugiés d'autres pays également
devraient être eux aussi prioritaires.
Des experts ont estimé que M. Erdogan souhaitait s'acquérir le soutien
électoral de Syriens reconnaissants. Selon Haberturk, les nouveaux
naturalisés ne devraient attendre qu'un an avant de pouvoir voter.
Les membres de leur famille pourraient également obtenir la nationalité turque, selon le quotidien.
Les réfugiés syriens seraient exemptés de l'obligation légale de cinq
ans minimum de résidence en Turquie avant de se voir accorder la
nationalité.
Mais ce projet suscitait des réactions de rejet sur les réseaux sociaux turcs:
samedi, les critiques étaient en tête des tendances sur Twitter avec le mot-clé "suriyelilerehayir ("Non aux Syriens").
En janvier, la Turquie avait annoncé qu'elle accorderait des permis de
travail aux réfugiés syriens. Selon le ministère du Travail, 5.502
Syriens ont obtenu depuis un permis de travail.
Des défenseurs des droits de l'homme ont accusé la Turquie de fermer de
facto ses frontières aux réfugiés syriens cette année, mais Ankara
assure être toujours prête à accueillir les blessés et ceux qui fuient
les combats. (AFP, 9 juillet
2016)
Naturalisation des réfugiés syriens, le calcul politique d'Erdogan
La naturalisation des réfugiés syriens en Turquie évoquée par le
président turc, si elle a ravi les premiers intéressés, répond surtout
pour les analystes, à un calcul de la part de Recep Tayyip Erdogan qui
en espère des avantages politiques et économiques.
Ils sont quelque 2,7 millions de Syriens à avoir trouvé refuge en
Turquie depuis le début du conflit dans leur pays en 2011. Seuls 10%
environ vivent dans des camps près de la frontière, les autres, toutes
catégories sociales confondues, se battent pour s'intégrer à la société
et au marché du travail.
La Turquie ne les considère pas juridiquement comme des réfugiés mais comme des "invités".
Pour Mohamed Nizar Bitar, un Syrien arrivé en Turquie il y a cinq ans,
l'évocation d'une naturalisation "est une excellente nouvelle, car nous
allons rester ici de toute façon".
Il est propriétaire de trois restaurants à Istanbul et emploie des
dizaines de Syriens. "Cette mesure améliorerait considérablement les
conditions de vie de mes compatriotes!", s'enthousiasme-t-il.
Jean Marcou, professeur à Sciences-Po Grenoble (France), estime lui
aussi qu'il "est aujourd'hui fort probable qu'une majorité de réfugiés
veuillent rester en Turquie où ils se sont installés, trouvé du travail
et commencent à s'intégrer".
"La Turquie sait qu'elle n'a plus qu'à prendre acte d'une situation qui s'impose à elle", ajoute-t-il.
L'annonce dimanche du président turc intervient quelques jours après la
réconciliation d'Ankara avec la Russie et est le fruit de la
realpolitik d'Ankara.
"Dans le cadre de ce rapprochement, la Turquie est amenée à accepter
qu'un règlement du conflit en Syrie ne passera qu'à travers le maintien
du président Bachar al-Assad au pouvoir", indique à l'AFP Marc Pierini,
analyste à la Fondation Carnegie Europe.
- 'Réservoir d'électeurs' -
Pour Aykan Erdemir, chercheur à la Fondation pour la défense des
démocraties, "l'annonce du président Erdogan ne témoigne d'aucune
sensibilité par rapport à la difficile situation" des réfugiés, mais
"est largement perçue comme un nouveau stratagème au service de ses
ambitions personnelles".
Toujours en quête de nouveaux soutiens pour assurer à son Parti de la
justice et du développement (AKP) la majorité des deux tiers à la
Chambre après avoir perdu le vote des Kurdes, le président Erdogan voit
surtout en ces centaines de milliers de réfugiés "un réservoir
d'électeurs", selon M. Pierini.
"Pour eux qui sont parfois arrivés avec uniquement un sac à dos,
Erdogan est un père qui leur a rendu leur dignité, leur permettant de
bénéficier d'une carte d'identité temporaire et de soins gratuits",
dit-il.
Si le vote d'une majorité de Syriens naturalisés lui était acquis, "il
pourrait lui permettre d'acquérir une écrasante majorité pour amender
la Constitution et/ou remporter un référendum sur le système
présidentiel" qu'il veut établir pour remplacer le régime
parlementaire, juge M. Erdemir.
Plus largement, le président turc cherche à "redorer son blason" aux
yeux de la communauté internationale "en consacrant la Turquie comme un
pays d'émigration", à l'heure où l'Union européenne a tant de mal à
faire face à la vague migratoire actuelle, selon M. Marcou.
"Naturaliser les réfugiés syriens pourrait par ailleurs permettre à
Ankara d'entrer dans une phase de stabilisation, de trouver de nouveaux
appuis et de se repositionner au Moyen-Orient", avec notamment la
normalisation la semaine dernière de ses relations avec Israël,
poursuit-t-il.
- Arme à double tranchant -
Au niveau national, la Turquie aurait également beaucoup à gagner si
les réfugiés syriens étaient intégrés au marché du travail, estime M.
Erdemir.
Mardi soir, le président turc a d'ailleurs expliqué : "il y en a parmi
eux qui sont très qualifiés. Si on ne les accepte pas chez nous, ils
partiront vers l'Europe, le Canada".
"Pendant longtemps le pays s'est vanté d'avoir d'une population jeune
mais cette 'fenêtre démographique d'opportunités' touche à sa fin", dit
M. Erdemir. "L'intégration des réfugiés syriens pourrait booster
l'économie turque" en difficulté.
"Cela requiert la mise en place par Ankara d'un plan socio-économique",
capable de leur assurer "des formations et programmes d'intégration",
ajoute le chercheur, craignant toutefois qu'Erdogan "ne soit pas du
tout conscient de la complexité de la tâche".
Mais selon M. Erdemir, "l'annonce choc de M. Erdogan a provoqué une
importante réaction antiréfugiés et une rhétorique xénophobe".
Sur les réseaux sociaux, de nombreux Turcs s'interrogeaient sur
l'opportunité du projet, notamment sur Twitter, sous le mot-dièse
éloquent #ülkemdeSuriyeliistemiyorum (#JeneveuxpasdeSyriensdansmonpays).
"Notre proposition les a fait pleurer à chaudes larmes", a répondu le président Erdogan à tous ceux qui critiquent son projet. (AFP, 5 juillet
2016)
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